‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 133 sur 247 · i8 marche de l'armée anglaise · texte numérisé non relu

i8 marche de l'armée anglaise

troupes qui joignaient les divers corps d'armée, la correspondance avec le major général, avec le maréchal Soult, ne me laissaient que peu de loisirs; les guérillas, qui ne tardèrent pas à paraître sur ces communications, les rendirent bientôt difficiles et périlleuses. J'étais souvent obligé de retenir près de moi les officiers d'état-major chargés de mission, et malgré la précaution de les faire escorter d'un poste à l'autre, plusieurs d'entre eux furent surpris par des embuscades et périrent victimes de leur zèle et de leur témérité.

Pendant que l'empereur passait le Douro, forçait les défilés de la Sommo-Sierra, après un combat brillant, où se distingua particulièrement la cavalerie légère de sa garde, et dans lequel Philippe de Ségur fut grièvement blessé, l'armée anglaise débouchait du Portugal par Ciudad-Rodrigo et Salamanque; cette armée, commandée par le général Moore, était forte d'environ vingtsept mille hommes, en y comprenant quelques bataillons d'infanterie portugaise. Il paraît que le but de la marche audacieuse du général Moore était d'attaquer le corps du maréchal Soult, de se porter sur Burgos pour couper notre ligne d'opérations, exciter et soutenir les insurrections dans les provinces de Biscaye, dans la Navarre et dans J'Aragon, et combiner ce grand mouve-i

MARCHE DE LARMÉE ANGLAISE. 3s*9

ment avec les forces de terre et de mer que les alliés rassemblaient en Catalogne et dans les places du bas Èbre.

Nous avions été mal informés de la réunion et de la marche de l'armée anglaise : le général Moore avait soigneusement dérobé la connaissance de ses apprêts ; il n'était que trop bien servi par les populations espagnoles; et, malgré la vigilance et l'activité du général Franceschi , commandant l'une des avant-gardes du maréchal Soult, on n'eut la certitude de la présence de cette armée que par la rencontre des premières troupes de son avant-garde à Zamora , et lorsque son mouvement fut décidé sur Valladolid. Les deux avantgardes du maréchal Soult , celle de Franceschi en avant de Valladolid , et celle de Debelle, du côté de Benavente, furent attaquées et contraintes de se replier devant des forces supérieures. J'en fus averti par un message du maréchal Soult, qui me fut apporté par son aide de camp , le capitaine Tholozé. Franceschi m'écrivit aussi directement pour me faire connaître que l'ennemi allait occuper Valladolid et couper la communication avec Burgos. Le maréchal Soult ne pouvait quitter son camp de Carion, d'où il tenait du moins en échec l'ennemi en menaçant son flanc s'il se portait plus en ayant. Toutefois, avec des forces si supérieures, et n'ayant aucun obstacle devant

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lui jusqu'à Burgos, celui-ci pouvait se déterminer à marcher sur l'Ebre, pour faire sa jonction avec l'armée que rassemblaient à.Saragosse les généraux Castanos et Palafox. Le château de Burgos, dont on n'avait encore pu que fermer quelques brèches et relever les parapets, aurait à peine résisté à un coup de main. Le général Darmagnac, commandant à Burgos , était cependant décidé à s'y renfermer avec sa faible garnison, environ cinq cents hommes.

La tête des colonnes de l'armée du général Junot, dite armée de Portugal, était encore à trois marches de Burgos, et j'avais reçu l'ordre de diriger sur Ségovie la division de cavalerie et les deux divisions d'infanterie dont cette armée était composée : l'empereur voulait ainsi assurer sa communication avec Valladolid et marcher en force par la Nouvelle-Castille au-devant de l'armée anglaise; mais on voit que le général Moore, occupant déjà Valladolid, n'avait plus que deux marches à faire pour atteindre Burgos. Dans cette position difficile et dont l'empereur ne pouvait avoir connaissance, je jugeai que le mouvement des troupes sur Ségovie était intempestif, et laissait à l'ennemi toute facilité pour couper notre ligne d'opérations par Burgos et isoler le corps du maréchal Soult, qui n'avait pas assez de forces pour s'y opposer. Soutenu par l'avis du maréchal,

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