‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 134 sur 247 · DE L'ARMÉE DE PORTUGAL · texte numérisé non relu

DE L'ARMÉE DE PORTUGAL

je proposai au général Darmagnac de retenir leô troupes de l'armée de Junot, qui allaient déboucher successivement, et de les porter à une marche au delà de Burgos sur la route de Valladolid £ mais le général ne voulut pas prendre sur sa responsabilité le changement d'une destination prescrite par l'empereur et que je lui avais offi* ciellement annoncée.

Le jour même où la division de cavalerie, commandée par le général Lorges, arrivait à Burgos, forte de deux mille cinq cents chevaux, je reçus des ordres itératifs , qui me furent apportés par le colonel Zimmer , aide de camp du prince de Neuchâtel. Je fis connaître au général Lorges la position de l'ennemi et les dépêches de M. le maréchal Soult, et je lui proposai, malgré les ordres de l'empereur, dont je lui donnai communication , de se porter sur Palencia pour soutenir le général Franceschi et contenir la première avant-garde de l'ennemi. Le général Lorges refusa de prendre sur lui ce mouvement contraire à la direction prescrite par l'empereur, et partit le lendemain pour aller coucher à Lerma,

Le même jour arrivèrent à Burgos la brigade de dragons, commandée par le général Fournie?, faisant partie de la division Lorges, et la première brigade d'infanterie du général Laborde,

33a CHANGEMENT DE DIRECTION

commandée par le général Foy. Le danger était pressant; je pris mon parti; persuadé qu'il était de mon devoir, dans une telle circonstance, de compromettre ma responsabilité, j'envoyai au général Lorges, à Lerma, en ma qualité d'aidemajor général de l'armée, et comme remplaçant le prince de Neuchâtel, l'ordre de marcher par sa droite avec sa division et de prendre une position telle , qu'il pût observer la route de Valladolid à Burgos. Les généraux Fournier et Foy ne firent aucune difficulté de se porter , d'après mes instructions, sur Palencia.

Je rendis compte au major général des motifs qui m'avaient déterminé à prendre sur moi de faire ces dispositions , et je m'appuyai de l'approbation du maréchal Soult; je chargeai de ma dépêche un maréchal des logis de dragons de la division Lorges, en lui recommandant de faire la plus grande diligence, changeant de chevaux, et se faisant escorter d'un poste à l'autre. Deux heures après son départ, j'expédiai, par une estafette, un duplicata de mon rapport.

Le général Laborde, qui arriva le jour d'après avec le reste de sa division, approuva le parti que j'avais pris, m'y affermit par son suffrage, et se conforma à ces nouvelles dispositions en portant sa seconde brigade à l'appui de la première, sur la route de Valladolid. Le maréchal

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Soult, que je me hâtai d'en informer, fit des dispositions relatives à celles qu'il m'avait luimême indiquées ; il contint ainsi le général Moore, qui ne poussa pas ses avant-gardes plus avant dans la direction de Burgos.

Le maréchal des logis porteur de mon rapport et des dépêches du maréchal Soult arriva à Madrid au moment où l'empereur passait en revue le corps du maréchal Ney et la garde impériale. L'empereur arracha des mains du prince de Neuchâtel le paquet que venait d'apporter le maréchal des logis , l'ouvrit , parcourut mon rapport, et commanda sur-le-champ aux troupes en ligne de rompre par la gauche , et les mit en marche, se dirigeant sur Ségovie.

Je reçus, par le retour de mon courrier, des dépêches pour le maréchal Soult , de nouvelles dispositions pour l'armée de Junot, et l'ordre de me rendre de ma personne à Madrid , où je trouverais d'autres instructions; le major général me prescrivait aussi de presser la marche des détachements que je pourrais rencontrer sur mon chemin, et de visiter tous les postes de communication.

Je partis sur-le-champ avec mes équipages et une faible escorte. Je trouvai entre Lerma et Àranda un poste composé de dix hommes d'infanterie et quelques gendarmes d'élite, qui se-

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