‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 145 sur 247 · MORT BU MARECHAL LANNES · texte numérisé non relu

MORT BU MARECHAL LANNES

traverse 111e dans sa longueur. On pouvait s'attendre à ce que l'ennemi exécuterait un passage sur le petit bras pour venir attaquer; mais il n'osa pas hasarder cette opération. Le transport et le passage des blessés durèrent vingt^quatre heures. Sous prétexte d'aider au transport des blessés, un grand nombre de soldats quittaient leurs corps , et malgré les postes que j'avais établis, se pressaient pour forcer le passage. Le maréchal Davoust, qui avait établi son bivouac sur la rive droite, en avant <le ses troupes, à l'entrée du pont, s'occupait lui-même, avec son étatmajor, d'établir l'ordre dans cette foule, et de renvoyer à leurs corps les soldats valides qui se mêlaient avec les blessés : il vint de sa personne avec quelques officiers m'aider à empêcher cette confusion.

L'empereur était rentré au quartier général d'Ëbersdorff , qui n'était qu'à une petite distance du Danube et du pont. Je m'y rendis après avoir achevé ma pénible corvée ; j'avais grand besoin de repos; j'étais logé dans une grande guinguette abandonnée, tout près de la maison où l'on avait transporté le brave maréchal Lannes, qui avait été amputé des deux cuisses. On désespérait de sa vie. Son ami le général Frère ne le quittait point : l'empereur faisait à chaque instant demander de ses nouvelles. Le surlendemain de

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mon arrivée , à la pointe du jour , j'entendis des chevaux galoper très-rapidement: je courus à ma fenêtre; c'était l'empereur accompagné du général Savary. Comme il aperçut le général Frère sur le seuil de la porte, et comprit à son geste que le maréchal venait d'expirer , il arrêta son cheval brusquement , abandonna les rênes, leva les mains vers le ciel, et dit : « Voilà donc « comme tout finit! » Puis il tourna bride sur-lechamp , et piqua des deux.

Le même jour, l'empereur fut informé que le maréchal Marmont s'était avancé de Gratz avec son corps d'armée, et était arrivé jusqu'aux sommités du Stummering, pendant que le prince Eugène entrait en Hongrie à la poursuite de l'armée du prince Jean, qui achevait ainsi sa retraite de la haute Italie, et venait se rallier à la gauche de la grande armée autrichienne. La jonction de l'armée d'Italie avec notre grande armée se trouvait ainsi assurée. Dès ce moment, l'empereur Napoléon résolut d'effectuer un second passage du Danube , et de livrer une grande bataille, sur la rive gauche du fleuve, à toute la masse des forces de l'ennemi qui devait lui être opposée sous le commandement de l'archiduc Charles, et en présence de l'empereur François. Pour se faire une juste idée des difficultés de cette grande et audacieuse opération , il faut en

RÉORGANISATION DES TROUPES. 35g

lire les détails dans l'histoire de cette mémorable campagne , si bien et si fidèlement écrite par le général Pelet. L'empereur Napoléon , après avoir arrêté toutes les dispositions nécessaires pour ces immenses apprêts , retourna à son quartier impérial au château de Schœnbrunn. Je reçus Tordre de m'y rendre : mon collègue, l'aide-major général Vignolles, ayant été envoyé à l'armée d'Italie pour y remplir les fonctions de chef d'état-major, sous les ordres du prince Eugène, je restai chargé de tout le détail de l'état-major de la grande armée. Je fus constamment occupé du rétablissement des divers corps de l'armée , et de leur réorganisation par les nombreux renforts qui arrivaient de France. Je présentais chaque jour à la parade les bataillons ou régiments dits de marche, formés par le rassemblement de ces mêmes conscrits dont j'avais fait l'inspection dans tous les dépôts. L'empereur les passait en revue avec une attention minutieuse, et m'indiquait leur destination et celle des jeunes officiers sortis des écoles.

Tout le reste du mois de juin et les premiers jours de juillet 1809 furent employés à préparer le second passage du Danube. On construisit un grand pont sur chevalets, et un peu au-dessous de ce pont, un second pont de bateaux. On tendit en amont du grand pont la

36o PREPARATIFS DANS l'ÎWS DE LOfiàU.

grande chaîne déposée à l'arsenal, et qui avait servi d'estacade lors du siège de Vienne par les Turcs. L'occupation de File dç Lobau, pendant les travaux, fut confiée au corps d'armée du maréchal Masséna, qui y établit sop quartier général , et ne le quitta pas un seul instant. Les retranchements formant la tête de pont , les chaussées élevées sur la partie marécageuse de nie, du côté de Test, les formidables batteries élevées dans cette partie, vis-à-vis de la petite ville d'EnzersdorfF , furent poussés avec tant d'ordre, de précaution et de vigilance, que les ennemis ne soupçonnèrent même pas l'importance de ces apprêts et le dessein de Napoléon. Le rideau de bois qui bordait la rive droite du petit bras du Danube, cachait aux observateurs de la rive opposée le progrés des ouvrages» Les terrassements , les manœuvres et les transports de l'artillerie s'exécutaient dans le plus grand gilence.

Pendant ce temps , l'armée d'Italie , sous le commandement du prince vice-roi et du général Macdonald , pénétrait en Hongrie et atteignait l'arrière-garde de l'archiduc Jean à Raab, où il fut complètement battu ; la ville de Raab fut occupée par les Français. L'archiduc Jean passa le fleuve et occupa Presbourg.

Le corps du général Marmont s'avança jus-

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