‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 149 sur 247 · ARMISTICE DE ZNAIM · texte numérisé non relu

ARMISTICE DE ZNAIM

Valérie. Lorsque je repassai par Znaim, je trouvai la ville occupée par les troupes du maréchal Masséna, qui venait d'y établir son quartier général. J'allai le féliciter; il voulut bien me raconter lui-même tous les détails de ce qui s'était passé à l'aile gauche de l'armée pendant la journée du 6 juillet; il était encore fort incommodé des suites d'une chute qu'il avait faite quelques jours avant la bataille;, il n'avait pu monter à cheval et s'était fait conduire dans une calèche au milieu du feu et des plus grands dangers. Plu-' sieurs boulets avaient atteint cette voiture, et un entre autres avait traversé, entre ses jambes f le siège de la voiture : c'était la même situation que celle du maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Son fils aîné, lui servant d'aide de camp , ne l'avait pas quitté un seul instant : « Ce « d rôle-là, me disait-il en me le présentant, m'a « causé plus de soucis que toute l'armée autri- « chienne. »

L'empereur était déjà retourné à Schœnbrunn : je m'y rendis et continuai, pendant tout le temps des négociations, à remplir les fonctions de chef d'état-major et de commissaire impérial pour l'exécution de l'armistice. J'eus fort à me louer de la scrupuleuse exactitude et de la loyauté du général Rothkirch.

Ce fut vers cette époque qu'un jeune étudiant,

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membre de la fameuse société du Tugenbund, fanatique assassin > voulut attenter à la vie de l'empereur, et fut bien près d'exécuter son horrible dessein, au milieu de la parade, dans la cour du château de Schœnbrunn. II avait remarqué que les soldats blessés, sortant de l'hôpital, étaient fréquemment admis à présenter leurs demandes à l'empereur, ordinairement après que les troupes avaient défilé» Il hasarda de s'appro* cher de lui lorsqu'il parcourait les rangs de la garde, après avoir passé en revue les bataillons de marche, qui étaient toujours formés en première ligne. Je venais de quitter l'empereur > et je retournais à mon poste, au pied du grand escalier, lorsque cet individu passa à côté de moi : il rencontra par hasard , à dix pas seulement de l'empereur, le prince de Neuchâtel, qui venait de me parler» Celui-ci lui demanda ce qu'il voulait; et comme il montra un papier qu'il voulait, disait-il, présenter à l'empereur > le prince le repoussa de) la main et lui dit de se retirer au delà des sentinelles ■ qui formaient la haie : mais cet homme s'étant obstiné à le suivre pour s'approcher davantage de l'empereur, le prince de Neuchâtel appela le général Rapp et lui dit de le faire retirer. Alors deux gendarmes d'élite s'approchèrent et le conduisirent hors du cercle de la parade; comme il se refusait à les suivre, ils le

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-saisirent par le bras qu'il portait en écharpe, feignant d'être blessé, et ils trouvèrent sa main droite armée d'un poignard, ou plutôt d'un couteau à deux tranchants. On l'amena au poste du château, et, après la parade, l'empereur ordonna qu'on le fit venir devant lui. Ce misérable, •sans perdre contenance, répondit à l'empereur qu'il s'était dévoué pour délivrer l'Allemagne de sa tyrannie. L'empereur dit alors à son premier médecin Corvisard d'examiner ce fanatique assassin et de lui tâter le pouls. Corvisard obéit et déclara que son pouls était dans l'état naturel et ne dénotait pas la moindre émotion. — « Et si je « vous faisais grâce? dit l'empereur. — Vous àu- « riez tort, répondit le jeune homme, car j'este sayerais encore de vous tuer. » On ne put obtenir de lui aucun autre aveu que la déclaration qu'il avait pris seul cette résolution et qu'il n'avait aucun complice. L'empereur ordonna dans la soirée qu'on le mît entre les mains dû prévôt de l'armée, comme espion; il fut fusillé le lendemain à la pointe du jour.

Quoique la ligne de démarcation eût été fort clairement tracée dans la convention , j'avais souvent, dé concert avec mon collègue le commissaire autrichien, à redresser quelques petites infractions dans la position des avant-postes. La plus remarquable fut celle que se permit le prince III. s>5

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Joseph Poniatowsky sur la frontière de la Gallicie : informé qu'une colonne autrichienne de quelques bataillons de milice, ayant avec eux quatre pièces de canon, se retirait en Hongrie, où toute l'armée autrichienne s'était ralliée, il dépassa la ligne de démarcation avec un fort détachement, coupa cette colonne, prit une position avantageuse sur le territoire autrichien, et prétendit la conserver ainsi que les prisonniers et l'artillerie dont il s'était emparé. Je soumis au major général les plaintes très-fondées du commissaire autrichien, et lui demandai ses ordres avant d'en écrire au prince Poniatowsky. Le major général me répondit que cette affaire ne le regardait pas, et que l'exécution du traité d'armistice m'était confiée sous ma responsabilité. Je ne . balançai point à donner au prince Poniatowsky l'ordre de se conformer au traité y de rendre les prisonniers et l'artillerie, et de faire rentrer ses troupes en deçà de la ligne de démarcation. L'empereur, directement informé par le prince de son incursion et des avantages qui pouvaient en résulter dans le cas de la reprise des hostilités, improuva ma décision. Il me fit appeler pour lui en rendre compte en présence du prince major général et du vice-roi d'Italie^ il me reprocha vivement, ainsi qu'au major général , de vouloir ménager les intérêts de l'en-

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nemi et de faire notre cour à ses dépens. « De cr quoi vous avisez-vous , messieurs , de décider « ainsi de votre propre autorité sur des objets « d'une telle importance? C'est donc vous qui « commandez l'armée, et je suis ici // re di cope? « Voyons, M: le général Dumas, votre registre « de correspondance. » Je le lui soumis, en lui indiquant ma dernière lettre au prince Poniatowsky; il la parcourut, montra beaucoup d'humeur , et jeta le registre sur le parquet. Comme je répondais aux questions qu'il m'adressait sur différents points en litige relativement à l'exécution de l'armistice, et plus particulièrement sur la place de Zara , en Dalmatie , dont il exigeait la remise immédiate, le prince Eugène qui se promenait avec lui se retourna et me fil' ' signe de ne pas répondre; mais cela m'était impossible. Berthier garda le silence le plus obstiné. « Vous vous croyez donc des hommes bien « importants, messieurs les chefs d'état-major! « j'ai fait de vous de trop grands seigneurs , et « vous caressez ceux de la cour d'Autriche. Si un ce officier général autrichien eût pris sur lui de « donner de semblables ordres , il serait envoyé « dans un château fort. Les chefs d'état -major « ne doivent être que des instruments ; je o'ai « qu'à faire entrer ici le jeune Marbœuf, office cier d'ordonnance, qui est là dans le salon

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