PASSAGE DU DANUBE
sa tête le prince vice-roi. Vers les onze heures du soir, la flottille commandée par le contreamiral Bas te, et montée par les marins delà garde , était descendue au-dessous des ponts; elle se dirigea vers la pointe de terre , au confluent du petit bras et du grand bras du Danube. Cette flottille était destinée à seconder sur ce point l'attaque du général Oudinot. Vers minuit, au signal donné, les batteries de l'île de Lobau furent démasquées, et foudroyèrent la rive gauche. Plus de cent pièces d'artillerie , dont trente du plus fort calibre, les obusiers et les mortiers jouèrent à la fois. Enzersdorff fut bientôt incendié; les ennemis portant toute leur attention sur la partie occidentale de l'île, où nous n'avions fait que des démonstrations, avaient négligé la partie de l'est, c'est-à-dire, la partie du petit bras du Danube jusqu'au confluent. Les faibles batteries qu'ils avaient établies de ce côté ne purent soutenir le terrible feu de la grande batterie masquée, à la faveur duquel on conduisit , par une seule conversion , les ponts préparés et complètement ajustés le long du rivage. En même temps, le général Oudinot exécutait son attaque, flanquée par le feu de la flottille. La nuit était très-sombre, et, au moment du déploiement de ces attaques combinées, un furieux çrage éclata tout à coup. Le ciel était en feu;
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c'était un magnifique spectacle : le tonnerre semblait lutter avec les détonations des batte* ries, et, dans les intervalles des éclairs qui illuminaient cette scène imposante, les bombes et les obus semblaient se mêler avec la foudre qui sillonnait les nues.
Le passage s'exécuta sans obstacle pendant toute la nuit et la matinée du lendemain , 5 juillet, soit que l'archiduc n'eût pas eu l'intention de défendre le passage de vive force , soit qu'il eût été surpris par cette manoeuvre aussi inattendue qu'audacieuse sur sa gauche; toutes les troupes autrichiennes , qui bordaient le rivage , se replièrent pour traverser la plaine du Marscb* feld , et regagner la position élevée et leur camp barraqué sur les hauteurs au delà du Rusbach , en arrière des villages ; cette retraite se fit en bon ordre, et lentement. Aussitôt que les, troupes françaises débouchaient par les ponts du côté de l'est, et par l'ancien pont qui fut promptement rétabli , elles se formaient en colonnes. , et selon l'ordre de bataille que l'empereur avait prescrit, marchant à hauteur, et gagnant du terrain à mesure que les colonnes ennemies ré* trogradaient. Ainsi les avant-gardes ou têtes de colonnes françaises se canonisèrent toute la journée avec les arrière-gardes autrichiennes qui n'abandonnaient le terrain que pied à pied.
Après avoir surveillé le passage des ponts, je m'étais rendu auprès de l'empereur : il suivait le mouvement des colonnes, se tenant au centre de la ligne , un peu en arrière du corps du général Oudinot , et en tête de la garde impériale, qui formait la réserve. Le corps du maréchal Davoust , formant l'aile droite , avait fait un assez grand détour, et se dirigeait sur le village de Margrave-Neusiedel , où les ennemis appuyaient leur gauche. Une division de la réserve de cavalerie remplissait l'intervalle entre le corps du maréchal Davoust et la garde impériale; l'armée d'Italie, sous les ordres du prince vice-roi, marchait à la gauche du corps du général Oudinot ; le corps saxon, sous les ordres du maréchal Bernadotte, était plus à gauche, se dirigeant sur le village de Wagram ; le corps du général Marmont, ou armée de Dalmatie, qui avait passé les ponts un peu plus tard , était formé en colonnes serrées et en réserve, en arrière de l'intervalle entre l'armée d'Italie et le corps saxon ; enfin, le corps du maréchal Masséna, qui avait débouché de l'île de Lobau, par l'ancien pont, entre Aspern et Essling, formait l'aile gauche de la ligne française, et se dirigeait sur le village de Sieben-Brùnn.
Vers sept heures et demie du soir, les Autrichiens avaient entièrement évacué la plaine, et
occupaient la position très-étendue dont j'ai parlé plus haut, depuis Margrave-Neusiedei jusqu'à Àmspitz ; leur centre était en arrière du village de Baumersdorff. Les colonnes françaises continuaient d'avancer vers le ruisseau. On n'entendait plus un seul coup de canon , ni aucun feu de raousqueterie sur toute la ligne. L'empereur avait envoyé le prince de Neuchâtel sur la première ligne, pour reconnaître, avant la nuit, les positions de l'ennemi. En attendant son rapport, il résolut de faire tâter les avant-postes, et dit au colonel Alexandre Girardin , premier aide de camp du major général : « Allez dire à Ou- « dinot que je n'entends plus rien ; qu'il pousse « un peu plus avant , et qu'il nous fasse un peu « de musique avant la nuit. »
La musique ne tarda pas à se faire entendre, et ce fut une symphonie plus grande qu'on ne l'avait pensé. Le général Oudinot engagea ses troupes, passa le ruisseau, emporta le village, gravit la hauteur, et pénétra jusque dans le camp des Autrichiens; le prince vice-roi, qui était à sa gauche, suivit son mouvement; le combat s'engagea très-vivement. Là nuit arrivait ; le feu de mousqueterie sur les deux rives du ruisseau devint très-considérable. L'empereur qui avait , peu d'instants auparavant, dépassé le 18e régiment d'infantere légère, que le prince vice-
roi avait laissé en réserve, m'ordonna d'aller le prendre, et de le porter sur la ligne. Je ne le trouvai plus au point où nous l'avions vu, et présumant qu'on l'avait déjà fait marcher vers le ruisseau, je m'y rendis en toute hâte pour m'en assurer : je le trouvai , en effet , engagé T et se fusillant presque à bout portant avec les troupes autrichiennes. Je retournai rendre compte à l'empereur. Cette attaque fort vive, et pendant laquelle la nuit et l'ardeur des troupes causèrent de fâcheux désordres y fut repoussée par le prince Charles, qui rallia lui-même quelques bataillons , et força nos troupes à repasser le ruisseau. Le prince de Neuchâtel, qui s'était avancé jusqu'à Baumersdorff, courut d assez grands dangers; le chef d'escadron Mongardé, son aide de camp, fut grièvement blessé à côté de lui.
L'empereur bivouaqua au milieu de la plaine entre les deux lignes , ne gardant auprès de lui que les principaux officiers de son état-major : il reçut les rapports des commandants en chef ; le maréchal Davoust vint en personne pour recevoir ses ordres relativement à l'attaque de l'aile gauche de l'ennemi , dont il fut chargé.
Le 6, à la pointe du jour r l'empereur me fit appeler par le prince de Neuchâtel ; il me chargea d'aller conduire et présenter au prince viceroi le général Guilleminot , pour remplacer dans
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les fonctions de son chef d'état-major le général Vignolle, grièvement blessé à la tête dans l'attaque de la veille. L'empereur m'ordonna de suivre ensuite toute la ligne , et de donner, de sa part, à tous les généraux commandant en chef les différents corps d'armée , l'ordre de resserre^ leurs avant-postes, et de n'engager aucune attaque jusqu'à ce que l'ennemi eût fait quelques mouvements , et démasqué son dessein. Le corps d'armée du maréchal Masséna , qui , ayant débouché par l'ancien pont et par le village d'As* perh , formait notre aile gauche , n'était pas compris dans cet ordre ; ma mission s'arrêtait au corps saxon, qui se trouvait au centre de la ligne de bataille, sous les ordres du prince de Ponte- Corvo. J'allai d'abord porter cet ordre au général Oudinot, et ensuite au prince Eugène * qui accueillit son nouveau chef d'état-major, et me montra lui-même la position de ses avant-postes, en deçà de la petite rivière, à une portée de fusil de ceux de l'ennemi, qui ne faisait encore aucun mouvement. On voyait seulement sur le front de leur première ligne, qui n'était qu'aune demi* portée de canon de la notre , des groupes d'officiers courant dans divers sens ; on distinguait parfaitement leurs nombreuses batteries qui couronnaient les hauteurs. Le prince vice-roi voulut bien m'accompagner jusqu'à la gauche de sa III. *4
ligne de bataille , au delà de laquelle je n'aperçus aucune troupe.
Il y avait un grand intervalle entre l'armée d'Italie et le corps saxon, et je ne pus avoir sur la position de celui-ci d'autres renseignements que l'assurance que , vers les dix heures du soir, le maréchal Bernadotte occupait le village de Wagram qui avait été incendié, et qui se trouvait à peu près à une demi -lieue de distance du lieu où nous étions. Je me dirigeai donc sur ce village, à travers la plaine couverte d'une moisson très-haute : je n'avais avec moi que mon vieux et brave hussard , mon piqueur Mounier. Lorsque nous fûmes vers le milieu de l'intervalle , un poste de chasseurs autrichiens de sept à huit hommes se leva sur ma droite du milieu des blés , à peu près à cinquante pas, et nous salua d'une décharge de coups de carabine. Voyant que je m'étais trop approché des avant-postes ennemis , je me jetai un peu sur ma gauche; mais presque au même instant un autre petit poste de la même troupe se leva sur ma gauche, et nous fusilla sans nous atteindre. 3 étais fort bien monté, ainsi que mon piqueur, et je fus bientôt hors de portée, trèssàtisfait de n'avoir pas été démonté et pris. Aux approches du village de Wagram , et un peu en arrière , je trouvai un poste de cavalerie saxonne,
et j'appris que les ennemis étaient rentrés en force dans le village de Wagram , et que le maréchal Bernadotte avait replié ses troupes sur le village d'Aderkla , à cinq cents toises environ de celui de Wagram.
Jerencohtraile maréchal Bernadotte à l'entrée d'Aderkla; il était soucieux et très-mécontent. Lorsque je lui eus communiqué l'ordre de l'empereur, il me dit qu'il n'avait garde d'attaquer, et que, n'étant pas soutenu, il s'estimerait fort heureux de conserver sa position; qu'il avait devant lui des forces très-supérieures. Une forte colonne se disposait à déboucher du village de Wagram : il me conduisit sur une petite hauteur au-dessus d'Aderkla d'où l'on découvrait parfaitement le fond de la vallée, et les mouvements d'un corps d'infanterie assez considérable qui descendait de la hauteur. Je dis au maréchal que l'empereur avait ordonné de mettre à sa disposition la division du général Dupas, qui était en réserve en arrière d'Aderkla; que l'empereur allait faire attaquer l'aile gauche par le maréchal Davoust, et qu'aussitôt que cette attaque serait commencée, il viendrait de sa personne au centre, et ne manquerait pas de faire soutenirle corps saxon. J'ajoutai que j'allais en toute diligence rendre compte de sa position à l'empereur, et que s'il voulait bien me faire accompagner par un de
'i*]*X BATAILLE DE WAGRAM.
ses aides de camp, cet officier lui rapporterait la réponse et les nouvelles dispositions de S. M.
Il était près de six heures lorsque je quittai le maréchal. Une vive canonnade ne tarda pas à s'établir sur toute la ligne. I^e feu plongeant des batteries autrichiennes avait de l'avantage sur les nôtres , et maltraitait nos secondes lignés et nos réserves , plus que notre première ligne qui s'était portée en avant, près du ruisseau. Je rejoignis l'empereur à l'extrême droite, où, en attendant que les divisions du maréchal Davoust eussent débordé l'aile gauche des Autrichiens, et commencé l'attaque du village deMargave-Neusiedel, l'empereur avait fait porter une batterie d'artillerie légère surle bord de l'escarpement, et faisait vivement canonner ce côté du village pour favoriser les attaques du maréchal. Une division de cavalerie fut rapprochée pour soutenir cette batterie; nous restâmes dans cette position respective jusque vers neuf heures , séparés seulement par le ruisseau, un peu plus encaissé dans cette partie que dans le reste de la plaine du Marschfeld. Nous apercevions trèsdistinctement les manœuvres de l'infanterie autrichienne , qui se portait sur le plateau de Neusiedel. Le prince de Rosenberg commandait cette aile gauche de la ligne autrichienne.
L'empereur avait renvoyé l'aide de camp du maréchal Bernadôtte pour lui annoncer qu'il al-
lait se porter lui-même au corps saxon : il s'y rendit en effet entre neuf et dix heures, et fort à propos pour réparer le désordre causé par la vive attaque de la colonne qui avait débouché du village de Wagram. L'infanterie saxonne avait plié et perdu beaucoup de terrain. L'empe* reur mit pied à terre et rallia lui-même quelques bataillons déjà rompus : il les porta en avant, et les fit soutenir par la division de grosse cavalerie du généra] Nansouty, qui se plaça obliquement, faisant face aux villages d'Aderkla et de Siebenbrunn.
La forte colonne qui avait repoussé le corps saxon s'était avancée jusqu'en deçà d'Aderkla. La division Carra Saint-Gyr, du corps du ma*échai Masséna , reçut ordre d'attaquer ce village, lie 4* régiment de ligne, commandé par le colonel Boïeldieu, et un bataillon d'un autre régiment , enlevèrent et traversèrent le village, enfoncèrent une ligne d'infanterie qui se trouvait au delà; mais n'étant pas assez soutenues, ces troupes furent vivement ramenées ; deux colonels furent pris, et les ennemis rentrèrent dans le village.
L'archiduc Charles avait fait contre l'aile gauche de l'armée française , formée, comme je l'ai dit, par le corps du maréchal Masséna, la même manoeuvre que l'empereur Napoléon faisait exé-
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cuter contre l'aile gauche de l'armée autrichienne. L'archiduc avait beaucoup renforcé son aile droite : son dessein était de couper l'armée française de l'île de Lobau , et déjà la division du général Boudet avait été refoulée jusqu'au pont, entre Essling et Aspern.
L'empereur sentit qu'il était pressant d'arrêter et de ruiner le centre de l'armée autrichienne, où commamdait ]VL de Colloredo. Il me chargea d'aller porter Tordre à la garde impériale, qui était eu réserve, formée sur deux lignes, ayant sur le front de la première toute son artillerie, de faire un changement de front, la droite en avant, ce qui la plaçait obliquement, faisant face aux villages de Wagram et d'Aderkla. Je portai cet ordre et suivis le mouvement de l'artillerie, à la tète de laquelle était le général d'Aboville. Toute cette artillerie, soixante pièces de canon , ayant exécuté son changement de front, se mit sur la droite en bataille et sur une seule ligne; le général Lauriston en prit le commandement. Ce fut là que les canonniers s'écriant tous à l'envi : « Cent pas plus près! » traînèrent les pièces en descendant le mamelon, et continuèrent un feu terrible, qui écras.i et fit reculer les masses d'infanterie autrichienne. Les blés, déjà secs, furent, en beaucoup d'endroits, incendiés par les obus, et augmentèrent le désordre. L'empereur, placé
sur le mamelon, en arrière de la grande batterie, observait attentivement l'attaqué du plateau de Margrave-Neusiedel , qui se trouvait à trois quarts de lieue de distance. Dans ce moment même, un aide de camp du maréchal Massénà vint lui annoncer les progrès de l'aile droite de l'ennemi, la retraite de la division Boudet et la perte de son artillerie. Cet aide de camp faisait observer que le canon que nous entendions derrière nous, dans la direction d'Essling et de Rasdorff , était celui de l'ennemi. Napoléon, uniquement occupé de l'attaque du maréchal Davoust, paraissait ne faire aucune attention au rapport de l'aide de camp de Masséna; et apercevant -enfin que les lumières du canon du maréchal Davoust étaient certainement au delà de la tour de Margrave-Neusiedel , il répondit à l'aide de camp : « Si l'artillerie de Boudet est prise, c'est « qu'elle était là pour cela; allez dire à Masséna « que la bataille est gagnée. » — Elle Tétait en effet, puisque le maréchal Davoust ayant formé «es divisions sur le plateau, prenait en flanc tout le corps du prince de Rosenberg, et le refoulait •sur le centre <, pendant que le général Oudinot et le prince vice-roi passaient le ruisseau, gravissaient la hauteur, et attaquaient à la baïonnette ]es bataillons de la masse d'infanterie que la grande batterie de la garde venait tle foudroyer.
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L'archiduc Charles avait déjà fait ses dispositions pour la retraite; mais il l'aurait difficilement exécutée , et la bataille de Wagrara aurait eu de bien autres résultats pour les Français , si la charge de cavalerie que l'empereur avait ordonnée avait été exécutée au moment décisif. Le maréchal Bessières, qui venait de recevoir l'ordre de charger avec toute la cavalerie de la garde, ayant eu son cheval tué sous lui par un boulet, fut roulé : on le crut mort. L'ordre ne put être transmis au général Walther qui se trouvait en téta de la colonne de cavalerie de la garde ; cette cavalerie venait de défiler devant l'empereur, en poussant des cris de victoire, pendant que l'empereur leur répétait : « Ne saie brez pas; pointez, pointez!» Cette colonne dut s'arrêter sur le mamelon derrière la batterie de la garde, et elle perdit beaucoup d'hommes par le boulet de l'ennemi.
L'aile gauche de l'armée autrichienne céda au maréchal Davoust toute cette partie du champ de bataille, et fit sa retraite par la route de Nickolsburg. Le centre et l'aile droite marchèrent par Amspitz sur Stockerait : à mesure que cette aile droite cédait du terrain dans la plaine, en s'appuyant au Danube, le maréchal Masséna, qui avait rétabli le combat, la pressait autant que pouvait le lui permettre la nombreuse artil-
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lerie qui couvrait le mouvement des ennemis. La cavalerie française souffrit beaucoup du feu de cette artillerie, et de celui des carrés de l'infanterie autrichienne, qui, bien soutenue, se retirait en bon ordre. Ce fut là que le brave général Lasalle fut tué.
L'empereur, qui était resté jusqu'alors entre les deux masses de cavalerie, celle de sa garde et celle de la division Nansouty, exposé au feu croisé des batteries autrichiennes, se retira un peu en arrière, s'assit d'abord sur un tambour, et se coucha ensuite sur la terre pour prendre quelque repos. Dans ce moment le général de Wrède déboucha dans la plaine avec une division de troupes bavaroises; il vint prendre les ordres de l'empereur, qui le dirigea sur le village de Wagram, à la poursuite de l'ennemi; il y fut blessé quelques moments après.
Vers sept heures du soir, l'armée autrichienne avait entièrement évacué le champ de bataille et toutes les positions; l'empereur fit dresser pes tentes, et pendant que la cavalerie poursuivait les arrière-gardes autrichiennes, il se porta sur la ligneau delà du ruisseau, et s'arrêta devant le corps du général Macdonald : il le félicita de la belle charge à la baïonnette qu'il avait conduite, et l'embrassa, en l'appelant monsieur te maréchaL Le prince de Neuchâtel qui était au-
près de lui, dit : « Voilà comme les braves gens «c se raccommodent. » Il faisait ainsi allusion à l'espèce de disgrâce dans laquelle était resté le général M acdonald , depuis le procès du général Moreau.
L'empereur, revenu à son bivouac à huit heures et demie, venait de descendre de cheval, lorsque le cri : « Aux armes! *» venu de l'aile droite, retentit sur toute la ligne. Quoiqu'on ne pût guère douter que ce ne fût une fausse alerte, l'empereur fit battre le rappel, remonta à cheval, et se dirigea lentement vers la droite, suivi de tout son état-major. Un officier général, qui blâmait cette inquiétude après une si glorieuse journée, fut sévèrement réprimandé par l'empereur: « Apprenez, monsieur le général, lui dit-il, « que la victoire ne doit jamais inspirer trop de « sécurité; et qu'elle peut échapper à celui qui « s'y confie sans méfiance. »
Napoléon soupçonnait avec raison que l'archiduc Jean, qui aurait pu, dès le matin, se réunir à son frère, avec un corps de vingt-cinq à trente mille hommes, arrivait en ce moment, et trop tard, sur le champ de bataille. Quelquesuns de ses coureurs avaient surpris des soldats qui s'étaient écartés dans la plaine et dans les villages environnants, et ceux-ci avaient répandu l'alarme, qui s'était promptement propagée. On
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eut bientôt la certitude que ces coureurs s'étaient repliés , et que l'archiduc Jean, informé des événements de la journée, ayant repassé la Marsch, se retirait sur Presbourg.
Je passai la nuit sous la tente du prince de Neuchâtel ; je reçus l'ordre de rester sur le champ de bataille, pour faire relever les blessés : j'employai à ces soins toute la journée du lendemain 7 juillet. J'arrivai fort tard à Âmspitz, et je rejoignis, le 8, le quartier impérial à Wolkabruck. L'empereur y séjourna , pendant que l'armée défilait , poursuivant l'ennemi, savoir : le maréchal Masséna avec son corps d'armée et deux divisions de cavalerie sur la route de Znaim ; le maréchal Davoust sur la route de Nicolsburg, et tout le reste de l'armée, par une route intermédiaire , pour passer la Taya.
Le maréchal Masséna eut un vif engagement au pont de Znaim, et dans les faubourgs de cette petite ville que l'ennemi occupait en force. L'archiduc Charles avait pris position en arrière de la ville, la droite appuyée à la Taya, coupant la route de Bohême ; l'empereur manœuvrait pour s'élever sur le flanc gauche de l'armée autrichienne : en la débordant ainsi, il coupait ses communications avec la Hongrie par Brûnn, et la rejetait en Bohême. Déjà le corps du général Marmont (qui, ainsi que les généraux
38o POSITION SUR LA TA TA.
Oudinot et Macdonald , avait été élevé en même temps qu'eux au grade de maréchal de l'empire) avait passé la Taya et marché en avant : il se trouvait en mesure d'attaquer cette aile gauche. Le maréchal Davoust, après avoir poursuivi jusqu'à Nicolsburg les débris du corps du prince de Roseinberg qui se retiraient sur Brûnn, remontait la rive gauche de la Taya avec tout son corps d'armée.
La position de l'armée autrichienne était trèsmauvaise, très-resserrée, et l'archiduc Charles ne pouvait la tenir plus longtemps sans risquer de perdre une bataille encore plus décisive que celle de Wagram. L'empereur Napoléon porta son quartier général au château de Laa, sur la rive gauche de la Taya, et le lendemain, tous les corps de l'armée se trouvant en ligne , il fit établir son bivouac avec toute la garde sur le plateau en face de la ville de Znaim , dont nous n'étions séparés que par un ravin, sur les escarpements duquel les avant-postes des deux partis se fusillaient.
Le même jour, dans la soirée, après que l'empereur eut reconnu lui-même la position , on lui annonça l'arrivée du prince Jean de Liechtenstein qui, s'étant présenté comme parlementaire aux avant-postes du maréchal Masséna, avait été , contraint de suivre la route de Vienne, pour
ARMISTICE DE ZNÀIM, . 38 f
venir trouver l'empereur par les derrières de notre armée : il venait , au nom de l'empereur François , proposer un armistice, dont les bases furent posées cette même nuit après une longue conférence.
Le lendemain , le prince étant reparti , l'empereur me fit appeler, et en présence du prince de Neuchâtel , il me remit les base» convenues * et me chargea d'aller au quartier général de l'archiduc Charles, pour régler, d'après les instructions que me donnerait le major général , les différentes clauses et les détails de l'armistice. Je partis peu d'instants après avec un trompette ; je traversai la ville de Znaim, où commandait M. le prince de Reuss : je rencontrai à peu de distance de la ville un poste de uhlans , et je demandai à être conduit au quartier général. J'observai sur ma gauche , en suivant la route de Bohême , un grand mouvement de cavalerie, qui se dirigeait de la droite de la position vers la gauche. Je fus arrêté peu d'instants après par un groupe d'officiers d'état-major, à la tête desquels était M. le prince de Schwartzemberg; il avait auprès de lui le prince Maurice de Lichtenstein, frère du prince Jean. Lorsque j'eus communiqué au prince de Schwartzemberg mes ordres et ma mission, il me dit que je ne pouvais aller au quartier général de l'archiduc,
38a ARMISTICE DE ZNAMf.
qu'il était à quatre lieues plus loin ; que vraisemblablement je ne l'y trouverais plus, et qu'il avait ordre de diriger les parlementaires relatifs à l'armistice sur le quartier général du général Wimpffen, chef d'état-major de l'armée, qui avait reçu lesins* t ru et ion s et tous les pouvoirs de l'archiduc relativement à cet objet. Le prince Maurice offrit de m'y accompagner. Je renonçai, à regret, à l'honneur de saluer M* l'archiduc Charles, et de traiter directement avec son Altesse Impériale. Le prince Maurice nous conduisit à un village éloigné à peu près d'une lieue sur la droite. Nous n'y trouvâmes point le général Wimpffen , qui n'arriva que deux heures après, parce que, sans doute, on l'avait fait avertir au quartier de M. l'archiduc. Je débattis avec ces messieurs les différentes clauses du traité d'armistice , telles qu'il m'avait été prescrit de les stipuler. Le général Wimpffen les signa , comme fondé des pouvoirs de M. l'archiduc Charles ) et m'annonça que le général de cavalerie de Rothkirch serait chargé, comme commissaire, de l'exécution de la convention.
Pendant que je conférais avec le général Wimpffen, le gros de l'armée autrichienne avait déjà été mis en marche vers la frontière de Hongrie, en suivant la route d'Iglau à Brùnn, ne laissant devant nous que quelques arrière-gardes de ca-