‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 152 sur 247 · DESTRUCTION DES REMPARTS DE VIENNE · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DES REMPARTS DE VIENNE

esprits justement aigris, et j'eus personnellement fort à me louer de la justice qu'il me rendit , et de ses égards pour ma position : en effet, je ne pouvais céder sur aucun des points fixés dans mes instructions 9 ni modifier, ni retarder l'exécution. Tous les fourneaux de mine étant prêts et chargés , on y fit mettre le feu , et les revêtements de ces vieux et formidables remparts furent renversés dans les fossés. Cette terrible explosion , pendant que nous tenions dans l'hôtel du comte de Wùrbna la dernière séance de la commission, produisit l'effet d'un tremblement de terre, et l'on crut, pendant quelques instants, que la cathédrale ( l'église Saint-Étienne ) en aurait souffert de grands dommages. L'inclinaison singulière et bien connue de la flèche du clocher paraissait augmentée. La convention fut signée avec toutes les conditions que l'empereur avait dictées ; elle fut ratifiée par le major général , prince de Wagram, sous ce nouveau titre, malgré les représentations des commissaires autrichiens, sur ce qu'ils appelaient le dernier outrage. Je reçus Tordre de séjourner à Vienne jusqu'à l'entière exécution de la convention. Je fus assez heureux pour remplir cette mission délicate sans choquer aucune convenance, et toutefois sans dévier en aucun point des instructions très-rigides qui m'avaient été données. J'accordai et je

SÉJOUR A. V1£NHE. 3g [

fis valoir les petites concessions qui ne touchaient pas au fond des stipulations consenties : je fus en cela aidé et soutenu par M. le maréchal Davoust, dont le corps d'armée occupait Tienne, et devait faire l'arrière-garde , en se retirant successivement sur la position de Saint-Polten , ensuite sur la ligne de l'Ens.

J'avais gardé auprès de moi pour me seconder mon ancien aide de camp et mon ami le colonel Louis Romceuf , que le maréchal Davoust avait bien voulu détacher de son état-major. Ce fut pendant mon séjour à Vienne que je présentai le colonel Romœuf à madame de Traunwieser. Cette dame avait une très-belle maison de campagne aux environs de Vienne, sur la montagne appelée le Kahlemberg. Dans les premiers moments d'invasion , cette maison de campagne avait été fort maltraitée par les troupes wurtembergeoises; on avait surtout enlevé de très-beaux chevaux transylvaniens, que j'avais fait rechercher et rendre à madame Traunwieser : elle mit beaucoup de prix à ce petit service , et me le témoigna par toutes sortes d'égards et de procédés. Sa fille unique, mademoiselle Charlotte, était une des plus belles personnes de Vienne, pleine de grâces et de talents ; elle distingua le colonel Romœuf : sa mère approuva les soins qu'il lui rendait, et s'engagea à lui accorder sa main, aussi-

3qi rentrée a vienne de l'empereur FRANÇOIS.

tôt que les circonstances le permettraient. J'étais fort heureux du bonheur de mon ami, et d'avoir pu contribuer à une union qui , sous le rapport de la fortune , était aussi très-avantageuse. La paix récemment conclue confirmait les espérances (l'un couple si bien assorti : j'étais loin de prévoir que de nouveaux orages éclateraient dans le nord de l'Europe, et que les espérances de mon ami s'évanouiraient avec la vie sur le champ de bataille où il fut mortellement frappé , et mourut dans mes bras.

La ville de Vienne et tout le cercle de la basse Autriche ayant été d'abord évacués, l'empereur François rentra dans sa capitale, et je fus témoin de l'accueil qu'il y reçut; il arriva de nuit dans la ville, qui fut spontanément illuminée : il était en voiture découverte, et avait auprès de lui son fidèle ami le comte de Wûrbna. Il parcourut ainsi les principales rués de la ville au milieu des plus vives acclamations et des bénédictions du peuple. Je fus admis, peu de jours après, à une audience de l'empereur François : j'y fus introduit par le comte de Wûrbna, et accueilli de la manière la plus honorable. L'empereur m'exprima plusieurs fois sa haute estime pour l'empereur Napoléon et son désir sincère d'affermir de plus en plus la paix et la bonne harmonie entre les deux nations.

RETOUR EN FRANCE. 3c)3

Vers la fin de décembre 1809, ma mission étant remplie, et les provinces autrichiennes qui devaient être restituées, étant entièrement évacuées par les troupes françaises, je reçus ordre de retourner à Paris. Je m'arrêtai à Linz pour prendre congé de M. le maréchal Davoust, et ensuite à Munich, pour faire ma cour à S. M. le roi de Bavière, et le remercier de ce qu'il avait bien voulu me conférer le grand ordre militaire de Maximilien : il avait ajouté à cette faveur le soin d'obtenir pour moi, de l'empereur Napoléon, la permission de m'en décorer. Je reçus aussi un honorable témoignage de souvenir de S. M. l'empereur d'Autriche : M. de Wûrbna m'envoya de la part de S. M. une boîte contenant le portrait de l'empereur François, entouré de diamants. L'empereur Napoléon me permit de l'accepter.

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