‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 156 sur 247 · DE LA GRANDE ARMÉE · texte numérisé non relu

DE LA GRANDE ARMÉE

^différentes branches de cette administration, « et il me semble que je servirais plus utilement « à l'armée , comme je l'ai fait dans les campagnes a précédentes, en qualité d'aide-major général « sous le prince de Wagram. » — « C'est bon, me « dit-il , vous ferez ce qui vous sera ordonné. »

J'allai consulter mon honorable ami le comte Daru, et mon ancien compagnon d'armes Berthier, qui m'encouragèrent l'un et l'autre à remplir les intentions de l'empereur, et je ne tardai pas à recevoir l'ordre de me rendre, d'abord à Fulde, et ensuite à Erfurth et à Berlin, pour y organiser les divers services.

Peu de jours avant mon départ, l'empereur me fit appeler à l'Elysée, où se trouvèrent aussi le major général prince de Wagram et le comte Daru, secrétaire d'État. L'empereur nous annonça qu'il nous avait réunis pour nous donner ses instructions sur les objets dont nous aurions à nous occuper avant l'ouverture de la campagne, et principalement sur les fonctions que je devais remplir comme intendant général. Avant de nous faire asseoir autour d'une petite table ronde préparée au milieu du salon, il me demanda à qui je pensais qu'il fallût confier le travail de la direction de la conscription. Je répondis que le chef de division M. Hargenvilliers était fort en état de remplir cette place ; qu'il

4lO INSTRUCTIONS DE l'eMPKB^UR.

avait eu la plus grande part à la rédaction de l'instruction générale, et qu'il dirigeait le travail des bureaux avec autant d'activité que d'exactitude.

« Fort bien ! me dit-il ; niais il me faut un of- « ficier général qui tienne ferme dans ses rap- « ports avec messieurs les préfets. » Alors j'indiquai le général Hastrel, beau-frère du duc de Feltre, ministre de la guerre, comme l'officier le plus propre par ses lumières, son expérience et la fermeté de son caractère , à remplir les vues de Fempereur. Il approuva ce choix, et m'ordonna de remettre mon portefeuille au général Hastrel.

L'empereur nous dicta ensuite ses instructions. La séance dura quatre heures, pendant lesquelles nous suivîmes de notre mieux , le comte Daru et moi, la dictée de l'empereur aussi rapide qu'une conversation. Le major général s'abstint de rien écrire, comptant sur notre exactitude. L'empereur se promenant presque toujours, et sans s'interrompre une seule fois, ne paraissait point fatigué. Nous étions au bout de nos forces. Après cette séance si intéressante et si pénible, -nous passâmes chez moi presque toute la nuit à raccorder et rectifier l'une par l'autre nos deux minutes. Cette instruction ne comprenait pas seulement les objets relatifs à mes fonctions,

INSTRUCTIONS DE l'eMPEBEUR. 41 l

mais encore l'organisation et les mouvements des divers corps d'armée qui devaient traverser l'Allemagne et les États prussiens jusqu'au delà de la Vistule,

L'empereur fit joindre à eette pièce imporn tante une copie du traité récemment conclu avec la cour de Prusse relativement aux prestations en nature exigées de la Prusse. Ces prestations étaient énormes, comme, par exemple, six cent mille quintaux de grains, quarante-quatre mille bœufs, trois mille voitures de transport auxiliaires , etc. La Prusse redevait quarante-trois millions de francs sur les contributions imposées après la paixdeTilsitt, par une convention particulière; mais il m'était interdit de régler aucun compte avant la fin de la campagne; et il y avait dans mes instructions cette phrase remarquable : « Après le compte établi, la Prusse restera encore « .reliquataire. »

Je partis de Paris le i5 mars; je passai par Mayence, et ne m'arrêtai qu'à Erfurth où les ordonnateurs Chambon et Joinville me remirent l'état des divers approvisionnements dont ils avaient été chargés, et celui du personnel. Après un court séjour à Erfurth, je me rendis à Berlin. Mon premier soin fut d'organiser mes bureaux et de diviser le travail selon les diverses branches de service. L'empereur m'avait auto-

4l2 INTENDANCE GÉNÉRALE.

risé à emmener avec moi , pour être employés à l'intendance générale, plusieurs auditeurs au conseil d'État, et surtout mon gendre le baron de Saint-Didier , préfet du palais, qui ne devait être distrait par aucun service relatif à la maison impériale, de celui dont il était chargé auprès de moi. J'avais obtenu que mon cousin Combes, qui, comme je l'ai dit plus haut, remplissait les fonctions de secrétaire général de la conscription et des- revues, fut nommé commissaire des guerres; il continua à travailler avec moi à la distribution du travail, aux annotations de la correspondance générale, et fut, indépendamment, chargé du bureau des subsistances. Mon bureau des fonds était dirigé par M. Paris, l'un des plus forts comptables que j'aie connus : il avait sous ses ordres un adjoint aux commissaires des guerres, M. Thirat de Saint-Aignant, aujourd'hui maître des requêtes, auquel on doit l'établissement de la comptabilité du département de la guerre. J'avais aussi fait choix de quelques autres commissaires des guerres ou adjoints, dont j'avais distingué la capacité et le zèle.

Armé du traité relatif aux prestations exigées de la Prusse, traité que le premier ministre baron de Hardenberg trouvait inexécutable, et dont il fit, devant moi, de vifs reproches au

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