‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 159 sur 247 · DERNIÈRES NEGOCIATIONS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES NEGOCIATIONS

tawa. C'était une effrayante et trop juste" prophétie ; elle me parut si positive et si importante que, lorsque j'eus rejoint le quartier impérial, je ne manquai pas d'en faire part au prince de Wagram. Je ne pus douter qu'il n'en rendît compte à l'empereur; mais on ne m'en parla point, et je me gardai bien de répéter ces sinistres présages.

J'avais reçu l'ordre de me rendre à Posen; Napoléon, qui s'était arrêté à Dresde, où il reçut pour la dernière fois les hommages des souverains et des princes ses alliés, arriva peu de jours après à Posen : une faible lueur de pacification venait de s'éteindre; le comte de Narbonne, aide de camp de l'empereur, de retour de Wilna, n'avait apporté, de la part de l'empereur de Russie, que des réponses ou négatives ou évasives aux propositions qu'il avait été chargé de faire et de présenter comme un ultimatum.

L'empereur Napoléon séjourna à Posen six ou sept jours, pendant que les troupes étaient en marche vers la Vistule : il s'occupa dans le plus grand détail des différentes branches du service de l'administration, et surtout des subsistances des équipages militaires et des hôpitaux : il me faisait appeler quelquefois, mais il travaillait le plus souvent sur tout ce qui était relatif à l'intendance générale, avec son secrétaire d'État, le 111. 27

4l8 TRAVAUX D'ADMINISTRATION.

comte Daru; la coopération de cet habile administrateur ne pouvait que m'être utile; elle me fut toujours agréable et ne me donna jamais le moindre ombrage. L'empereur connaissait notre parfait accord; le comte Daru avait plus que moi l'habitude du travail avec l'empereur , principalement pour la destination et la répartition des fonds; je me trouvai fort bien de cette intervention. Je recevais les ordres, soit par le. major général, soit par le secrétaire d'Etat, et je mettais autant de zèle que de ponctualité à les faire exécuter. La rapidité des marches, la rigueur avec laquelle l'empereur exigeait que les services fussent parfaitement et complètement organisés sur tous les points des lignes d'opérations, et le prompt abandon des établissements à peine formés, multipliaient et compliquaient les difficultés dans toutes les branches du service. Les moyens de transport, soit par les équipages militaires appartenant à l'armée, soit par les auxiliaires, étaient presque toujours insuffisants. Cette armée immense, traversant les Etats prussiens comme un torrent, consommait toutes les ressources du pays, et ne pouvait être suivie par les approvisionnements de réserve avec la célérité qu'exigeaient les opérations. J'avais fort à me louer du zèle et de l'activité de mes chefs de service. L'empereur, qui était fort impatient,

Page 1