SÉJOUR A WILNA
même pour tâcher de gagner les devants. J'en aurais fait autant, ma présence ne pouvant plus être d'aucune utilité, si les chevaux qui me restaient, ainsi que mes gens, n'eussent été excédés de fatigue. J'avais déjà perdu plusieurs de mes compagnons et coopérateurs; j'étais entouré de mourants.
Nous eûmes dans la nuit une alerte causée par lès Cosaques. On Battit la générale, et ils n'osèrent se hasarder à s'approcher davantage de la ville. On vint m' avertir dans l'après-midi du lendemain que le roi et tout le quartier général étaient partis, que la ville était évacuée, et qu'il n'y avait pas un moment à perdre : mais je ne pus parvenir à faire atteler mes voitures; je réduisis mes équipages au plus strict nécessaire; je fis brûler mes uniformes, distribuer mon linge; je laissai des secours d'argent et de vivres aux malheureux qui ne pouvaient plus me suivre, et surtout au commissaire des guerres Paris, chef de mon bureau des fonds, qui était presque expirant, ainsi que ses deux fils, et qui périt peu de jours après : l'un de ses deux enfants mourut aussi, l'autre resta prisonnier.
Nous sortîmes de la ville et nous rejoignîmes les voitures du trésor et celles des équipages de l'empereur. Vers le point du jour nous nous arrêtâmes au pied de la hauteur qui est à une
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lieue et demie de Wilna; c'était une montagne de glace que les chevaux ne pouvaient gravir; il se fit, au pied de cette hauteur, un encombrement, un amoncellement inextricable de voitures d'artillerie de toute espèce, de fourgons, qui ne laissèrent aucun espoir de franchir cet obstacle. Quelques voitures légères purent tourner la hauteur en faisant un grand détour par la droite : les unes réussirent à s'échapper et à regagner la route; d'autres tombèrent dans les mains de L'en*nenii. Les Cosaques nous avaient atteints avec leur artillerie montée sur des traîneaux : ils commençaient à canonner vivement ces amas confus, et, après avoir gagné la hauteur, ils débordaient déjà nos flancs. Un officier de l'escorte des voitures de l'empereur vint me prévenir qu'on met» tait le feu aux équipages; je me décidai à abandonner les mieqs et je mis pied à terre.
Nous gravîmes la hauteur, Saint-Didier et moi, tenant nos chevaux par. la bride, et cheminant à travers la foule des fuyards. J'étais encore si faible, et tellement épuisé de fatigue., que mon cheval ayant glissé sur la neige, je ne pus me relever , et Saint-Didier fut obligé de m arracher de dessous mon cheval. Nous nous réfugiâmes ensemble, le soir, dans une masure, près du château où le roi de Naples avait établi son quartier. Nous y passâmes la nuit, assis sur des ni. 3i