‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 191 sur 247 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

Je reprends mes fonctions d'intendant général. — Retraite sur l'Oder. — Travaux administratifs. — Retraite sur l'Elbe. — Situation des esprits en Allemagne. — Le prince Eugène. — Réorganisation de l'armée. — Dispositions pour l'ouverture de la campagne de i8i3. — Bataille de Lutzen. — Rentrée à Dresde. — Difficultés administratives. — Mécontentement de l'empereur. — Batailles de Bautzen et de Wûrtchen. — Mort du général Duroc. — Symptômes de démoralisation. — Armistice. — Négociations pour la paix. — Dispositions et propositions de l'Autriche. — Situation de l'armée française. — Reconnaissance , opinion et plan de campagne proposé par le maréchal Gouvion-Saint-Cyr. — Dispositions des alliés. — Conférence de l'empereur Napoléon avec M. de Metternich.

— Rupture de l'armistice. « — Reprise des hostilités. — Marche des alliés sur Dresde. — Contre-marche de l'empereur Napoléon. — Bataille de Dresde. — • Combat de Culm. — Défaite du maréchal Macdonald. — Défaite du maréchal Oudinot. — Concentration de l'armée française sur Leipzig. — Défense de Dresde. — Succès du maréchal Saint-Cyr contre le général Tolstoy. — Conseil de guerre. — Investissement de Dresde.

— Sortie repoussée. — Capitulation. — Violation de la capitulation. — Nous sommes retenus prisonniers et envoyés en Hongrie. — Séjeur en Hongrie et en Autriche, — Rentrée ea^ ÇYancç.

wuoique j'eusse recouvré une partie de mes forces, je ne me sentais point en état de repren-

D INTENDANT Gijxt&AL. 4%

dre mes fonctions d'intendant général, et je me proposais de demander à l'empereur la permission de retourner en France, lorsque je reçus dtt comte Daru l'invitation la plus pressante de rejoindre r si je le pouvais, le quartier général de l'armée à Posen, afin qu'il pût lui-même, conformément aux ordres qu'il venait de recevoir de l'empereur, aller reprendre ses fonctions de ministre secrétaire d'État. Je fus très-contrarié > mais je pensai qu'il était de mon devoir de me rendre à mon poste dans ces malheureuses ciiv constances, et au risque d'une rechute, de donner cette nouvelle preuve de dévouement. Le roi de Naples avait quitté l'armée pour retourner dans ses États, et avait laissé le commandement en chef au prince vice^roi d'Italie.

J'appris, à Berlin, par notre ambassadeur le comte de Saint-Marsan, la situation critiqué de nos affaires en Prusse, et les mauvaises dispositions qui éclataient de toutes parts dans la population; le premier ministre, baron de Hardenberg, ne les avait que trop bien prévues dès l'ouverture de la campagne. Je laissai à Berlin mes aides de camp Doney et Bernard, et quelques-uns de mes gens, pour recomposer à la hâte mon équipage en ce qui m'était le plus indispensable, et je partis en poste avec Saint-Didier et Poncet pour me rendre à Posen. En arrivant k

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Francfort-sur-1'Oder , j'appris que la route directe de Francfort à Posen était déjà infestée par les Cosaques de Gzernichef ; je fus donc obligé de faire un grand détour et de remonter l'Oder jusqu'à Glogau : je trouvai dans cette place quelques débris de nos équipages militaires, et tout le service de la poste de la grande armée, qui s'y étaient arrêtés et réfugiés. L'armée avait été privée de correspondance pendant près de trois mois; je témoignai mon mécontentement au directeur de ce service, et cependant son excessive prudence avait vraisemblablement sauvé beaucoup d'objets précieux et d'intéressantes communications.

Arrivé à Posen, j'allai prendre les ordres du prince vice-roi et du prince major général : celui-ci, très-souffrant de la goutte remontée dans la poitrine, se préparait cependant à retourner à Paris. Le général Monthion resta auprès du prince vice-roi comme chef d'état-major; le comte Daru, qui m'attendait avec ipipatience, me remit le portefeuille de l'intendance générale, et partit pour Paris. J'obtins du prince vice-roi, pour mon gendre Saint-Didier, la permission d'accompagner le comte Daru.

Je repris mes fonctions, et je fus très-heureux, pour me remettre au courant des affaires, de retrouver à Posen l'ordonnateur Combes, qi^e

RETRAITE SUR l'oDKR. 49 *

j'avais laissé à Rœnigsberg auprès du comte Daru, et qui ne l'avait pas quitté pendant là fin de la retraite en, deçà de la Vistule.

Le prince vice-roi s'efforçait de rallier les débris des corps de différentes armes : il réunit trois mille hommes de la garde impériale sous le commandement du brave général Roguet. Il voulait couvrir les points de ralliement qu'il avait indiqués sur la ligne de l'Oder, dont nous occupions les places fortes ; mais il ne put tenir plus longtemps la position de Posen. La retraite précipitée du corps autrichien sous les ordres du prince de Schwartzemberg, retraite que nous considérâmes comme une défection, avait découvert Varsovie : nous n'avions conservé sur la Vistule que la petite place de Thorn et le camp retranché de Modlin ; notre ligne d'opérations allait être coupée, et le prince vice-roi jugea qu'il était urgent de repasser l'Oder, et d'aller au-devant de la division Grenier, forte d'environ quinze mille hommes, qui venait d'I-

* talie à marches forcées. Il fit donc replier tout ce qui était sur la rive droite de l'Oder, espérant se soutenir sur cette ligne à la faveur des places fortes de Stettin , Custrin et Glogau. Le quartier général fut établi à Francfort.

Je rétablis dans mes bureaux l'ordre et la

* distribution du travail; je pourvus par des mar-

4g? 1IKTRA1TE SUR l'xLB*.

chés particuliers à la subsistance de l'armée et surtout au service des hôpitaux établis plus en arrière sur la ligne de l'Elbe. Je renouai ma correspondance avec les ordonnateurs et les chefs de service, correspondance qui avait été totalement interrompue par les désastres de cette longue retraite, et par la perte des documents les plus nécessaires pour rétablir l'administration centrale et pour débrouiller le chaos d'une si vaste comptabilité. Le froid redevint très-rigoureux vers la fin de janvier, l'Oder gela si fortement que les troupes légères de l'ennemi trouvèrent de faciles passages entre les places sur lesquelles notre ligne trop étendue était mal appuyée. Le prince vice-roi , après avoir réorga* nisé les troupes qui se trouvaient sous ses ordres, se décida à replier sur la ligne de l'Elbe, l'armée d'observation dont le difficile commandement lui avait été confié , et dont la conservation était devenue si importante. Déjà toutes les populations couraient aux armes; des bataillons de landwehr ae formaient et traversaient nos positions : nous entendions et cous étions obligés de souffrir leurs manifestations insultantes. Notre quartier général fut établi dans un château royal à deux lieues de Berlin ; nous y restâmes trois jours, pendant que nos troupes évacuaient les faubourgs et se retiraient sur Wit-

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