‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 193 sur 247 · RÉORGANISATION DE L ARMÉE · texte numérisé non relu

RÉORGANISATION DE L ARMÉE

sible de lé faire, le prince vice-roi repassa le fleuve et porta son quartier général sur la rive gauche, en arrière de Hall, couvrant les défilés et le pays fortement accidenté de la foret du Hartz. Je m'établis avec les équipages et tout le matériel die l'administration, à Halherstadt, petite ville à six lieues de Magdebourg. Tout ceci se passait vers la fin de février, les grandes rigueurs de l'hiver commençaient à s'adoucir. Nous restâmes assez tranquilles dans cette position ; l'ennemi n'entreprit rien de considérable; il était occupé de rassembler ses forces sur la rive droite de l'Elbe; et le prince Eugène, malgré l'infériorité dés siennes, se maintint dans les positions qu'il avait prises, jusqu'à l'ouverture de la campagne. Ce prince remplit parfaitement lés vues de l'empereur; il accrut beaucoup sa réputation de général en chef, par la justesse de ses combinaisons, par une heureuse alternative d'audace et de prudence, par une vigilance éclairée, et par des soins paternels qiii lui concilièrent l'estime de l'armée et l'affection de ses soldats.

L'empereur avait, en trois mois , formé , organisé, et, comme on l'a dit avec raison, improvisé une autre grande armée. C'était un immense effort; il épuisa sans doute les dernières ressources de l'empire : mais Napoléon ne se montra jamais plus grand que dans cette circonstance;

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il étonna l'Europe en reparaissant, pour ainsi dire soudainement , sur le théâtre de la guerre ; il confondit la confiance présomptueuse de l'ennemi, il releva l'honneur de nos armes, et répara des revers qu'on devait croire irréparables*

Les cadres ralliés sur les places du Rhin avaient reçu de nombreux conscrits ; de nouveaux régiments avaient été formés avec des équipages de haut-bord ; l'artillerie de la marine avait servi k compléter celle de terre; on avait fait dans le Hanovre et dans le Holstein des achats considérables de chevaux.

Je reçus l'ordre de préparer sur la ligne de la Saale, et surtout à Erfurth et à Weymar, des magasins de subsistances, de réorganiser les équipages militaires et le service des hôpitau*. Je continuai de correspondre avec le comte Daru pour tout ce qui concernait les divers services de l'armée; je recevais aussi des ordres du major général, et quelquefois directement ceux de l'empereur.

Vers la fin du mois d'avril , les nouveaux corps d'armée débouchèrent de la ligne du Rhin pour se porter sur la Saale ; l'armée alliée sortit de ses cantonnements autour de Dresde , et s'avança sur Leipzig , appuyant sa gauche aux montagnes qui séparent la Bohême de la Saxe.

L'empereur arriva à l'armée, concentra ses

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forces, et porta son quartier général d'Erfurtk à Weissenfels. Le prince vice-roi , dont les troupes devaient former l'aile gauche, reçut ordre de marcher sur Mersbourg , et de continuer ensuite sa marche sur Leipzig , à mesure que le centre de l'armée et l'aile droite s'avanceraient par la grande chaussée de Lutzen. Je quittai la ville d'Halberstadt, et je me rendis d'abord à Mersbourg, en suivant le mouvement de l'armée d'Italie, c'est-à-dire, le corps du prince vice-roi 9 avec toute l'administration, le trésor et upe division d'équipages militaires, à peu près cent cinquante voitures.

Deux jours après mon arrivée à Mersbourg, je reçus du prince major général l'ordre de rejoindre sur-le-champ à Lutzen le quartier général impérial , avec toute mon administration. Je partis le lendemain vers sept heures du matin. La distance de Mersbourg à Lutzen n'est guère que de trois lieues et demie , par un assez bon chemin , dans les terres à travers le pays* A mesure que nous approchions, nous apercevions le long de la chaussée des fumées de canon; mais le vent du nord nous empêchait d'entendre les détonations, et ce ne fut qu'en touchant à Lutzen que nous apprîmes qu'une grande bataille était engagée. En entrant dans cette ville, après avoir fait parquer les équipages, je vis que

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