DÉPART DE LA FAMILLE ROYALE
Monsieur sortit du cabinet, et, m'aperce vant , il me prit à part dans l'embrasure de la première croisée : « Eh bien, me dit-il, qu'avez-vous vu? » Je lui rendis compte du mouvement de la garde, qui, doublant ses marches, devait certainement être arrivée le lendemain à Fontainebleau. Je lui demandai s'il avait des ordres à me donner : ce Aucun: nous partons tout à l'heure; mais nous « ne tarderons pas à revenir. Res tez ; faites ce qu'on « vous dira de faire, et comptez que nous vous « retrouverons. » En accompagnant le prince jusqu'au pavillon Marsan, je demandai au duc de Fitz-James si Monsieur avait envoyé des ordres au comte de Puységur, qui, depuis quinze jours, était allé à Rabastens, près de Toulouse, dans sa famille. « Je ne crois pas, me dit-il, qu'il « ait pu être averti; écrivez-lui qu'il reste où il « est et qu'il attende. » Je fis tout le contraire, et conseillai au comte de Puységur , redoutant les troubles qui auraient lieu dans le Midi, de passer en Espagne.
Je me retirai chez moi, profondément affligé et prévoyant les malheurs que devait attirer sur ma patrie ce prodigieux événement. J'étais indigné des intrigues qui l'avaient amené, et de la faiblesse des conseils qui avaient déterminé la fuite et l'abandon delà famille royale. Deux jours après , cédant aux instances de ma famille et de mes amis,