‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 223 sur 247 · DIRECTION DES GARDES NATIONALES · texte numérisé non relu

DIRECTION DES GARDES NATIONALES

Tels furent , dans ces circonstances critiques, ma conduite et mon entraînement. Je ressentais une peine extrême, et pour la première fois dans ma longue carrière, de cette contradiction de mon opinion sur les nouveaux événements avec la position où je me trouvais. Quoique mon honorable ami le maréchal Davoust eût le porte* feuille de la guerre, et que le maréchal Soult, qui me combla toujours de preuves d'estime, fut désigné pour remplir le poste de major gêné* rai à la place du prince de Wagram qui s'était retiré en Allemagne, je ne fus point proposé pour remplir mon ancien poste dansl'état-major gêné*rai de l'armée. Napoléon était bien éloigné de me traiter avec confiance et de m'employer près de lui ; mais il pensait que je lui serais utile pour la levée d'une grande réserve de gardes nationales. J'ai su qu'il ne comptait nullement sur mon dévouement, mais bien sur ma probité et mon exactitude à remplir les fonctions que j'aurais acceptées : il me rendait justice. Je m'y livrai sans réserve; je remplis avec zèle le devoir de concourir à la défense du territoire, évidemment menacé d'une seconde invasion, et dans ma conscience je ne m'accusais point d'un manque de foi. Dans le court espace de six semaines j'organisai et rendis mobiles environ quatre-vingt-dixsept mille hommes de gardes nationales 7 qui de-

PLAN DE CAMPAGNE DE NAPOLÉON. 5^ f

vaient être dirigées sur les places des frontières menacées. Je travaillai sur cet objet avec le ministre de l'intérieur Carnot, avec lequel je n'avais eu aucun rapport depuis les événements du 18 fructidor et la proscription dans laquelle j'avais été compris avec lui. J'eus fort à m'en louer, et j'eus occasion de reconnaître l'étendue de ses lumières et la rectitude de son jugement.

A l'époque du départ de l'empereur pour l'armée, et au moment où il allait ouvrir la campagne, Carnot me communiqua ce qu'il savait du plan que Napoléon avait arrêté et dont le succès me paraissait au moins très -raisonnable. « Il va , me dit-il, se jeter en masse entre l'armée « prussienne et l'armée anglaise; il arrive à temps « sur la Sambre pour prévenir leur jonction, les « attaquer et les battre séparément. D'après ce « que nous savons de la position respective des « cantonnements de ces deux armées, il doit « couper l'armée prussienne, en rejeter les débris « sur la Meuse, attaquer ensuite et poursuivre a l'armée anglaise sur le. bas Escaut. »

Le maréchal Davoust, ministre de la guerre , que je voyais souvent, me traitait avec la même amitié et la même confiance qu'il m'a toujours témoignées. U était fort inquiet du début de cette campagne .dont les premières opérations devaient être décisives. C'était malgré lui qu'il

SjZ PREMIÈRES HOSTILITÉS.

avait accepté le ministère de la guerre. Il avait désiré et n'avait pu obtenir d'accompagner Napoléon et de commander son aile droite. Le général Grouchy, élevé au grade de maréchal, lui avait été préféré, parce que Napoléon avait pensé que l'activité et la fermeté du maréchal Davoust lui seraient plus utiles à Paris que sur le champ de bataille.

Quoique j'eusse vu avec beaucoup de peine le retour de Napoléon, et que tout ce qui s'était passé à Paris depuis le 20 mars jusqu'à l'ouverture de la campagne n'eût fait qu'accroître mes anxiétés; quoique je fusse convaincu qu'il fallait encore bien d'autres miracles pour conjurer l'orage qu'on avait laissé se former et grossir par une temporisation impolitique, je n'en faisais pas moins des vœux sincères pour le succès de nos armes. Je souhaitais aussi ardemment que les amis les plus dévoués de Napoléon qu'il triomphât des difficultés dans lesquelles il s'était engagé : une grande victoire, rien de moins que la destruction de l'armée anglaise, pouvaient seules rétablir l'ascendant de son génie, les prestiges de sa gloire, et justifier la témérité de son entreprise. La nouvelle de la bataille gagnée sur la seule armée prussienne et du combat sanglant du maréchal Ney aux Quatre-Bras contre l'avant-garde de l'armée anglaise me causa une

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