ADMISSION AU CONSEIL DES ANCIENS
nement républicain. Mon compatriote, le général Frégeville aîné, un des membres de cette commission, me prévint que son collègue
M. L m'avait encore dénoncé, ainsi que
plusieurs autres personnes qui se trouvaient à peu près dans le même cas; la commission devait en délibérer, et M. L. devait être chargé du rapport Dans cette circonstance, je m'adressai directement à M. L pour le convaincre de la fausseté et de l'injustice d'une telle accusation, et je lui déclarai que si elle était portée à la tribune, ce serait entre lui et moi une affaire personnelle. Il me répondit que, quelle que fut son opinion, il se conformerait aux ordres de la commission. Je dus, sans doute , au général Frégeville la décision favorarable qui garantit pour l'avenir mon entière sécurité.
Conformément au nouvel acte constitutionnel j les deux chambres étaient composées des deux tiers des membres de la convention que le tirage au sort avait désignés, et d'un autre tiers de dé^ pûtes nouvellement élus; ceux-ci étaient, à peu d'exceptions près, dans des opinions franchement constitutionnelles. La condition de l'âge de quarante ans révolus, pour être admis au conseil des anciens, et un heureux hasard avaient retenu dans ce conseil un plus grand nombre de
COMPOSITION DES DEUX CONSEILS. *} i
conventionnels modérés qu'il ne s'en trouvait dans le conseil des cinq-cents. La majorité de cette espèce de chambre haute se composa d'hommes intègres et courageux, et des mieux disposés par leurs opinions et leur esprit de jus* tice , au rétablissement du bon ordre. La plupart d'entre eux 9 dans les circonstances difficiles où ils s'étaient trouvés à la convention, avaient résisté, autant qu'ils l'avaient pu, à la violence des passions. Tels étaient Lanjuinais , Bernard- Saint-Afrique, Bodin, etc. Ils se réjouirent et s'honorèrent de l'appui des nouveaux élus. On put donc espérer qu'en agissant avec sagesse et circonspection, on parviendrait à s'affranchir de l'influence du parti révolutionnaire, et que la majorité du conseil des anciens appuierait fortement le pouvoir exécutif, s'il manifestait l'intention de marcher dans les bonnes voies, et de gouverner dans les véritables intérêts de la nation.
Il en était tout autrement dans le conseil des cinq-cents : la faction révolutionnaire y avait conservé ses principaux appuis, soit par le hasard du tirage, soit parce que les plus jeunes et les plus ardents conventionnels y étaient nécessairement réunis. Le tiers nouvellement élu, même en lui supposant la fermeté d'opinions constitutionnelles , qui se faisait remarquer dans le con-
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seil des anciens , ne rencontrant pas les mêmes sympathies, ne pouvait que rester en minorité.
Dans cet état de choses, le directoire avait à déterminer l'esprit et la direction de son gouvernement. S'il s'appuyait sur la sage majorité du conseil des anciens , il se conciliait l'opinion publique , et s'affermissait dès les premiers pas ; s'il se livrait au contraire à l'impulsion révolutionnaire de la majorité du conseil des cinqcents, il s'aliénait la masse des citoyens, toujours effrayée du spectre de la convention , et dont la confiance ne pouvait s'acquérir qu'en effaçant peu à peu les traces du régime de la terreur. Les cinq membres qui composaient le directoire exécutif se divisèrent sur cette question vitale : trois d'entre eux , Barras , Rewbell et Laréveillère-Lépeaux, optèrent pour cette dernière alternative , tandis que Carnot et Letourneur de la Manche adhérèrent aux principes de modération et de justice qui prévalaient dans le conseil des anciens. C'est ainsi que se forma cette bizarre opposition qui était en majorité dans la chambre haute, en minorité dans la seconde chambre et dans le directoire exécutif,
Les vices et l'incohérence des éléments de ce prétendu gouvernement républicain étaient palpables, et se montrèrent à découvert dès le premier essai. Toutefois nous en avions subi le
feSPftlT DE ^OPPOSITION. ?]3
joug ; il était moins pesant que celui de la convention , et bien qu'on ne pût croire à la durée d'un gouvernement qui manquait d'unité, et qui renfermait tant de germes de discorde, nous reconnûmes qu'il était pour notre pays, et vu les circonstances, le seul moyen de salut : ce fut de bonne foi que les membres les plus influents dans le conseil des anciens se dévouèrent à le maintenir et à l'améliorer autant qu'il serait possible. J'étais de ce nombre. Je me liai intimement avec nos deux plus célèbres orateurs, Portalis et Tronçon-Ducoudray : nous trouvâmes dans les lumières, les talents et l'expérience de Barbé- Marbois, de Lebrun, de Dupont de Nemours, et de quelques autres, un important appui.
Nous formâmes une réunion de douze individus, dans laquelle se trouvaient les principaux membres de la minorité du conseil des cinq-cents, tels que Siméon, Gilbert Desmolières, Dumolard. Cette réunion avait lieu deux fois par semaine , une fois chez Barbé-Marbois , où nous dînions en pique-nique , et l'autre fois chez Gilbert Desmolières, où nous passions la soirée. Cette espèce de comité fut toujours unanime sur les principes et sur les moyens ; il n'y eut jamais d'arrière-pensées, jamais d'intrigues ni d'influences étrangères. Il n'est pas vrai, quelles que fussent au fond nos opinions monarchiques, que nous