PLAN DE L'OPPOSITION
ayons servi la cause royale. Nous n'avions d'autre but, d'autre intention que de prévenir le retour de l'anarchie, et d'amener le gouvernement républicain , tel que nous l'avions trouvé , tel que l'usurpation l'avait fait , à se légitimer aux yeux de la nation par la loyauté et la moralité de ses actes; nous désirions sincèrement qu'il prît son point d'appui, sa véritable force dans l'estime publique. Je me souviens d'avoir dit plusieurs fois à mes collègues , dans nos réunions, en cherchant à calmer l'impatience de quelques-uns d'entre eux , et leur trop vive improbation de la marche du directoire : a Qui , « sans doute, c'est une bien mauvaise machine « que celle d'une république idéale qui n'a aucun « principe fixe, aucune base dans les moeurs, et « ne donne à la liberté que des garanties illusoires; « mais les machinistes sont plus mauvais que la « machine , parce qu'ils manquent de confiance « en eux-mêmes , et que , par une déplorable «erreur, leur intérêt personnel et exclusif les « fait dévier du but qu'ils veulent atteindre. Dans « les circonstances présentes , nous devons , pour « le bien de notre pays, maintenir cette machine « si compliquée, telle qu'elle est; si nous nous a attachons à régulariser son jeu, au lieu de « l'entraver , elle peut s'améliorer par des choix « successifs , et détruire peu à peu , sans secousse,
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« les influences les plus dangereuses pour la li- « berté. »
Tel fut, en effet, le plan arrêté entre nous, et qui fut suivi constamment. 11 consistait à nous opposer fermement aux abus d'autorité, aux mesures violentes, sans, toutefois, nous refuser à seconder le gouvernement dans tout ce qu'il proposerait de raisonnable et d'utile. Nous voulions rétablir l'ordre et l'économie dans les finances, une bonne et impartiale administration de la justice. Nous désirions que l'emploi des forces nationales et les opérations militaires fussent de bonne foi dirigées vers la conclusion d'une paix honorable et sûre. Les trois directeurs qui formaient la majorité révolutionnaire dans le pouvoir exécutif, et leurs perfides conseillers , ne tardèrent pas à pénétrer nos vues , et dès ce moment ils nous considérèrent comme des conjurés, et firent éclater leur méfiance dans toutes les occasions. Ils redoutaient surtout la tendance de nos opinions sur la question de la paix, et la faveur qu'elles nous conciliaient de plus en plus. La continuation de la guerre était à leurs yeux l'aliment et la vraie garantie de leur puissance. Nous pensions au contraire qu'on ne pouvait sortir de l'abîme des révolutions que dans l'état de paix , qu'elle était possible , qu'elle était mûre, et serait très-honorable, puisque