SUCCÈS DE NOS ARMÉES
Les grands avantages remportés par Jourdan et Moreau , au début de cette brillante campagne, n'eurent point les résultats qu'on pouvait s'en promettre; la divergence d'opérations de l'une et l'autre armée, le manque d'unité dans l'ensemble du plan de campagne et dans le commandement général , et surtout dans le commandement supérieur des deux armées, donnèrent à l'archiduc Charles tout le temps et tous les moyens de concentrer ses forces, d'attaquer alternativement l'armée de Jourdan et celle de Moreau , et de les contraindre à repasser le Rhin. Les succès du général Bonaparte en Italie, et la manière dont il avait seul conduit la guerre, d'après ses propres inspirations, auraient dû préserver le directoire de la faute qu'il commit en divisant le commandement de l'année d'Allemagne. Cependant, quoique le but des opérations n'eût pas été atteint, parce qu'il n'avait pas été suffisamment indiqué dans les instructions données séparément aux deux généraux, la campagne fut glorieuse, d'abord par les victoires remportées sur la rive droite du Rhin, et ensuite par le bon ordre, la vigueur et l'habileté dans la retraite, surtout dans celle de l'armée du Rhin , sous Moreau. Les trois armées d'Italie, de Sambre-et-Meuse et du Rhin rivalisaient d'ardeur; elles étaient bien commandées,
SITUATION RÉCIPROQUE DES POUVOIRS. 8l
et leur émulation était surtout excitée par l'exemple des victoires d'Italie. Hoche, de son côté, terminait la guerre civile de 1$ Vendée, et pacifiait ces malheureuses contrées. Toutefois pet éclat fiu dehors ne rejaillissait que faiblement sur le gouvernement de la république; il était terni au dedans par la misère publique, l'épuisement des ressources, la fatigue et le mécontentement des populations. Le directoire s'applaudissait d'avoir persisté à pousser la guerre : toute la nation soupirait après la paix; le directoire se flattait de Ja commander à toutes les puissances de l'Europe, et nous faisait un crime des vœux que nous faisions pour qu'elle fût enfin le prix de tant de sang versé, et que le gouvernement entrât en négociation, alors qu'on ne pouvait le taxer de faiblesse ni oser lui demander des concessions humiliantes.
Une année entière s'écoula dans cette position respective des conseils législatifs et du directoire. Dans toutes les questions de finances, d'administration, d'ordre intérieur, et de relations extérieures, quelle que fut la sincérité de notre coopération, nous eûmes constamment à lutter contre les mêmes préventions; ce n'était point avec nous, mais bien contre nous que ta majorité du directoire voulait gouverner; car dans son système, elle avait besoin de nous III. 6
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tenir pour ennemis. Cette injuste obstination irritait parmi nous les esprits les mieux disposés.
J'ai déjà dit que, entre les cinq directeurs, Carnot seul, faiblement secondé par Letourneur ( de la Manche ) , comprenait bien notre système : comme nous il était persuadé que c'était le seul moyen de se concilier la saine opinion publique, et d'accréditer la constitution républicaine. Mais pour atteindre le but, il fallait s'assurer du concours du pouvoir exécutif, par la majorité dans le directoire.
Nous approchions de l'élection annuelle d'un directeur pour remplacer celui qui devait sortir : le tirage au sort devait désigner celui-ci; mais nous avions deux chances contre une pour l'exclusion de l'un des trois révolutionnaires. Si Rewbell, ou Barras, ou Lareveillère-Lépeaux sortait, Letourneur et Carnot étant conservés, il nous suffisait, pour avoir la majorité désirée, de faire admettre un directeur dont le caractère, les lumières et la probité pussent nous garantir son adhésion à nos principes. Nous préparâmes à cet effet , avec beaucoup de prudence, l'élection de Barthélémy : ses services pendant sa mission en Suisse, où il avait conclu le traité de Bâte entre la république et le roi de Prusse, l'avaient rendu populaire parmi les rgembres de la convention; nous trouvâmes assez de facilité k le