‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 35 sur 247 · SITUATION ORS PARTIS · texte numérisé non relu

SITUATION ORS PARTIS

ches, leur présomption et leur aveugle précipï* tation alarmèrent le directoire, et lui donnèrent tous les prétextes dont il avait besoin pour sortir, par un coup d'État, de la position difficile où il se trouvait. Ce complot fut tramé de longue main par les trois directeurs Barras , Rewbell et Lareveillère, à l'insu de Carnot et de Barthélémy. La position de ces deux derniers, et par conséquent la nôtre, deveu^it de jour en jour plus difficile: nous étions entre deux factions, l'une armée du pouvoir et de la disposition de toutes les forces matérielles de l'État; l'autre sans aucun moyen ni de force, ni d'opinion, se repaissant d'illusions, et donnant à nos démarches une fausse couleur. Nous n'en devions pas moins persister dans la marche que nous nous étions tracée, puisque chaque jour nous approchions du but; nous ne désespérions pas d'éclairer le directoire sur ses véritables intérêts : il était vraisemblable qu'aussitôt que les deux chambres seraient composées en majorité de membres partageant nos opinions, le directoire trouverait plus sûr et plus facile de gouverner dans le sens de cette opinion publique, que de la contraindre par des violences qui ne pouvaient qu'entraîner sa propre ruine.

Mais les conventionnels qui avaient condamné Louis XVI ne voyaient de salut que dans leur domination absolue et exclusive : ils ne voulu-

CONVERSATION AVEC TREILHARI). 85

rent jamais se fier à notre bonne foi et entrer franchement avec nous dans les voies de la justice ; ils se faisaient peur à eux-mêmes, et n'espéraient pas trouver grâce devant la nation, s'ils laissaient le parti constitutionnel participer, directement ou par son influence, à l'exercice du pouvoir exécutif. Comme l'état de paix était incompatible avec le régime de violence et de terreur dont ils tenaient la menace toujours sus* pendue, ils voulaient à tout prix la continuation de l'état de guerre, qui donnait un libre cours à leur autorité arbitraire sur la partie la plus virile de la nation, et décorait leur puissance de tout l'éclat des armes.

Quelques mois avant l'événement du 1 8 fructidor, j'eus une occasion fort remarquable de m'assurer de cette détermination de la majorité du directoire et de soupçonner l'eiistence du complot. Treilhard, l'un des membres du conseil des cinq cents, faisait partie de la commission des inspecteurs de la salle, qui se réunissait à celle du conseil des anciens au pavillon Marsan. J'avais beaucoup connu ce savant jurisconsulte pendant qu'il siégeait à l'assemblée constituante, où ses lumières et son esprit vif et pénétrant l'avaient fait distinguer : il avait malheureusement voté la mort du roi; il était très-lié avec Rewbell, et je savais qu'il était l'un des principaux conseil-

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