PROJETS DU GÉNÉRAL BONAPARTE
rieuse paix, de Campo Formio , conclue le 1 7 octobre 1 797 , quelques semaines après que j'avais quitté la France. Je regrettais qu'elle n'eût pas précédé le coup d'État des terroristes, et je ne me flattais point que le congrès de Radstadt pût conduire à la paix générale et à un ordre de choses qui fît cesser notre bannissement. Je ne tardai pas à savoir qu'à son retour à Paris, le général en chef de l'armée d'Italie, qui nous avait fait tant de mal, avait été détrompé, et cherchait à se séparer de la faction qui n'avait dû son horrible triomphe qu'à l'éclat de ses victoires et à l'intervention de ses armes. Malheureusement son aide de camp Lavalette, qu'il avait envoyé à Paris pour recueillir des informations sur le véritable état des choses, et qui était bien, sous tous les rapports, l'officier le plus propre à remplir cette mission, n'avait eu aucune communication directe avec nous. Malgré sa loyauté et la justesse de son esprit, Lavalette n'avait pu transmettre à son général que les impressions qu'il avait reçues du directoire et de ses conseils , et lorsqu'après l'événement , le général Bonaparte, de retour à Paris, pût s'éclairer par lui-même et juger des effets du prétendu coup d'État , il dut s'indigner de cette profanation de sa gloire. J'ai su positivement qu'on lui avait proposé de profiter, dès ce moment, de
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son ascendant , de renverser le directoire , de dissoudre les deux conseils , de changer la forme de gouvernement, et de se déclarer dictateur. Jamais peut-être l'opinion publique ne fut plus disposée à seconder une telle entreprise. Je n'oserais affirmer que cette réaction violente, pressentie par tous les bons esprits , n'eût pas été alors téméraire et prématurée. Toujours est-il certain que le héros qui l'exécuta deux ans après, en eut dès ce moment la pensée, et examina sérieusement les obstacles, les moyens et les chances de succès.
Ma conviction à cet égard n'était pas fondée sur de simples conjectures. Le général Desaix, qui avait été, pendant l'armistice conclu à l'armée du Rhin , visiter le général Bonaparte à son quartier général à l'armée d'Italie, en avait été accueilli avec des marques d'estime, que méritaient si bien son noble caractère , ses talents et ses vertus militaires. Il s'était lié avec lui , avait acquis sa confiance, et l'accompagna à Paris. Ma famille était liée depuis longtemps avec celle de Desaix, qui habitait le château de Soisy-sous- Étioles ; je m'étais fort attaché à ce jeune officier; il était alors lieutenant dans le régiment de Bretagne, infanterie. Je l'avais rencontré k Strasbourg, où il m'avait servr d'aide de camp (je l'ai dit plus haut) pendant la mission que j'avais