‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 55 sur 247 · J^O LA FAMILLE DE STOLBEKG · texte numérisé non relu

J^O LA FAMILLE DE STOLBEKG

duc d'Oldenbourg , dont il était le ministre et l'ami. Le comte de Reventlow, le plus proche parent de la comtesse Louise , habitait sa belle terre d'Emkendorff , près de Kiel.

Je n'ai parlé que des avantages extérieurs de mes respectables hôtes , et de leurs qualités d'esprit. Admis dans leur intimité, j'appris bientôt à connaître celles de leur cœur, l'élévation de i

leur âme, leur religieuse philosophie , leur noble indépendance , et leur inépuisable bienfaisance pour tout ce qui les approchait. Us écoutaient avec le plus indulgent intérêt le récit des événements dont j'avais été témoin , celui de mes différents voyages , et principalement l'exposé de la situation de ma malheureuse patrie et de nos dernières infortunes. J'étais fort inquiet du sort de mes collègues, et dans le petit nombre de ceux qui , ainsi que moi , avaient pu se sauver et sortir de France , Portalis , aveugle , errant en Suisse avec son fils , et certainement poursuivi par les agents du directoire , m'occupait beaucoup. Je reçus enfin de ses nouvelles; il s'était réfugié à Fribourg en Brisgaw ; il y était isolé et très-malheureux. Je communiquai sa lettre à mes hôtes , qui , sans hésiter un instant , me proposèrent de le faire venir à Tremsbûttel. Le comte de Reventlow, qui s'y trouvait dans ce. moment, réclama (ce fut son expression ) l'a van-

ARRIVEE DE PORTA LIS. ll[l

tage de partager l'honneur de cette hospitalité, et m'offrit de recevoir à son château d'Emkendorff mon ami Portalis avec son fils. Ils ne tardèrent point, malgré la rigueur de la saison, c'était au mois de janvier 1798, à venir me joindre à Tremsbûttel, d'où nous les conduisîmes à Emkendorff. Le comte de Reventlow et la comtesse Julie, femme angélique dont je parlerai plus tard , accueillirent Portalis et son fils comme je l'avais été moi-même à Tremsbûttel.

La tranquillité de ma retraite, les consolations qui m'étaient prodiguées , ne suffisaient pas pour me distraire de mes pénibles réflexions sur la situation de la France , sur la cruelle destinée de mes collègues et sur l'avenir de ma famille. J'avais des occasions assez fréquentes de correspondre avec elle ; ma femme me tenait au courant des moindres événements qui pouvaient m'intéresser ; je dévorais les papiers publics de France et d'Angleterre ; mes hôtes m'exerçaient à lire en allemand ceux de Vienne et de Hambourg. Mademoiselle de Hobe, qui parlait aussi facilement notre langue que la sienne, s'occupait particulièrement de ce soin. J'employais la plus grande partie de la journée à des lectures d'histoire, et à écrire des mémoires dont il ne m'est malheureusement resté que quelques fragments.

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Parmi ces fragments se trouve presque en entier un écrit intitulé : Témoignage de Mathieu Dumas , membre du conseil des anciens, sur la révolution du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). ^e me proposais de publier cette justification de ma conduite publique et de celle de mes amis; mais la crainte d'aggraver le malheur de ceux qui gémissaient dans l'horrible exil de Sinnamary , et d'en compromettre plusieurs autres que n'avait pas atteints la verge des tyrans , me détourna de ce dessein; et l'on conçoit que plus tard, d'autres circonstances m y aient fait renoncer : quelques lignes de l'introduction et une courte analyse de la division de cet Quvrage pourront, mon cher fils, t'en donner une idée :

« Depuis la formation constitutionnelle du « corps législatif, jusqu'au moment où j'ai été « arraché à mes fonctions, je les ai remplies conte formément au vœu de mes commettants, avec « exactitude et selon mes lumières : fidèle à mes « serments , j 'ai partagé les efforts delà majorité ce de la représentation nationale, pour faire jouir a enfin le peuple français de la plénitude de ses « droits et de sa liberté , pour établir l'ordre se- « Ion la justice, pour fixer la révolution par l'af- « fermissement de la constitution républicaine.

« Nos concitoyens satisfaits encourageaient « notre zèle, et fondaient sur notre sagesse les

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« dernières espérances de la patrie; nous étions ce forts de leur assentiment , fiers d'avoir justifié « leurs suffrages, confiants dans le respect des lois.

« On sait assez qu'un nouveau parricide a « détruit ces espérances, qu'une verge de fer a « de nouveau frappé la France , et qu'il n'y a plus « pour nous de patrie.

« Quelques amis, dont je m'empresserais de « publier les vertus hospitalières, si je ne crai- « gnais d'en troubler le doux exercice, en appe- « lant sur eux l'œil de la tyrannie, ont su me « soustraire au supplice de la déportation ; mais « je le subis dans les personnes de mes infortunés « collègues; je ne puis distraire ma pensée de ce a cercueil flottant où ma place était aussi mar- « quée; et lorsque, sur ce même Océan, des vents ce propices, des voiles amies, m'éloignai en t, hélas! « pourtant trop rapidement de la France, il me « semblait que ces vents apportaient jusqu'à moi a les plaintes de ces illustres victimes. Ces voix ce de vérité, si soigneusement, si cruellement « étouffées, captives peut-être au milieu même ce des flots tumultueux, ces voix éloquentes, dont « les sons accoutumés remplissent encore mon « oreille, retentissent au fond de mon cœur : « elles me somment de vaincre la répugnance « que j 'éprouve à me produire une dernière fois « aux regards du public.

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« J'aurais voulu, dans mon obscure retraite, <c m'assurer du moins par un silence absolu, la « paix de l'oubli et les consolations de la sagesse; « mais il me semble qu'en m'éloignant de cette « scène de désolation, je n'aurais point rempli toute « ma tâche civique, si, fidèle écho de l'inno- « cence, je ne répétais des vérités attendues par « tous les amis de la liberté.

<c Mû par ces sentiments, déterminé par ces « seuls motifs, je présente à la nation le simple « témoignage qu'elle exigerait de moi, si, recou- « vrant ses droits de souveraineté, elle avait à « prononcer elle-même sur la fidélité de ses re- . « présentants, organes irrévocables de ses volon- « tés, accusés tous ensemble.

a Accusés! et par qui? par les magistrats

« auxquels ils ont eux-mêmes délégué, au nom « de la nation, le pouvoir exécutif, et confié la

« force publique Qu'ai-je dit, accusés!. . . .

« Us ne l'ont point été; ils ont été jugés sans « qu'il existât contre eux aucune accusation, « même illégale, sans aucune formalité, sans a avoir été entendus. Mais j'use encore ici des « expressions que ces barbares ont profanées : il « n'y a point eu de jugement, point de condam- « nation, point de juges; nous avons tous été « proscrits en masse; et quand on nous a fait « descendre vivants dans le tombeau, on livre

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« notre vie politique, notre caractère, notre ré- « putation aux diffamateurs ardents, impitoya- « blés, enhardis par l'impunité.

« Quelque main plus habile traitera ce sujet * trop fécond. Dans ce grand nombre d'orateurs « et d'écrivains dont la proscription pouvait seule « relever le trône du mensonge, la foudre n'a « frappé qu'au hasard ; plusieurs ont échappé au « supplice, qui seront les Sallustes français : je « me borne à conserver pour eux la trace de « quelques faits importants à peindre, quelques « caractères que j'ai pu mieux connaître; heu- « reux si je puis garder dans cet écrit l'empreinte a de la vérité, la dignité du malheur et de Tinte nocence ! »

Trois objets principaux appelaient mon témoignage : la recherche des causes du 18 fructidor, le récit de l'événement , l'examen et la discussion des faits. Je divisais donc ainsi mon ouvrage : f

La première partie (la recherche des causes) était un tableau rapide et très-animé des événements qui avaient amené le renversement de la constitution de 1791 et l'usurpation du pouvoir constituant par la formation de l'assemblée illégale sous le nom de convention nationale. J'avais dû remonter jusqu'au développement des premiers germes de la conjuration républicaine III. 10

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formée au sein de la première assemblée législative ; j'en avais suivi la marche progressive, et démontré les effetsinévitables, depuis les premiers excès du parti antimonarcbique jusqu'à la sanglante anarchie qui assura son triomphe. Sans me laisser éblouir par le faux prétexte d'une exaltation patriotique, ni par les brillants succès de nos armes dus à l'énergie de la nation et au véritable amour de la liberté, qui partout, dans tous les temps, et surtout chez les Français, enfanta l'héroïsme guerrier, je démasquais sans ménagement les véritables auteurs de nos discordes civiles , les hypocrites corrupteurs de l'opinion; je mettais à nu la mauvaise foi, la perversité, la violence de ces hommes devenus fameux par leurs crimes, bien persuadé que leurs talents funestes, leur éloquence et même leur courage ne pourraient leur faire trouver grâce devant le jugement de l'histoire; je démontrais, en suivant toutes les phases de la république conventionnelle, que la même faction, le même intérêt solidaire et exclusif, le même orgueil impitoyable de ces niveieurs, avaient amené la catastrophe du 1 8 fructidor.

La seconde partie contenait le récit de l'événement , tel que mes souvenirs récents pouvaient me le représenter : je n'avais omis aucun détail des intrigues dont j'avais eu connaissance, aucun

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trait des caractères de ceux qui y avaient pris le plus de part. I>a simple narration que je viens de consigner dans ces mémoires , n'est qu'un extrait succinct et trop décoloré de cette partie de l'ouvrage, puisque je l'ai presque réduit aux faits qui me sont personnels; qu'il te suffise, mon cher fils; car, je le répète, si je reproduisais ici textuellement ce que j'écrivais à cette époque, je paraîtrais vouloir satisfaire à de vieux ressentiments depuis longtemps éteints»

Enfin, la troisième et dernière partie était consacrée à Fexamen et à la discussion des actes qui nous étaient calomnieusement imputés. Ce plaidoyer était le principal objet de l'ouvrage, et je pense que je l'avais bien rempli. J'avais posé trois questions dans les termes suivants :

« Premièrement. Existait-il , avant le 1 8 fructi- « dor, une conjuration contre la république, « dont le but fut le rétablissement d'un gouver- « ne ment monarchique quelconque? Les chefs « de cette conjuration étaient-ils les orateurs « les plus influents dans les deux conseils, deux « membres du directoire exécutif, les ministres « et les généraux qui partageaient les opinions de « la majorité des chambres législatives, et qui s'é» a taient prononcés pour le parti constitutionnel, « enfin les écrivains distingués à la censure des- « quels l'opinion publique donnait quelque poids ?

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a Secondement. Les dernières élections des déa pûtes au corps législatif, et celles des adminis- « trateurs des départements, avaient-elles été « concertées avec les agents de la prétendue con- « juration? Ces élections étaient-elles nulles? Le « pouvoir législatif se trouvait-il usurpé et illé- « gaiement exercé par la plus grande partie des « membres du tiers nouvellement élu?

« Troisièmement. Le corps législatif a-t-il porté a atteinte à la constitution et à l'indépendance « du pouvoir exécutif? Une attaque séditieuse « a-t-elle été combinée et dirigée par les cominis- « sions des inspecteurs des palais des deux con- « seils? A-t-il existé une agression de fait de la « part du corps législatif?

Me dépouillant de toute prévention pour les opinions que j'ai constamment professées, j'examinais ces trois questions, comme si la voix de ma malheureuse patrie m'avait cité au tribunal de la postérité, et qu'à ce tribunal, redouté seulement par ceux qui sont dignes d'y comparaître, j'eusse été interrogé par l'histoire. Je n'entrais dans la discussion qu'après avoir défini ce mot terrible de conjuration dont on a tant abusé; je disais :

« 11 y a conjuration contre la sûreté de l'État, « lorsque des membres de la cité attentent aux « autorités, qui sont la vie sensible du gouverne-

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« ment, et font profession de lé méconnaître; — « lorsque la volonté nationale rencontre une ré- « sistance combinée, qui, par la force ou par la « ruse , rend vaine toute garantie du mode d'ordre «social;. — enfin, lorsqu'une minorité rebelle « forme un parti ennemi des lois, lorsque ces lois «ont été faites au nom du peuple, et qu'elles « ont été consenties par lui explicitement. »

Toute cette discussion paraîtrait aujourd'hui bien superflue; je crois cependant devoir conserver ici la fidèle peinture de la situation respective des partis à cette mémorable époque.

« Il n'y a point eu, depuis l'établis-

« sèment de la nouvelle constitution, d'autre « conjuration tendant à la renverser, que cet « horrible complot de Babœuf, pour exécuter « un massacre moins froidement barbare que le « 18 fructidor; et le dernier succès de ce eom- « plot était une émeute que le gouvernement « pouvait facilement prévenir et qu'il a su répri- « mer. — Les lois constitutionnelles, les attribu- « tions du pouvoir exécutif, suffisaient pour « écarter ces dangers, comme aussi ceux que le « parti royaliste aurait pu susciter.

« Il y avait en France, avant le 18 fructidor, « quatre nuances très-distinctes d'opinion, deux « partis extrêmes et deux partis moyens.

« Les deux partis extrêmes, les jacobins et les

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« royalistes y avaient été détrônés chacun à leur « tour, et par la même cause. Tombés en mino- « rite dans le corps législatif, ils s'affaiblissaient « et se discréditaient de jour en jour ; l'un et « l'autre, près fie périr, s'attachaient à la dernière « branche. Les jacobins n'avaient aucun espoir « de reprendre la domination par l'autorité légis- « lative, puisque le vœu libre de la nation les « repoussait irrévocablement. Us se tournaient « vers le directoire, qui était leur créature, et « avec lequel ils avaient conservé plus d'affinité , « et dont le renouvellement plus lent leur pro- « mettait une plus longue durée d'influence. — « Les royalistes, au contraire, ne pouvant en « exercer aucune sur le pouvoir exécutif, dans m lequel réside la force exclusive du système r&- « publicain, et dans lequel ce qu'ils appelaient « l'usurpation de la puissance royale leur parais* « sait encore toute sanglante, concentraient leurs « espérances dans le corps législatif, et se flat- « taient d'y dominer un jour.

« Les deux partis moyens, les républicains con- « ventiormels et les républicains constitutionnels, « avaient la majorité dans les deux conseils et « au directoire, mais avec cette différence que ic les républicains conventionnels dominaient au « directoire , et les républicains constitutionnels « dominaient dans les deux conseils. Cette diffé-

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<c rence, devenue très-sensible depuis le dernier « renouvellement du corps législatif, était force tement prononcée, et de jour en jour la faveur « de l'opinion publique se déclarait plus ouver- « tement pour cette nouvelle majorité des con- « seils.

a J'ai vu ces deux partis moyens qui , par la « force des choses et par l'intérêt commun , s'é- « taient fort rapprochés à la fin de la session « précédente , se diviser et s'aigrir par les intri- « gués des partis extrêmes.

« Les jacobins , pour qui la paix intérieure « était la tombe entr'ouverte, effrayaient les plus a estimables conventionnels , les arrachaient aux « sentiments qui les portaient vers la justice , la ce générosité et l'estime publique dont ils goûtaient a les premières douceurs, surtout dans le conseil « des anciens où ils s'étaient montrés plus mocc dérés. Les royalistes n'étaient sans doute pas « inactifs; ils feignaient , au dedans comme au « dehors , d'avoir une grande part aux événe- « ments ; mais c'était un roman de contre-révo- « lution , qui n'avait pour base que des conjec- « tures , et dont la seule et triste réalité était de « rendre au parti des jacobins un service tout « semblable à celui qu'ils en avaient reçu , « lorsque le despotisme de Robespierre pliait « de nouveau les Français à la servitude ,

l5? ÉCRIT SUR LE l8 FRUCTIDOR.

« et faisait presque regretter le joug féodal.

« Les intrigues des princes , frères

<c de Louis XVI , sont étrangères à cette grande a accusation de la nation dans les personnes de « ses représentants : les déclarations de Duverne a Dupresle , et le développement de son plan , « pour s'emparer des élections , et faire élire des « royalistes dans tous les départements , sont des « rêveries dont on n'avait fait auctin cas, et que « le directoire lui-même, qui avait ces pièces « sous les yeux depuis plus de six mois , avait

« méprisées Ce n'étaient que des in-

« sinuations secrètes faites par des affidés obs- « curs. Tous ces projets étaient si décousus que, « malgré l'étalage officieux qu'en ont fait les « agents des princes , et le succès dont ils se « targuaient dans leurs interrogatoires, on n'a pu « saisir une preuve matérielle même de leurs « essais \ »

Ayant discuté pied à pied toutes les allégations du directoire, et accumulé, pour les démentir, des preuves irréfragables et surabondantes, je

* Ce Duverne Dupresle était un ancien officier de marine, qui faisait partie de i'état-major du comte de Bonneval , sur la frégate avec laquelle j'avais fait le voyage, dont j'ai parlé, dans l'Archipel du Levant : il me connaissait beaucoup ; il s'était même fort attaché à moi , et cependant j'atteste que je ne l'ai pas revu une seule fois depuis, et qu'il n'a pas hasardé de venir me trouver, ni de me faire aucune communication.

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résolvais négativement chacune des questions que j'avais posées , et j'ajoutais , en concluant :

« Voilà ma conviction pour tous mes coaccu- « ses; et quant à ce qui me touche personnelle- « ment , je jure devant le juge silencieux et inexo- « rable de tous les hommes publics; je jure sur a l'honneur que mon intention a toujours été de « maintenir la constitution républicaine , perce suadé qu'avec une administration équitable et « modérée , elle pouvait rendre le repos à la « France, faire goûter et chérir la liberté, et réce parer, avec le temps , les malheurs causés par « la révolution. Je jure qu'il ne m'a jamais été « fait , ni directement , ni indirectement , aucune ce proposition de servir, par mes actions, mes « discours ou mon silence, de faire prévaloir, « d'une manière prochaine ou éloignée , aucun a autre intérêt que celui de la république, et se- « Ion sa constitution.

« Après avoir rempli ce devoir religieux , « quand les preuves de tout ce que j'ai avancé ce dans cet écrit, sont sous les yeux de mes con- « citoyens , je crois pouvoir dédaigner de réce pondre au reproche d'astuce et de perfidie que a se pressent de nous adresser les plus perfides ce des hommes. Nos accusateurs sont maintenant « assez connus : effrayés de leur nudité , tout ce armés qu'ils sont des poignards du mensonge,

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a ils tremblent devant la vérité désarmée : ils « blasphèment en vain ; ils voudraient qu'elle « pérît sous leurs coups , ou restât à jamais leur « esclave : mais l'immortelle , invulnérable, se « rit de leurs efforts , trace dans le temps et « dans l'espace le cercle de leur épouvantable « domination, et seule , d'un de ses regards dé- « fendant le trésor de ses espérances, les sépare « de l'avenir. »

Je n'étendrai pas davantage cette analyse des fragments d'un ouvrage que j'avais écrit avec beaucoup de soin, auquel j'attachais peut-être trop de prix, et que je livre sans regret à l'oubli* Revenons à ma retraite de Tremsbùttel.

Les soirées étaient remplies par d'intéressantes conversations littéraires et politiques, et par la lecture des chefs -d'oeuvre de notre théâtre, -que ma déclamation rendait fort agréable à mes hôtes. Je n'éprouvai jamais un seul instant de vide et d'ennui; mais le chagrin d'être séparé de ma femme, de mes filles et de mes excellents parents, pesait sur mon cœur. J'eus la satisfaction de pouvoir correspondre avec mon frère Saint- Marcel, qui continuait de résider à Temeswar, où , comme je l'ai dit , il s'était retiré avec sa femme, après avoir quitté les rangs de l'armée autrichienne.

J'avais appris avec une véritable joie la glo-

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