‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 70 sur 247 · LE PREMIER CONSUL A DIJON · texte numérisé non relu

LE PREMIER CONSUL A DIJON

vaincus. Contre mon espérance, et malgré les lettres confidentielles que j'avais écrites au général Berthier et au colonel Duroc , le courrier ne rapporta que la confirmation des premières dispositions du premier consul , et le général Brune me dit : « A présent, j'en suis bien aise, nous « nous connaissons mieux, et je serais bien fâché « d'avoir un autre chef d'état-major. » J'eus, en effet, beaucoup à me louer de mes rapports avec le général en chef.

Quelques jours après que nous eûmes reçu la nouvelle de la victoire de Marengo , le premier consul retournant à Paris s'arrêta à Dijon au quartier du général Brune, et m'y fit appeler. 11 parut satisfait du compte que je lui rendis de l'organisation de la deuxième armée de réserve, forte d'environ vingt mille hommes en effectif. Je me trouvais en tiers dans sa conversation avec le général Brune, sur les affaires d'Italie. C'était la première fois que je l'entendais parler d'opérations de guerre; je l'écoutais avidement. Il nous raconta la bataille qui venait de couronner cette courte et brillante campagne : il en termina l'intéressante relation par ces mots : « Vous voyez <c qu'il y a eu deux batailles dans la même jour- « née; j'ai perdu la première, j'ai gagné la se- « conde, c'était la bonne. » *

Pendant que la cour de Vienne faisait faire à

ARMÉE DES GRISONS. ï 83

Paris les ouvertures de paix que la politique impérieuse de M. Pitt rendit illusoires, le premier consul se préparait à profiter de ses avantages en Allemagne et en Italie, pour contraindre une seconde fois la maison d'Autriche 3 abandonner la coalition. Le corps d'armée rassemblé à Dijon était destiné à agir en Suisse sur la frontière du Tyrol, comme intermédiaire entre l'armée du Rhin et l'armée d'Italie dont le général Masséna avait d'abord pris le commandement. Il ne put le conserver, à cause de sa santé fort affaiblie par les fatigues que lui avait causées la belle défense de Gênes. Le général Brune reçut Tordre d'aller le remplacer; et le général Macdonald fut nommé général en chef de l'armée de réserve, qu'on appela l'armée des Grisons.

Avant l'arrivée du nouveau commandant en chef, je reçus l'ordre d'aller en Suisse préparer la marche de ce corps d'armée , et reconnaître les positions qu'il devait occuper. Après m'être arrêté quelques jours à Genève , Berne et Zurich , pour divers arrangements, je me rendis à Lindau sur le lac de Constance, pour conférer avec le générai Molitor, qui commandait une des divisions de l'armée du Rhin (celle du général Gudin , en l'absence de ce général. ) Notre division d'avant-garde devait relever les troupes du général Molitor dans la vallée du Rhin, et

l84 RECONNAISSANCES EEC SUISSE.

occuper le camp retranché de Feldkirch, dont ce général venait de s'emparer avant la conclusion de l'armistice. Je passai deux jours à Lindau , où j'eus beaucoup à me louer , beaucoup à profiter des renseignements que voulut bien me donner le général Molitor, qui s'était illustré dans la guerre de Suisse pendant la campagne précédente , et connaissait parfaitement ce théâtre de guerre si intéressant et si difficile. Je l'accompagnai à Feldkirch, où je devais attendre l'arrivée de la division de l'armée des Grisons, commandée par le général Rey, pour y relever les troupes du général Molitor. Je fis avec lui la reconnaissance du fameux camp retranché de Feldkirch : les Autrichiens l'avaient rendu presque inexpugnable; mais comme cette position était devenue trop excentrique, par rapport à celles qu'ils occupaient à la tête des hautes vallées de l'Inn et de l'Àdige, ils avaient été contraints de l'évacuer, et s'étaient retirés par la vallée de Pludentz dans le Vorarlberg.

Je reçus à Feldkirch , et plaçai la division du général Rey , conformément à mes instructions , et selon les sages conseils du général Molitor. Je retournai à Genève pour y rejoindre le général Macdonald , et lui rendre compte de ce que j'avais fait, en traversant toute la Suisse, pour y préparer la marche de son corps d'armée. I^e

Page 1