ARMEE DE RESERVE
gères qui, dans les dernières campagnes, s'était fait distinguer par des actions d'éclat. On en fit plus tard un petit corps de légionnaires, en y joignant un bataillon d'infanterie, dont je formai le cadre avec quelques anciens officiers et sousofficiers, et le fond avec une élite de la conscription.
Je fus très -occupé de cette organisation, assez difficile , t jusqu'à l'ouverture de la fameuse campagne de Marengo. Je sollicitai vainement la faveur d'être employé à l'armée d'Italie : le général Berthier, mon ancien camarade à l'armée d'Amérique, qui avait et méritait si bien la confiance du premier consul, me dit que ma destination pour cette campagne était tout autrement fixée, et que j'irais le rejoindre plus tard.
Je reçus, vers la fin d'avril 1800, l'ordre de me rendre à Dijon pour y remplir les fonctions de chef d'état-major de la seconde armée de réserve, et travailler à sa prompte organisation. Je remplaçai dans ses fonctions le général Vignolles, qui suivit, comme aide-major général, le général Berthier, momentanément chargé du commandement en chef de la première armée de réserve, qui, dès ce moment, prit le nom d'armée d'Italie. Le général Bonaparte découvrit enfin ses desseins , que le cabinet de Vienne s'obstinait à considérer comme de vains préparatifs : il ne tarda pas à aller prendre lui-même le comman-
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lâo ARMÉE Df RÉSERVE.
dément de cette armée, pour faire exécuter l'audacieuse entreprise du passage du mont Saint- Bernard. L'Annibal français s'arrêta quelques heures à Dijon, où jeJuï présentai les troupes déjà arrivées, et les bataillons de conscrits nouvellement organisés. J'eus une grande joie de Taccompagner dans cette revue dont il parut satisfait; et je saisis cette occasion de renouveler mes instances, pour qu'il me permît de le suivre et de faire partie de son état-major , mais ce fut encore sans succès. «Vous m'êtes plus utile ici, » me dit -il. Le corps de volontaires que j'avais formé, infanterie et cavalerie, se réunit à Dijon et fit partie de l'armée de réserve que j'organisais. Je reçus plus tard l'ordre de faire passer en Italie la cavalerie commandée par La barbé : je retins près de moi, comme ordonnances, les fils de mes meilleurs amis, Philippe de Ségur et Alfred de Lameth.
Le général Brune, nommé commandant en chef de cette armée, se rendit au quartier général de Dijon. Ses succès en Hollande contre le duc d'York, et sa conduite à l'armée de l'Ouest, pendant la pacification de la Vendée, l'avaient fait accueillir avec faveur par le premier consul. Celui-ci le ménageait aussi, comme l'un des chefs les plus ardents du parti républicain, et lui savait gré de la sincérité de son dévouement. Je m'at-
LE GENERAL BRUNE. l8l
tendais à trouver chez ce général des préventions peu favorables, et je ne fus pas longtemps à m'apercevpir de sa méfiance. C'était un homme d'esprit, d'un caractère passionné, léger et irrésolu, d'une société très-aimable, et plein de dispositions bienveillantes. J'allai au-devant de ses soupçons et m'en ouvris franchement. — « Il « me semble, lui dis-je, que nous ne nous « convenons pas, ou plutôt que je ne vous con- « viens pas. » — « Rien n'est plus vrai, me ré- « pondit-il; j'avais demandé un autre chef d'état- « major. » — « Eh bien, répliquai-je, tâchez de « l'obtenir; et comme je n'avais pas non plus « sollicité de servir sous vos ordres, mais bien « de servir à l'armée d'Italie, renouvelons nos « demandes au premier consul , expédions un « courrier, et en attendant, comptez que je ferai « mon devoir de manière à ce que mon successeur « n'ait pas plus que vous à se plaindre de ma « négligence; jusqu'au retour du courrier fai- « sons une bonne trêve, comme si nous nous. « étions mutuellement choisis. »
La trêve fut conclue; le général, satisfait de ma démarche, me combla de prévenances : il me répétait quelquefois qu'il fallait vivre avec les gens de son parti, et que lui il était terroriste. Je lui répondais qu'il se vantait, et qu'il voulait se montrer généreux envers ses amis