C>4 PASSAGE DU SPLUGEN
marchait le général Vandamme. Quoiqu'il n'y eût dans le fond de la vallée aucune apparence de tempête , la neige tombait si épaisse depuis la veille, qu'au moment du départ du village, les guides, qui venaient de reconnaître la montagne, refusèrent de s'y hasarder. Les tranchées étaient de nouveau entièrement comblées; on ne pouvait retrouver, aux passages les plus dangereux, aucune trace du sentier; les jalons qu'on avait multipliés , avaient été emportés.
Le général en chef s'obstina à passer. Les tra-* vailleurs du pays, les sapeurs de l'armée et les grenadiers parvinrent, après six heures d'un travail forcé , jusqu'à la sommité; mais trouvant entre les glaciers un amas considérable de neige où les guides n'osaient s'engager, tous rétrogradèrent en criant que le passage était fermé. Le général Macdonald, accompagné des généraux Sorbier et Pully, les arrêta, ramena les grenadiers sur la trace , rallia les travailleurs et les guides , et , sondant lui-même le premier, il leur fit percer et déblayer ces murailles de neige, ces vagues solides où plusieurs demeurèrent ensevelis. La tourmente fut affreuse dans le trajet jusqu'à l'hospice, et sur le plateau jusqu'au Cardinel j la colonne fut plusieurs fois coupée ; la cent quatrième demi-brigade fut presque entièrement dispersée, et ne put être ralliée que
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deux jours après. Le général Rey, avec la réserve, ne quitta pas les traces du général Macdonald; mais le général Vandamme, qui le suivait à quelque distance, pouvait à peine les trouver : il eût été contraint de renoncer au passage, si ses travailleurs et ses soldats, rebutés par des dangers , en apparence moins glorieux que ceux qu'ils étaient accoutumés à braver dans les combats, n'avaient été soutenus par l'exemple de leurs camarades , que le général en chef avait entraînés par le sien.
Cette dernière journée coûta seule environ cent hommes , perdus dans les neiges , ou gelés pendant la marche. Plus de cent chevaux ou mulets périrent aussi. Beaucoup de traîneaux furent abandonnés. On recueillit après la tempête, les effets d'artillerie et d'équipage. Enfin, le 6 décembre, toutes les troupes et la plus grande partie du matériel de l'artillerie avaient passé le Splùgen, et le quartier général était établi à Chiavenna.
Dès que les généraux autrichiens eurent connaissance de la marche de l'armée des Grisons, ils se hâtèrent de dégarnir le front sur lequel ils s'étaient inutilement préparés à repousser nos attaques, et suivirent par leur flanc gauche, en descendant l'Adige, le mouvement que le général Macdonald avait exécuté par son flanc droit.