III
Marche que doit adopter une école spéciale de grande culture fourragère.
Lettre adressée par h» directeur de In Sautsaîe à plusieurs propriétaires qui lui proposaient leurs fils comme élèves , eu lui demandant de leur faire connaître le» condition* de l'euieisnemenl.
Le but que je me suis proposé en fondant Fexploitation-écolc de la Saulsaic au milieu de celte immense ferme à louer , de soixante-sept lieues carrées , qui s'appelle la Dombes, est un enseignement professionnel spécial de grande culture adaptable avec profit à des localités pauvres et privées de bras , qui , malheureusement , forment encore plus de la moitié de la France ; suivant moi , la grande culture dont le développement parallèle à celui de la petite, importe tant au pays, a seule des besoins pressants , et seule peut offrir une carrière profitable à la jeunesse, quand les capitalistes et propriétaires se seront décidés à lui accorder capitaux et baux à longs termes.
Dans lobut que je me propose, je ne dois admettre pour élèves que des jeunes gens que de bonnes études libérales auront préparés à Tétudc spéciale et approfondie d'une haute industrie qui, dans l'état
des choses , doit opérer plus encore par la science et la sage administration que par les bras ; une chose importante entre toutes, c'est que, dans cet enseignement , la partie de la pratique ne soit pas un mensonge.
Par ces motifs et d'autres encore, qui seraient trop longs à développer dans une lettre, j'ai du prendre la résolution ferme et arrêtée de n'admettre que des jeunes gens qui s'engageraient à rester quatre ans , et qui , doués d'une grande énergie de volonté , pourraient soutenir tout le travail de la ferme , qui sera pour eux non pas facultatif, mais tyranniqtte , si je puis m'exprimer ainsi , de quatre heures du matin à huit heures du soir.
L'année de l'enseignement de la Saulsaie commence au mois de mai.
1 re Année. Travail manuel.
1 er Semestre (Télé. Travail avec les bœufs.
2 e Semestre (Thiver. Travail avec les chevaux.
( 1 er Semestre (Tété. Continuation du l travail avec chevaux.
3 e Année. < 2 e Semestre d'hiver. Études théoriques
des hautes sciences agricoles et de celles devant leur servir d'appui.
I er Semestre d'été. Direction des divers travaux avec responsabilité.
2 e Semestre d'hiver. Continuation des hautes études théoriques*
2 e Année.
4 e Année.
Le travail avec bœufs et chevaux comporte le pansement et la nourriture donnes exclusivement par les élèves.
Je comprends que, pour satisfaire à ce que je demande , il faut une énergie toute particulière de la part d'un jeune homme sortant des bancs du collège et auquel ses parents donneront souvent à opter entre le cours de droit ou de médecine à Paris, et le labeur de la solitude de laSaulsaic. Aussi, je vous avoue que, dans les commencements surtout, et jusqu'à ce que les faits aient démontré que renseignement agricole, tel que je l'établis , est le complément d'éducation le plus indispensable pour les fils de propriétaires appelés à administrer un jour de grands domaines, je ne compte, quant à présent , que sur des jeunes gens qui ont une fortune à faire plutôt qu'une fortune faite.
Je n'ai pas besoin de vous dire que si je ne consultais que mes intérêts particuliers, il me serait bien plus avantageux de suivre une marche contraire, c'est-à-dire, de rendre la Saulsaie accessible surtout à ces derniers, ce que me permettraient aisément le nombre assez considérable de demandes qui me sont adressées dans ce sens, l'étendue et la convenance d'un vaste logement disposé à neuf, l'importance des travaux d'une immense exploitation offrant chaque jour des sujets d'étude variés , et surtout le mérite et le savoir de mes deux collaborateurs, me permettant de pouvoir combler, par un enseignement théorique complet, les journées de travail-pratique que je voudrais épargner aux élèves.
Il est bien certain que nia fortune particulière se trouverait très-bien de l'admission de vingt-cinq jeunes gens , (ils de grands propriétaires , reçus à la Saulsaie pour un enseignement semblable , et payant 2,400 fr. chacun, comme à Moëglin, où il n'y a cependant qu'une grande exploitation dirigc'e par un homme habile , aidé de deux professeurs que le gouvernement paie. Mais ce qui est possible dans les hauts instituts allemands , où les jeunes gens ne viennent qu'après avoir pratiqué trois ou quatre ans dans les fermes particulières , n'est pas admissible dans un institut agricole français qui , recevant les élèves du collège , se proposerait cependant de leur donner un enseignement complet. Que si , me laissant aller à l'admission d'un grand nombre d'élèves avec pratique restreinte ou facultative , je parvenais à former, après deux années d'études théoriques, des propriétaires qui seraient aptes à discuter des plans de culture avec des fermiers ou régisseurs déjà capables et qui se montreraient disposés à les seconder par des baux à longs termes et par des secours de capitaux, je serais , certes , encore bien loin d'avoir formé des régisseurs ou fermiers devant exploiter eux-mêmes , modifier profondément un système de culture qui a des siècles d'existence, administrer des capitaux considérables sous leur entière responsabilité ; que si, à l'aide d'un enseignement mitigé, quelques fils de propriétaires , décidés à diriger leur culture dans des contrées déjà en voie d'améliora-
lion et pourvues d'ouvriers nombreux et habiles, pouvaient espérer de trouver , après une dizaine d'aimées d'essais entrepris sur une petite échelle, le mode d'administration qui leur permettra de lutter sans désavantage avec les paysans leurs rivaux , il m'aura e'té impossible de former, comme c'est mon projet, de ces exploitants, hommes de métier autant qu'hommes d'art , qui , sortant de l'exploitation école d'année en année, devront un jour, pionniers intrépides , et se poussant l'un l'antre comme une eau qu'envoie une source toujours égale, s'avancer dans les déserts de la France , partout ou le métayage , les baux à courts termes, les mauvais chemins , l'absence de population , la persistance à cultiver sans moyens de fumure suflisants , et non la mauvaise qualité du sol , auront maintenu une culture sans profit (1).
(1) Partout enlin où tic» domaines «le lluui cents hectares (dont quatre-vingts en mauvaise pâture, bois et friche pâtures, trente au long repos, trente en jachère et soixante en grains divers) donnent annuellement (semence et frais île battage déduits) deux cent dix hectolitres de seigle, cent vingt hectolitres d'avoine et sarrasin (valant soixante hectolitres seigle), ce qui fait eu argent, a l l 2 fr. l'un 3.2Î0 fr.
En tmnpeaux et bas«c-cour 4,000
Total .... 7,840 IV.
Plus, ce qu'ont dû consommer d'herbe verte ou sèche, au pâturage dans les bois, et rarement à l'écurie, dix chélifs chevaux de travail. Sur quoi, après prélèvement du grain nécessaire aux chevaux , dans les moments de grand travail , aux porcs et a la volaille qui forment une partie importante du revenu , le métaver doit :
i° Se nourrir, se vêtir, lui , sa famille et huit domestiques , valets el sei van les.
2 rt Payer en intérêts et entrelien de cheptel , gage», journées d'ouvriers,
C'est là que l'exploitant que je me propose , et que la moitié de la France attend , prenant à ferme un domaine de deux cents hectares pour dix-huit ans au moins, au prix de 6,000 f., engagera dans la première période de six ans un capital de 1 50,000 fr. destine, dans les positions les plus ordinaires , à couvrir les frais de chaulages, marnages, dessèchements, défrichements , achats de hétail , fermage , intérêt des capitaux, déficit de blé dans les premières années; récupérera ce capital dans la deuxième période , grâces aux prix élevés des produits qui se font avec les fourrages, et à l'économie qu'apporteront dans la production les fumures abondantes qui en seront le résultat; puis enfin bénéficiera de 100,000 fr. dans la dernière période , tous ses frais remboursés , lui et sa famille nourris, vêtus, logés et payés de tout leur travail effectif.
Ajoutons encore, ce qui importe à la richesse nationale , qu'il devra laisser le domaine pourvu de la quantité de fourrage suffisante pour entretenir annuellement deux tiers de tete de gros bétail par hectare, ce qui revient à dire qu un domaine de deux cents hectares, qui produisait autrefois deux cent soixantedix hectolitres de seigle, avec épuisement progressif
(V faucheurs, de moissonneurs, compte île bourrelier, de maréchal, de
charron, de vétérinaire, une somme de 2,550 fr.
j' Compter en produits divers au propriétaire à la charge
de qui restent les impôt* et 1rs réparations de bâtiments. 2,280
Tut ai 4,830 fr.
du sol , aura à la disposition de sa culture céréale vingt-un mille cent vingt 'quintaux de fumier permettant , avec accroissement de fertilité , une production annuelle de deux mille cent douze quintaux de grains, soit quatorze cent soixante-cinq hectolitres.
Maintenant, si Ton veut bien admettre que ces quatorze cent soixante -cinq hectolitres ne nécessiteront pas beaucoup plus de travail que les deux cent soixante-dix hectolitres primitifs de seigle, puisqu'à la jachère morte , labourée quatre ou cinq fois , aura clé substituée la prairie de trois à quatre ans de durée que suivra le blé sur un seul labour; si Ton reconnaît que ce grain, richesse nouvelle, devra nécessairement avoir son prix de revient diminue de toutes les valeurs animales qu'auront produites les cinq mille deux cent quatre-vingts quintaux métriques de fourrage consommé, on m'accordera, j'espère, que c'est là un résultat d'assez grande importance pour qu'il doive être souhaité avec ambition par un pays dans lequel l'exagération du morcellement chez la petite propriété et le statu quo chez la grande, conduisent à une insuffisance de production animale qui va bientôt nous forcer de la demander à l'étranger, ce qui n'irait à rien moins qu'à nous en déshériter à jamais, ainsi que des fumures, et par conséquent, de la production céréale abondante et à bon marché qui en est la suite.
Mais, encore une fois, ce résultat ne sera obtenu que sur de grandes terres seules propres, par leur éten-
duc , à la culture fourragère économique et stable ; et jamais là'oii il s'en trouve encore, dans des positions éloignées des villes et des grandes voies de communication, il ne sera atteint qu'exceptionnellement , isolément et à la longue par les propriétaires eux-mêmes : de même que les diverses industries des mines , des roules , des canaux , des chemins de fer, de l'exploitation des forets, ne se fussent développées que lentement et insuffisamment, si elles eussent été abandonnées aux seuls propriétaires intéressés de la localité , au lieu d'être dirigées par des hommes spéciaux, formés par des écoles spéciales, dans un but spécial et bien déterminé, qui, grâces à Dieu, pour être atteint dans l'agriculture , n'a besoin que de la possession limitée du sol et de capitaux qui jamais n'ont manqué aux industries profitables.
Si la poursuite de ce but, avec chance de prompt et électrique succès appartient surtout à des régisseurs intéressés , ou fermiers qui se le proposeront comme une industrie spéciale, mais qui seront renfermés dans le cercle étroit et rigoureux d'un bail ou société de quinze à vingt ans, il ne faut pas pour eux de temps perdu , de capitaux compromis en tâtonnements, il faut donc à notre apprenti -régisseur de grande culture un séjour assez long dans une vaste exploitation-école pour qu'il puisse voir passer devant ses yeux le plus de circonstances possibles , le plus de ces faits agricoles qui, dans la production des champs, se reproduisent si lentement; il faut à des
études théoriques que l on veut fortes, la base solide de la connaissance dea faits pratique*; il faut à l'homme, appelé à se frayer, sans direction . une voie nouvelle avee les capitaux d'autrui, et sur la terre d'autrui 9 un enseignement d'assez longue durée, et pris parmi un nombre assez restreint d'élèves, pour qu'après deux ou trois années d'un travail qui n'aura manqué à aucun , il puisse, sans privilège, être employé le plus long temps possible, comme sous-directeur responsable des diverses branches de travaux : c'est là un des points les plus essentiels qui sera facilement réalisable dans une école qui n'aura que six à huit élèves de dernière année, mais que j'ai surtout cherché à étendre encore , en tachant de créer autour de la Saulsaie des fermes de cinquante hectares, véritables écoles d'application , oii l'élève de quatre ans pourra se fortifier pendant deux ou trois années, dans l'habitude et l'art de la conduite des ouvriers.
Si l'apprentissage du métier, la pratique, si la direction, la contre-maîtrise a différents degrés , sont jugés indispensables dans l'industrie manufacturière, qui peut ordonner le lundi les détails du travail du samedi , parce que ses ouvriers sont à couvert pour mettre en œuvre des matières premières, qui, d'avance, ont pu être soigneusement classées et arrangées dans des tiroirs, combien plus nécessaires ne doivent-ils pas être dans l'industrie agricole qui . fabriquant à « ici ouvert , au milieu de tous les accidents d'une température variable, obligée, par c ette raison.
de dérober, pour ainsi-dire, ses matières premières à la terre, tant elle doit y mettre de prestesse, est forcée de varier ses ordres et l'exécution de ses ordres, non-seulement plusieurs fois par semaine, mais plusieurs fois par jour. Combien plus indispensables ne doivent-ils pas être, surtout dans la culture du désert, aux communications difficiles, oii la ebaîne rompue d'une culture séculaire va imposer à l'exploitant une tache qu'il devra, dans le début surtout , aborder avec une population ouvrière apathique qui a pris son parti de sa misère (fatalité des pauvres métayers), une tâche pour laquelle il devra tout former et façonner luimême ; ouvriers, botes de trait, instruments de transport, laboureurs, etc., et cela, je le répète, avec un capital emprunté , que le moindre retard , la moindre erreur dans son emploi augmente , cela , dans le court espace d'un bail faisant une loi impérieuse à l'exploitant d'être en pleine marche avant l'expiration de la première période.
Vous voyez donc bien , Monsieur , que , dans le but spécial et si important que je me suis proposé en m'établissant dans le déserta louer delaDombes, j'ai dû , nonobstant ce qu'aurait pu me commander mon intérêt particulier, m' attacher à éloigner de mon établissement tout ce qui pourrait, affaiblissant les études pratiques, ruiner d'avance renseignement théorique : ainsi le nombre d'élèves supérieur à la somme de travail à faire ; ainsi les élèves sans énergie. Car, puisque nous n'avons pas encore, comme en Allema-
•il
gne, ces exploitants complets dont les fermes, devenues écoles de pratique sur toute retendue du territoire, dispensent les hauts instituts de cette partie de renseignement, et permettent leur accès au grand nombre, c'est à faire ces hommes, ces écoles secondaires, qu'une école-mère doit employer toutes ses forces , si nous voulons atteindre au même but que nos voisins : or, comment y réussir, si celte école ne présente pas d'une manière complète renseignement pratique et théorique.
En un mot, Monsieur, ce dont il s'agit dans l'état des choses, ce qu'il faut à mon pays, dont la moitié au moins à l'état de désert ne peut atteindre à une richesse prompte et sûre que par la grande culture traitée comme industrie, c'est-à-dire avec intelligence, science, connaissance profonde du métier et capitaux ; ce qu'il faut, dis-jc, c'est un enseignement spécial de grande industrie agricole qui ne soit pas en arrière des autres enseignements professionnels, créés^ pour des industries dont on a voulu sérieusement le progrès. C'est à cette œuvre que je me suis attaché : je l'accomplirai telle que je l'ai conçue, ou j'y renoncerai. J'ai lieu de croire que l'appui du gouvernement ne me manquera pas; quant à présent, l'appui dont j'ai besoin , par-dessus tout, c'est le dévouement et l'énergie des jeunes gens pour lesquels je travaille.
Dans quelques années , quand des succès d'exploitation , des régies heureuses et bien payées des premiers élèves auront démontré la bonté et la sûreté de
renseignement, et que les propriétaires en feront une condition pour accorder capitaux cl baux à longs ternies, on le recherchera par intérêt bien entendu et bien démontre : mais, quant à présent, la seule chose qui puisse le faire accepter avec cette persistance tenace qui fonde les grandes choses sans précédents, c'est de la part des élèves une courageuse résolution, assez sure d'elle-même pour ne pas se démentir. Qu'un élève vienne à faiblir avant que les faits aient prononcé , c'est renseignement de la Sauîsaie qui aura eu tort : il aura rte trop sévère , trop allemand , etc. , et plus que jamais il sera décidé qu'il faut laisser l'agriculture aux paysans ! Or , on sait ce que l'agriculture des désorts de la France peut devenir par les paysans métayers ou fermiers à courts termes ! Que notre enseignement puisse, au contraire , grâces à l'énergique résolution et à l'intelligence des premiers élèves, les amener h ce terme où ils seront #ieurenx exploitants , menant à bieti sans capitaux et sans populations exceptionnels , cette souhaitable révolution qui doit substituer la culture progressivement enrichissante à la culture progressivement épuisante, il ne sera plus au pouvoir d'un mauvais élève de faire tort à un enseignement qui sera jugé par les faits; et la France, qui a su se donner des écoles de ponts et chaussées, de marine, d'artillerie, des mines, des forets, toutes faisant pratiquer long- temps les élèves, avant de leur confier des gestions de haute importance, toutes ayant su former des élèves par
lesquels un but déterminé est atteint , aura aussi des écoles d'agriculture qui atteindront leur but, celui de la diffusion du progrès agricole, le plus important de nos jours , au moyen de jeunes gens qui pourront, sans tâtonnement , aborder avec un capital donne un bail qui, à l'expiration de quinze à vingt ans, devra laisser riche une terre naguère pauvre et sans produit, riche encore son propriétaire, riche son exploitant, et riche par conséquent aussi le pays.
Peut-être comprenez-vous maintenant , Monsieur, la nécessité de ce que plusieurs personnes pourraient appeler exigences rigoureuses vis-à-vis des jeunes gens qui doivent nous aider à accomplir une aussi grande tache, et sans doute, que vous pensez avec moi que leur intérêt plus que le mien leur commande une énergie et une bonne volonté qui ne faiblissent pas. Mes collaborateurs et moi, sentons qu'avec cet appui , aucune peine physique ne nous coulera pour atteindre le noble but qu'appel lent de tous leurs vœux le gouvernement et l'Allemagne, notre généreuse émule : mais nous vous avouons qu'il ne serait pas en notre pouvoir de supporter les peines morales qui viendraient nous assaillir, lorsque l'insouciance, la mollesse, ou la mauvaise humeur de quelque élève viendrait nous faire cruellement sentir qu'il n'a compris ni le but auquel nous tendons, ni le mobile qui nous y pousse : dans ce cas , ce ne sera jamais à une correction , ni à des réprimandes répétées, bien plus pénibles pour nous que pour l'élève, que nous aurons
recours, mais à une séparation immédiate, dussent plusieurs séparations semblables être le tombeau d'un enseignement au berceau.
Je n'imagine pas qu'après cet expose qui dit toute ma pensée , il puisse se trouver des parents qui nous proposent un élève , uniquement pour éloigner d'eux un enfant sans aptitude ou insubordonné, qui les mécontenterait. Je les prie encore de considérer qu'en raison de ce que je viens de dire, ce n'est pas à la San 1 saie qu'un jeune homme pourrait prendre le courage dont il n'apporterait pas le germe.
Me résumant,
La Saulsaic se proposant vingt- quatre élèves , et devant les garder quatre ans, ne devra, chaque année, admettre que le quart de ce nombre. En recevoir davantage dans l'origine, la moitié, par exemple, serait s'obliger d'avance à en faire sortir aussi la moitié à l'expiration des quatre ans, ce qui serait une désorganisation , et ne pourrait avoir lieu qu'autant que le cours ne serait que de deux ans. Consentir à admettre chaque année , cinquante à soixante élèves dans une exploitation qui ne saurait en occuper sérieusement que vingt-quatre aux travaux de la ferme, c'est s'obliger à les faire jouer à la culture et s'interdire de pouvoir les rendre cultivateurs. Une admission annuelle aussi considérable, qui suppose une sortie annuelle égale , met aussi dans l'impossibilité d'employer les élèves de
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dernière année eomnie chefs de service, ce qui est très-facile là où il n'y a que six élèves de dernière année, mais ce qui, dans le cas de soixante entrants pour deux ans, et de soixante sortants par conséquent, ne peut avoir lieu que comme faveur accordée à quelques privilégiés.
Les instituts à élèves nombreux, et réunissant d'ailleurs tout ce qui peut constituer un excellent enseignement théorique , ne rempliront leur but et ne produiront tout leur effet que lorsque les élèves, qu'ils .admettront, auront déjà pratique pendant deux ans au inoins, ainsi que cela a lieu dans les paysoii l'agriculture est traitée comme une industrie, et a obtenu tous les résultats d'une industrie prospère : car, encore une fois , la théorie ne doit porter que sur des faits. Or, que doit-il arriver quand ces faits ne sont pas connus , et si bien connus qu'ils ne puissent être oubliés, confondus et séparés des circonstances au milieu desquelles ils se sont produits, et dans un institut qui ne consacrerait que deux années à parcourir avec des novices les diverses branches d'une science devenue bien vaste aujourd'hui ? Que peut être cette connaissance approfondie des faits agricoles dont un seul a demandé souvent dix mois pour son accomplissement?
Peut-être penserez-vous qu'avec un nombre restreint d'élèves, l'enseignement complet que je me propose et que j'ai déjà abordé depuis un an, ne saurait couvrir ses frais , et par conséquent avoir chance de vie qu'autant qu'il exigera des prix de pension
se»
très-élcvés : et ce qui s'est passif jusqu'à présent justifierait celle appréhension. Ainsi , Grignon fou<l< : par des particuliers, et ne faisant payer que 800 fr., a besoin de plus de cinquante élèves, bien que les professeurs soient payés par le gouvernement ; ainsi , l'institut particulier de M. Tbaër, et les exploitations allemandes et anglaises qui, pour réussir a faire de bons exploitants, ne reçoivent qu'un nombre très-limité , exigent près de 3,000 fr.; ainsi , rinstitut de Iloeinhcim qui , suivant les mêmes voies, ne reçoit que de faibles prix de pension , est un établissement fondé et payé par l'Etat. Si je pense atteindre au même but sans le grand nombre et avec des prix de pension modérés, c'est que j'ai foi dans l'aide (pie me prêtera mon pays, et l'événement a prouvé que je n'ai pas espéré vainement. Maintenant, le provisoire deviendra-t-il du définitif? c'est ce que je suis obligé de savoir avant de pouvoir fixer définitivement les prix de pension, car ce ne sont ni les conditions du petit nombre, ni celles des fortes études qui peuvent changer.