‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 87 sur 156 · LA REINE CATHERINE · texte numérisé non relu

LA REINE CATHERINE

roi de Westphalie, frère de Napoléon. A peine ce dernier fut-il tombé, qu'il voulut que sa fille rompît aussi son mariage. Attachée à son époux par une affection vraie et par son titre de mère, Tex-reine de Westphalie opposa aux volontés de son père un refus inébranlable.

(c Unie par des liens que la politique avait formés, lui écrivit-elle, je ne viens pas retracer le bonheur que j'ai dû à mon mari pendant sept années; mais eût-il été pour moi le plus mauvais des époux, si vous ne consultez,'moncher père, que ce que les vrais principes de l'honneur me commandent, vous me direz vous-même que je ne puis l'abandonner lorsqu'il devient malheureux, et surtout lorsqu'il n'est pas cause de son malheur. Ma première idée, mon premier mouvement ont été d'aller me jeter dans vos bras, mais avec lui, le père de mon enfant. Où serait d'ailleurs ma tranquillité, si je ne la partageais pas avec celui auquel jedois aujourd'hui plus que jamais mes consolations ? »

Dans une autre lettre, elle s'exprimait encore ainsi :

« Forcée par la politique d'épouser le roi mon époux, le sort a voulu que je me trouvasse la femme la plus heureuse qui puisse exister. Je porte à mon mari tous les sentiments réunis : amour, tendresse, estime. Un temps viendra, je l'espère, où vous serez convaincu que vous l'avez mal jugé : et alors vous retrouverez en lui comme en moi, les enfants les plus respectueux et les plus tendres (i). »

Une aussi noble résistance finit par désarmer la volonté de son père. Bizarre destinée ! ce prince avait, obéissant à des raisons politiques, marié son fils et sa fille tous les deux contre leur vœu : le fils trouva le bonheur dans la rupture de son mariage, et la fille dans le maintien du sien.

Cependant, cette sortie du roi de Wurtemberg acheva de ruiner les espérances de la noblesse allemande. Quelques jours après, les députés, rassasiés de promesses sans perspective de réalisation, n'attendirent

(i) On sait quelle femme admirable fut la Reine Catherine.

pas qu'on les éconduisît tout à fait, et quittèrent aussi la capitale de TAutriche. On ne leur épargna pas les épigrammes qui accompagnent .ordinairement l'insuccès : on mit leur départ sur le compte de leurs finances épuisées ; le lendemain on n'enparla plus.

Tous les esprits étaient en émoi par l'annonce d'une fête nouvelle : il s'agissait d'une partie de traîneaux. La neige, dont une couche assez épaisse couvrait la terre, et le froid vif qui se soutenait depuis quelques jours, avaient fait naître l'idée de ce divertissement emprunté au rigoureux climat de Pétersbourg et de Moscou. La cour autrichienne faisait d'immenses préparatifs, et devait y déployer une magnificence destinée à rappeler Leâ4)0mpes du carrousel impérial.

( En attendant que les apprêts fussent terminés, les plaisirs annoncés pour le mois de janvier se succédaient chaque jour. Les fêtes que les discussions devaient, disait-on, faire languir, étaient plus brillantes, plus joyeuses que jamais, A cette époque, lord Gastlereagh donna un grand bal d'apparat. A Vienne, toutes les réunions avaient leur cachet : généralement les bals particuliers donnés par les hauts personnages diplomatiques, quoique taillés sur le même patron, ne présentaient pas la même physionomie, ni les mêmes scènes. On eût pu nommer, par exemple, celui de milord un bal de vanité ; car s'il était somptueux, il était sérieux comme l'orgueil et froid comme la prétention. Oui, on eût dit que l'orgueil et la prétention que milady avait, au carrousel, attachés sur son front avec l'ordre de la Jarretière de son mari, l'avaient suivie dans les salons dorés, parfumés et brillantes de son hôtel. La somptuosité du souper ne put réchauffer le glacial de cette soirée. Quant à milord, selon son habitude, au milieu de toutes ces fêtes si animées, où tout était enivrement et plaisir, il paraissait préoccupé et profondément soucieux. Lors même que Sa Seigneurie dansait, on eût dit que, par les mouvements si rapides d'une gigue ou d'un rit écossais, elle semblait vouloir se dérober aux graves pensées qui l'oppressaient

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