‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 86 sur 156 · LKS DISCOURS DE SIDNEY SMITH · texte numérisé non relu

LKS DISCOURS DE SIDNEY SMITH

A peine entrés dans le bal, les souverains se retirèrent : à leur exemple la plupart des illustrés convives du banquet s'éclipsèrent aussi peu après.

Les jolies bourgeoises attendirent vainement qu'Une main aristocratique vint chercher la leur et les entraînât dans le tourbillon d'une valse< Il leur fallut se cohtenter, comme à l'ordinaire, des nouveaux arrivants pour cavaliers. Toutes cependant utilisèrent complètement les dix florins, prix du billet : le jour paraissait qu'elles ne songeaient pas encore au départ.

Réunie à celle du dîner, la dépense de ce bal ne se monta, dit*on, qu'à quinze mille florins ; huit mois après, la fête de Guildhall donnée aux souverains par les marchands de Londres, et dont j'ai déjà parlé, coûta ' un demi-million de francs. Et on se plaignait pourtant de la cherté excessive de Vienne. Qu'eût-ce donc été si le Congrès se fût tenu à Londres?

Telle fut cette fête qui fournit à Sidney Smith l'occasion de faire un long discours ( i ) et d'ajouter à ses titres, qui n'étaient déjà que trop fastueux, celui du président des chevaliers nobles. En vérité, c'était dommage de voir utl homme qui avait des droits réfels, en chercher d'autres en dehors de sa valeur, et souvent de bien insigniflants. On disait que, comme auxiliaire à ses vues d'humanité, il avait sollicité et obtenu un bref du pape qui l'autorisait à créer une société dans le but d'abolir à jamais l'esclavage. Ce qui était un peu plus positif c'était le concours des puissances et leur argent.

Tous les souverains s'étaient empressés de manifester leur adhésion à ces projets philanthropiques par leur souscription et leur présence à son piqu€*-nlque, tous à l'exception de deUx, l'empereur François et le roi de Wurtemberg. Le premier, retenu dans son palais par une vive indisposition, avait donné mille ducats ;

(i) La converfiatiott de Sidney Smith ne brillait pas paf la concision. On f>ense bien que la défense de Saint-Jean-d'Acte en faisait le aujet habituel. Aussi le prince de Ligne, qui avait eu la patience d'en écouter plusieurs fois le pt-olike fëclt, l'appfelait-il Long-Acre, qui est le nom d'une dds rUes Ibs plus longues ût Londres. (Note de VAuteuf.)

le second avait depuis deux jours quitté Vienne, et son brusque départ faisait l'objet de toutes les conversations.

Naturellement impérieux et irascible, l'immense roi Frédéric supportait avec impatience l'allure si lente des discussions diplomatiques. Dans les réunions d'apparat on le voyait presque toujours ou soucieux ou grondant: il n'était pas le seul ; car, on le sentait, les passions s'agitaient sous ces fleurs. Une occasion se présenta où son caractère se déploya dans toute sa fougue. Parmi ce conflit de réclamations soumises au Congrès, la noblesse immédiate d'Allemagne avait cru pouvoir aussi se mettre de la partie : elle avait donc envoyé ses députés chargés de revendiquer pour elle son ancienne position et ses droits. Dans une conférence à laquelle assistait Sa Majesté de Wurtemberg, on parlait de cette prétention et de la restauration du saint empire romain. Le roi se contenait avec peine. Enfin, quand il fut question de mesures qui pouvaient restreindre les prérogatives des souverains, il se leva en fureur. Devant lui était une table, à laquelle malheureusement on n'avait pas, cohime à la table impériale, fait l'échancrure obligée pour y loger son énorme capacité. Soulevé par la proéminence abdominale du monarque, le meuble est renversé avec fracas. La mauvaise humeur du roi s'en augmente: il rentre précipitamment dans ses appartements, et le soir même quitte la capitale de l'Autriche, non sans recommander à ses plénipotentiaires de repousser constamment toutes les demandes de la noblesse. Quant au prince Guillaume, son fils, il était resté, bien plus occupé des beaux yeux de la grandeduchesse d'Oldemburg que de toutes les questions du Congrès.

Ce caractère dominateur, le roi de Wurtemberg le montrait aussi bien dans ses relations avec sa famille que dans l'exercice de sa puissance. On en avait vu un exemple quand il avait imposé à son fils un mariage contre son gré ; il le déploya non moins violemment dans sa conduite à l'égard de sa fille qui avait épousé Jérôme,

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