‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 89 sur 156 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quelques originaux au Congrès. — M. Aïdé. — Bon mot du prince de Ligne. — M™® Pratazoff. — M. Foneron. — Le vieux juif. — Sa noblesse ci sa morale. — M. Raily. — Ses dîners et ses convives. — M. O'Bearn. — Les deux ducs. — La fin d'un joueur. — Bal à VApollo sali, — Les Souverains incognito. — Zibin et le Roi de Prusse — Charles de Rechberg et le Roi de Bavière. — Le menuet. — Le Roi de Danemark. — Récit du bombardement de Copenhague. — La leçon d'allemand.

Cette scène unique du Congrès semblait un composé de mille tableaux divers formant un tableau général. Chacun des acteurs était un roman complet, et la vie de la plupart eût pu faire de longs poèmes. Les originaux ne manquaient pas, comme on le pense bien, dans ce pêle-mêle de bigarrures : leur présence n'était pas une des moindres singularités.

Au nombre de ces types que n'ont pu oublier les hôtes de Vienne, figurait en première ligne un M. Aïdé. C'était un de ces cosmopolites auxquels beaucoup d'assurance tient lieu de recommandation et de généalogie. Son existence était un problème et sa fortune une énigme. Né à Smyrne, il était venu jadis fort jeune à Vienne. Son costume oriental et le titre de prince du Liban dont il s'affublait l'avaient à cette époque fait remarquer. Lors du Congrès, un peu plus modeste, il avait mis bas et la principauté et l'habit musulman. On le voyait partout: pas un salon, pas une réunion dont il ne fût l'hôte obligé. Du reste, fort accommodant sur les sociétés, n'épousant aucune des querelles ni des affections du moment, vivant également bien dans tous les camps, entre tous les partis. On remarquait cependant qu'il fréquentait plus particulièrement la maison de lord Castlereagh, qui semblait le protéger par égard pour son secrétaire intime. Des intérêts de commerce les avaient^ disait-on, réunis jadis à Smyrne.

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