‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 2 sur 102 · PB · texte numérisé non relu

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Mon père m'a permis de publier les Souvenirs de sa vie , qu'il a tracés pendant les dernières années de sa longue carrière. Je les livre au public tels que je les ai reçus de lui ; il m'a paru que son témoignage sur les grands événements qui ont marqué la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième, appartient à l'histoire de notre pays.

J'avais eu d'abord la pensée d'arrêter cette publication à l'époque de sa rentrée en France sous le consulat. 11 me semblait que l'expression de ses Souvenirs , gênée par l'histoire des événements politiques et militaires de 1799 à 1807 qu'ir a publiée , avait moins d'intérêt que le récit des événements qui précèdent; je trouvais d'ailleurs que toute

Jl PRÉFACE.

cette période de la vie de Napoléon avait été déjà si souvent décrite , et avec une telle autorité par les hommes les mieux placés pour la juger, que la partie anecdotique toute personnelle contenue dans les Souvenirs de mon père, pouvait ne pas mériter au même degré l'attention du lecteur. Mais je me suis déterminé à ne rien retrancher des Souvenirs qu'il m'a adressés comme une sorte de confession de sa vie entière, que j'ai reçus comme une utile leçon, comme un honorable et exigeant exemple. Si le respect et l'affection ne m'aveuglent point , je crois rendre à sa mémoire le plus bel hommage, en soumettant à ses concitoyens ce récit naïf et sincère de tous les actes de sa vie publique. Enfin je me conforme fidèlement à sa volonté.

J'ai cherché par une division chronologique et raisonnée à faciliter la lecture des Souvenirs les plus intéressants pour l'histoire, pensant que les autres ne devront fixer l'attention et exciter l'intérêt que de quelques amis.

Par une juste défiance de moi-même et de ma prévention filiale, je n'ai pas, selon le

PREFACE* lit

désir exprimé par mon père, continué F fais^ toire de ses dernià*es années. Qu aurais-je pu ajouter à la lettre qui termine œs mé* moires, qui ne soit connu de tous ses contemporains ? Rappelé sur la scène politique par les suffrages des électeurs du i^ arron* dissement de Paris en 1828, à un âge au^ quel depuis longtemps chacun a recherché un repos nécessaire dans la retraite, on l'a vu^ presque complètement aveugle , donner l'exemple de l'activité et du dévouement patriotique , apporter avec empressemeiit le tribut de ses lumières et de son expérience dans les sessions législatives qui ont précédé et suivi notre juste, sage et glorieuse révolution de i83o, considérer comme une véritable récompense d'être encore utile à son pays , en organisant , comme en 1 789 , les gardes nationales , en luttant , comme en 1 793 , contre les passions anarchiques , * sur le champ de bataille même qu'elles essayaient de rétablir, en satisfaisant pour sa part et de tous ses efforts aux besoins et aux vœux du pays, pal* ses travaux assidus dans les deux chambres et au conseil d'État. Mais ce que savent seulement ses amis et quelques-

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uns de ses collaborateurs, ce que, pour l'honneur de la mémoire de mon père, je voudrais pouvoir faire connaître à tous , c'est cet es* prit de justice et de modération qui a été le guide de tous les actes de sa vie publique et privée ; c'est, même au milieu des crises politiques les plus violentes, du bouleversement de sa fortune , de la rupture des liens de famille les plus étroits , les sentiments de générosité et de bienveillance qui chez lui furent inaltérables ; c'est cette fidélité à l'a-mitié , cette aménité d'un esprit orné , qui , unis à la plus grande modestie , étaient un charme constant pour ceux qui furent ap^ pelés à partager sa vie intime.

Je m'arrête , j'aurais dû laisser à d'autres le soin de louer mon père ; je vais le laisser parler lui-même; et cependant, combien d'exemples, pris aux différentes époques de sa vie , ne justifieraient-ils pas l'éloge arra* ché à ma plume par ma tendresse et de vains regrets !

Christian Dumas..

SOUVENiaS

DU tlBUTBNANT GBNBRAL

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