‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 26 sur 102 · EMBARQUEMENT. IO · texte numérisé non relu

EMBARQUEMENT. IO

docteur Cooper ! mais le prix inestimable que les Américains obtinrent de leur sacrifice fut toujours présent à ma pensée.

Les états-majors et les troupes furent répartis à bord des vaisseaux, frégates, flûtes, et autres bâtiments de transport, conformément à l'état d'embarquement que nous avions présenté au chevalier de l'Éguille, et moi à l'amiral et au commandant en chef. Je quittai à regret cette patrie adoptive , où j'espérais retourner après la campagne pour remplir une mission particulière qui m'avait été destinée ; le ministre de France , M. le comte de la Luzerne, m'ayant désigné pour être l'un des commissaires pour la fixation des limites après la conclusion de la paix. Je me rendis à bord du Triomphant avec le baron de Vioménil; j'y reçus le plus obligeant accueil de M. le marquis de Vaudreuil et des officiers de son état-major.

Enfin, le 24 décembre, le marquis de Vaudreuil appareilla de la rade de Boston avec dix vaisseaux , dont trois de quatre-vingts canons , sept de soixante-quatorze, et trois frégates. VAuguste et le Platon devaient sortir de Portsmouth vingt-quatre heures après notre départ de Boston, pour nous rallier sur le banc Saint-George, et toute l'escadre devait ensuite doubler le cap Cood et aller croiser devant New-Port pour dé-

IIO NAVIGATION.

gager le Fantasque. Cette belle escadre, parfaite ment rétablie , était commandée par des officiers qui s'étaient illustrés dans les campagnes précédentes; les équipages, aguerris, étaient pleins d'ardeur; et nos braves soldats, fiers de leurs succès en Amérique, avaient autant d'audace que de vigueur. Cétait un imposant spectacle que celui de la sortie de cette escadre au milieu des acclamations et des bénédictions des Américains, qui saluaient de leurs hourras le pavillon de France. Les vents soufflaient de l'ouest, la mer était belle et le ciel serein; à peine étions-nous sous voile que les débris du Magnifique nous marquèrent le premier écueil; nous doublâmes les îles de Nantucquet par un chenal extrêmement étroit; nous jouissions avec plaisir de l'étendue et de la variété des points de vue au milieu de ce vaste archipel. Bientôt nous n'aperçûmes plus que les sommités qui couronnent ce superbe bassin. Les vents sautèrent à Test; ils fraîchirent par degrés, et nous forcèrent de mettre à la cape. La tourmente devint très-forte; la seconde nuit fut affreuse; nous dérivions vers la côte, et nous ne pouvions nous soutenir qu'en nous dirigeant vers la baie Française, à l'entrée de laquelle il n'y a pas entre les écueils un brassage suffisant pour les vaisseaux de soixante-quatorze. Les pilotes assuraient que nous n'avions pas pour deux heu-

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