‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 54 sur 102 · PLAINE DE TROIE · texte numérisé non relu

PLAINE DE TROIE

la manière dont les anciens emplaçaient leurs villes; d'ailleurs, la violence des courants à la pointe des châteaux eût été un trop grand inconvénient. On voit encore , du côté d'Asie , les ruines d'une tour et d'une chaussée, et le canal, quoique plus ouvert qu'entre les deux châteaux , est rétréci dans cette partie par l'avan'cement de la pointe de Nagara. Quelque vaine que soit la recherche des traces que le temps a entièrement effacées, elle a pourtant un attrait dont on ne peut se défendre sur cette terre classique ; on a vu des littérateurs anglais traverser les mers pour venir lire Homère dans les plaines d'Uion ; et c'est là saps doute que Wood a été inspiré pour la composition de son excellent Essai sur Homère. Moi aussi je voulus voir les rives du Scamandre et du Simoïs , et parcourir les champs où brillait Troie. En avançant jusqu'à l'extrémité du cap des Janissaires, autrefois le Sigœumpro^ montonimiy on découvre un magnifique horizon et tout le théâtre des belles scènes del'Iliade; àl'est , vers le continent de l'Asie, les vastes plaines de la Troade, que termine et couronne le triple sommet du mont Ida; vers la mer, en face et à la distance de quelques milles, l'île de Ténédos; un peu plus loin, celle de Leronos, dont le volcan éteint rappelle les forges de Yulcain, et, au fond du tableau , l'île de Samo-Thrace , le palais de

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Junon : on est ému malgré soi par ce spectacle , qui prête k ces fictions mythologiques une sorte de réalité.

Nous mîmes à la voile par un vent frais , et nous sortîmes du détroit , le 16 mai, pour aller naouiller à l'entrée du golfe de Comtessa, devant l'île de Thasos ; M. de Bonneval n'avait d'autre objet que d'y renouveler notre approvisionnement de bois : c'est presque la seule de tout l'Archipel qui offre quelques ressources à cet égard. Cette île, très«*fertile et bien arrosée, fut, dit-on, autrefois une ccdonie de Phéniciens, fondée par Thasos, frère de Cadmus; elle était si fameuse che^ les anciens par sa fertilité et ses mines d'or, dont on ne retrouve aucuns vestiges , que le nom en avait passé en proverbe pour exprimer une grande richesse, comme, parmi nous, les trésors du Pérou. Les Romains tiraient de cette île une espèce de marbre fort estimé; on y voit encore quelques ruines de la ville, qui £at plusieurs fois détruite et rebâtie. Le petit port, qu'on appelle aujourd'hui la darse de Thasos ^ était sans doute celui où les anciens habitants retiraient leurs vaisseaux. Les jetées qui le forment sont en marbre , et qudques parties , que les flots n'ont pu désunir, indiquent le soin avec lequel .elles ont été faites. La marine des Thasiens était si considérable, qu'elle excita la jalousie des Athéniens,

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