‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 71 sur 102 · LOUIS XVI A. CHERBOURG · texte numérisé non relu

LOUIS XVI A. CHERBOURG

barqua sur le beau vaisseau que commandait l'un de nos {dus célèbres marins, le chef d'escadre Albert de Rioms, qui s'était fort illustré dans la dernière guerre. Le prince, versé dans l'art des constructions navales , et qui savait tout ce qu'on peut apprendre du métier de la mer par la théorie, visita le vaisseau dans le plus grand détail, interrogeant les officiers d'une manière très-précise , et faisant les observations les plus justes. Revenu dans la chambre du conseil, Louis XVI , lorsque M. Albert de Rioms lui demanda quel nom devrait porter ce vaisseau: Qu'on rappelle le Patriote^ dit-il, et ce nom fut attaché à la poupe, sous les yeux du roi, qui donna l'ordre de mettre sous voile. On fit signal à l'escadre d'appareiller en même temps; les vents étaient au S. £. petit frais, la marée commençait à baisser, et, les courants nous portant au large , nous fumes en peu de temps à environ deux lieues de la côte. Le vent ayant fraîchi, l'amiral représenta au roi qu'il était temps de revirer, parce qu'en allant plus avant il ne pouvait répondre de rentrer dans Cherbourg. N'importe y dit le roi, que cette navigation amu* sait beaucoup, nous serions bien reçus dans un port d Angleterre. Cette agréable excursion ne se termina qu'un peu avant la tombée du jour, et nous rentrâmes de nuit.

4lO GOirSEIL DE LA GUERRE.

A mon retour de Cherbourg, je reçus de M. le marquis d'Aguesseau, directeur de l'état-major général, des instructions pour aller reconnaître divers champs de bataille en Flandre , les mêmes que j'avais visités quelques années auparavant. Je revis avec plaisir à Valenciennes, et chez le marquis de Cerney, à Raimes, les amis qui m'avaient si bien accueilli et protégé au début de ma carrière. J'assistai aux grandes manœuvres de ligne, pour lesquelles on avait réuni environ quinze bataillons. Elles furent parfaitement exécutées, et prouvèrent l'excellence de la nouvelle ordonnance, la bonne et sage application de la tactique prussienne, et le haut degré d'instruction de notre infanterie.

Pendant l'hiver de 1787 je fus appelé au conseil de la guerre, peu de temps après sa création, et employé à des trayaux relatifs au service d'état-major, particulièrement à l'organisation et k la délimitation des divisions militaires. Je fus chargé, sous les ordres du général marquis de Lambert, de toutes les reconnaissances pour l'é-" tablissement des troupes dans les places et quartiers. J'avais, à cette époque, obtenu la croix de Saint-Louis par mon ancienneté comme major, et quelques mois après je fus nommé colonel. I^ maréchal de Ségur avait alors quitté le ministère de la guerre, et avait été remplacé par le

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