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comte de Brienne, frère du premier ministre, l'archevêque de Sens. Je continuai d'être employé par le conseil de la guerre à la préparation de divers matériaux relatifs à l'organisation de l'armée et à la confection des nouvelles ordonnances, ce qui me mit en relation avec le comte de Guibert, rapporteur du conseil. J'eus beaucoup à profiter de ces communications avec un officier d'un mérite aussi distingué. Le comte de Puységur , l'un des principaux membres du conseil de la guerre, mon véritable patron, m'éclairait par son expérience et ses lumières , me soutenait par ses bons avis. Ce fut lui qui me désigna pour remplir en Hollande, sous les ordres du marquis de Lambert , une mission de confiance , dont l'objet se rattachait aux plus grands intérêts politiques de cette époque.
Depuis longtemps, mais surtout pendant la dernière guerre maritime, la France, cherchant à attirer dans son alliance les Provinces-Unies, avait caressé le parti populaire en Hollatide, et n'avait cessé de l'exciter contre celui du stathouder, toujours disposé à servir la politique de l'Angleterre. L'alliance de la maison d'Orange avec la Prusse donnait beaucoup de force et de confiance au parti du stathouder, et menaçait la France d'une dangereuse coalition , si le parti populaire, qu'elle soutenait par ses intrigues et
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son crédit, n'avait prévalu. La maison d'Orange, s'obstinantà chercher un appui dans des intérêts étrangers et tout opposés à ceux de la nation, fut entraînée à des actes de violence, qui choquèrent, aigrirent les esprits, et amenèrent la révolution qui fit perdre au premier magistrat de la république le pouvoir dont il avait dépassé les limites. Dans ces troubles civils, la plus grande partie de la force publique, la marine demeura fidèle à la maison d'Orange, même après son expulsion. Les troupes déterre se divisèrent; quelques-unes se jetèrent dans les places, mais le plus grand nombre passa dans les rangs des patriotes et suivit l'impulsion qu'avaient donnée Amsterdam, et, après elle, toutes les grandes villes.
Un tel état de choses devait amener la guerre ; il était sage , il était urgent de s'y préparer, car on pouvait croire que l'Angleterre ne manquerait pas de saisir l'occasion de se venger du puissant secours porté par la France à la cause de l'indépendance des colonies anglaises, et que, assurée de l'intervention de la Prusse, elle susciterait à sa rivale une guerre de terre sur le vieux théâtre des Pays - Bas. L'empereur ^d'Autriche , alors occupé de la guerre aussi malheureuse que mal conduite contre les Turcs , ne pouvait faire marcher dans ces provinces que des forces peu considérables; mais le pacte de famille l'obligeait
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à fournir un contingent; et, si la France jugeait nécessaire à sa sûreté de porter un corps d'armée sur la frontière de Hollande, il ne pouvait refuser le passage.
Il était évidemment de l'intérêt de la France de soutenir le parti populaire en Hollande, et d'y prévenir la facile invasion des Prussiens : c'est dans ce but qu'on annonça la formation d'un camp à Givet et des rassemblements de troupes en Artois et dans les Evêchés. On fit grand bruit de ces préparatifs; le premier ministre, l'archevêque de Sens , redoutait l'explosion d'une guerre que l'état de fermentation intérieure aurait dû lui faire désirer; il se flatta que des menaces suffiraient pour affermir le parti français en Hollande, et qu'il maintiendrait la paix sans faire de honteuses concessions; mais pendant qu'il paralysait dans le conseil les efforts de ses collègues et l'ardeur que montraient les troupes de terre et de mer ; pendant qu'il se laissait braver par l'ambassadeur d'Angleterre, le duc de Brunswick marchait sur la Hollande à la tête d'une armée prussienne, et cependant la France n'avait jamais été dans une position plus avantageuse pour entreprendre une guerre , et n'en avait eu de motifs aussi pressants. Le matériel de la marine avait été depuis la paix parfaitement rétabli sous le ministère aussi éclairé que prévoyant du
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maréchal • de Castries; le personnel était plein de vigueur, de talents exercés et d'ambition de gloire. Les troupes de terre étaient fort belles, en très-bon état et portées dans toutes les armes à un haut degré d'instruction. La France pouvait armer une flotte nombreuse dans ses ports de l'Océan beaucoup plus promptement que l'Angleterre, dont tous les matelots étaient alors dispersés sur des bâtiments de commerce dans des parages lointains. Une armée de soixante mille hommes pouvait en quelques semaines être prête à sortir des frontières.
Ce fut dans ces circonstances qu'on apprit à Versailles les mouvements de l'armée prussienne, et qu'on eut la certitude que le duc de Brunswick allait pénétrer jusqu'au cœur de la Hollande.
Le comte de Saint-Priest , ancien ambassadeur à la Porte, et ministre d'État, reçut l'ordre de se rendre à Breda où s'étaient retirés les chefs du parti patriote, et d'y conférer avec eux sur leurs moyens de défense et sur les secours que la France pourrait leur fournir assez à temps pour résister à l'attaque des Prussiens ^ en attendant qu'on pût agir avec des forces plus importantes. Le lieutenant général marquis de Lambert, que j'accompagnai, fut adjoint au comte de Sainte Priest pour éclairer dans cette conÉérence les