‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 90 sur 102 · DIVISIONS A TOULOUSE · texte numérisé non relu

DIVISIONS A TOULOUSE

D'un autre côté, quelques compagnies de la garde nationale où se trouvaient beaucoup de protestants se préparaient à prendre les armes. Ceux-ci étaient excités par les prédications de Jean Bon Saint-André , l'un de leurs ministres les plus influents. Je fis chercher M. de Clarac et l'invitai à venir chez moi. Je lui représentai la folle témérité de son entreprise et le danger imminent auquel il exposait son ami M. de Lautrec. Je lui dis aussi les mesures que j'avais prises, et je le déterminai à renoncer à ses projets. 11 me donna sa. parole d'honneur et sortit de la ville. Dans la matinée, je fis prendre les armes à la garde nationale, et je ne quittai M. de Lautrec que lorsque je l'eus fait monter en voiture devant moi et que j'eus pourvu à sa sûreté. Le ministre Jean Bon Saint- And ré vint me trouver et.me demanda d'assurer la tranquillité des patriotes en faisant dissoudre la légion parlementaire et arrêter les chefs qu'il me désignait. J'eus beaucoup plus de peine à retenir ce ministre furibond que je n'en avais eu avec l'officier général dont j!ai parlé plus haut : « C'est le jour de la « vengeance, me dit-il, et nous l'attendons de- (c puis plus de cent ans. »

A peine avais-je apaisé ces troubles et rétabli l'ordre à Toulouse, que j'y reçus la nouvelle des massacres qui avaient eu lieu à Nimes^

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et Tordre de m'y rendre aussitôt que je le pourrais : je ne perdis pas un instant. Je rencontrai à Castelnaudary le vicomte de Mirabeau qui revenait de Perpignan à Toulouse après avoir échoué dans son entreprise : je l'informai de ce qui venait de se passer; je lui dis qu'heureusement tous les fils étaient rompus/ que son ami M. de Lautrec, au secours duquel il arrivait sans doute, était dégagé et en route pour Paris. Il s'y rendit lui-même directement et sans passer par Toulouse.

En arrivant à Montpellier chez mon père, j'appris que les troubles de Nîmes étaient apaisés et que ma présence y serait superflue. Je ne pus cependant prendre au sein de ma famille que quelques heures de repos ; j'y fus atteint par un courrier delà municipalité de Toulouse qui me pressait d'y revenir à cause de la nouvelle explosion dont la ville était menacée. Je retournai donc sur mes pas, faisant la même diligence. A Narbonne, je fis une singulière rencontre r une femme soigneusement voilée, et seule dans un petit cabriolet, suivait la même route que moi, et insistait pour qu'on attelât sa voiture avant la mienne. Je m'approchai pour lui dire le motif de mon refus, et m'excuser de ne pas lui frfire une si simple politesse : c'était madame Dusaillant, sœur de M. de Mirabeau, qui était ainsi partie de Pa-

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ris, et courait après le vicomte son frère qu'elle n'avait point trouvé à Perpignan.

Les craintes de la municipalité de Toulouse n'avaient d'autres fondements que de fausses bravades des contre-révolutionnaires : c'était la houle après la tempête. Je ne m'arrêtai que deux jours, et je retournai à Montauban, dont le maire avait été mandé par l'assemblée nationale pour rendre compte de sa conduite. Enfin, tout étant pacifié, je demandai et j'obtins la permission de revenir à Paris pour l'époque de la fédération , à laquelle pourtant m'empêcha d'assister une violente esquinancie, suite de fatigues excessives pendant la mission que je venais de remplir.

Peu de temps après, je fus appelé au comité militaire de l'assemblée nationale pour y discuter, devant des officiers généraux de toutes les armes et des officiers du génie et de l'artillerie, la grande question de la réunion du génie et de l'artillerie , et celle de la composition du corps de l'étatmajor et des fonctions qui devaient lui .être attribuées pendant la paix et pendant la guerre. Mon opinion différa de celle de l'ingénieur d'Arçon, l'un des officiers les plus distingués et les plus savants du corps du génie. Mais d'Arçon chercha vainement à faire prévaloir son système qu'il avait médité depuis longtemps : celui de la formation d'un corps spécial d'état-major , et de

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la limitation respective des diverses attributions des trois corps à talents ^ l'emporta.

Je fus aussi employé par le comité militaire à différents travaux relatifs à la nouvelle formation de l'armée, alors déterminée d'après l'excellent rapport fait à l'assemblée nationale par Alexandre Lameth.

Les assemblées primaires ayant été formées pour l'élection des juges de paix et autres officiers publics, je fus élu président de celle de l'arrondissement de Corbeil, département de Seine-et-Oise.

Cette formation simultanée des assemblées primaires affermit l'esprit public, dont elle régla les mouvements , mit en pratique les principes et la théorie du gouvernement constitutionnel , donna à toutes les classes de citoyens le sentiment de la vie sociale et des avantages de l'égalité politique. Si l'assemblée constituante en acquit plus de force et de considération , les ennemis du nouvel ordre de choses ne furent qye plus ardents à traverser, par toutes sortes d'intrigues et d'audacieuses entreprises , le succès du grand œuvre déjà presque consommé. Ils essayèrent de renouer en Alsace, avec de plus grands moyens, les trames rompues dans le midi. Au mois de fé^ vrier 1791 , un parti assez considérable d'émigrés réunis à Offembourg, sur la rive droite du Rhin,

48o MISSION EN ALSACE.

OÙ le cardinal de Rohan ^ ancien évéque de Strasbourg ^ s'était retiré, était parvenu à agiter les départements de l'est. Le dissentiment sur la constitution civile du clergé avait servi de prétexte et favorisé puissamment l'intrigue politique qui ne tendait à rien moins qu'à détacher l'Alsace, en livrant aux contre-révolutionnaires les places frontières d'Huningue et de Landau ; et peut-être se flattaient-ils de se rendre maîtres de Strasbourg, dont le commandement était confié à M. de Klinglin , et où le clergé et les moines leur avaient procuré beaucoup de partisans et de secrètes intelligences. Ces intrigues , ces projets étaient liés à celui d'enlever le roi et de le conduire à Metz. Le marquis de Bouille, qui avait le commandement supérieur dans les provinces d'Alsace et de Lorraine , n'était vraisemblablement point étranger à ces dangereuses manœuvres, dont le succès eût allumé la guerre civile et certainement appelé l'étranger jusqu'au cœur de la France. Ces considérations provoquèrent la résolution de l'assemblée nationale d'envoyer en Alsace, dans les départements du Haut et du Bas-Rhin , des commissaires du roi chargés de pleins pouvoirs. Je fus nommé président de cette commission. M. Hérault de Séehelles, ancien avocat général .au parlement de Paris , et M. Foissey , procureur général au par-

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