TROUBLES A MONTAUBAN
absolument me donner une forte escorte de cavalerie; je m'y refusai, et ordonnai positivement à M. de Courpont de ne pas permettre qu'un seul homme de ses troupes dépassât la ligne d'avantpostes que je prescrivis.
En arrivant à Montauban, je me rendis chez M, d'Ësparbès; je lui fis connaître les intentions du roi, l'état dans lequel j'avais laissé M. de Vert^iily et l'inutilité des dispositions qu'il avait faites. Je l'engageai à se retirer dans son château , à quelques lieues de Montauban , prenant sur moi toute la responsabilité des événements. Je fus assez heureux pour qu'il cédât à mes instances , et j'écartai ainsi le premier et le plus grand obstacle à mes projets de pacification.
Je fis rassembler immédiatement la municipalité; j'exigeai que tous les individus incarcérés me fussent remis. Je m'aperçus bientôt de l'embarras des chefs, des mauvaises dispositions de quelques-uns, et des sourdes menées des contrerévolutionnaires qui avaient excité l'insurrection. Un grand nombre de furieux fanatiques entouraient la prison, et demandaient à grands cris qu'on leur livrât les victimes qui leur avaient échappé. Je ne pouvais hasarder d'employer la force armée, le régiment de Languedoc 9 sans risquer d'occasionner un tutnulté qui aurait compromis la vie des prisonniers, et certainement
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allumé la guerre civile, à cause delà proximité de l'armée bordelaise que rien n'aurait pu contenir. Les familles des malheureux incarcérés vinrent se jeter à mes pieds; je leur recommandai, dans le cas où je pourrais délivrer les prisonniers, de les retenir dans leurs maisons, et d'empêcher qu'aucun d'eux n'allât se réfugier dans le camp des Bordelais. Je fis consigner le régiment dans ses casernes, à l'extrémité du faubourg, de Ville- Bourbon ; j'ordonnai à la municipalité de m'accompagner à la prison, qui se trouvait en face d'une église. Dès que je parus au milieu de la foule, il se fit un grand silence. Je publiai moimême, au nom de l'assemblée nationale et du roi, l'ordre de me remettre les prisonniers; je haranguai le peuple, j'excitai la pitié; j'adjurai les prêtres de me prêter leur secours; je fis connaître les dangers dont la ville était menacée, et la ferme résolution de l'assemblée nationale de réprimer ces mouvements séditieux et de détourner de ce beau pays, de cette ville industrieuse, les calamités de la guerre que voulaient allumer les malveillants, les seuls ennemis du peuple.
Profitant à l'instant de l'impression que j'avais produite, je fis sortir de la prison un à un et fis accompagner chacun chez eux par les officiers municipaux et sans autre escorte tous les prisonniers. Cette opération dura près de deux heures.
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La majorité des gens de bien se déclara par des acclamations y et je fus reconduit chez moi avec tous les témoignages de la satisfaction publique. Je fis venir pendant la nuit quelques pères de famille qui me furent désignés comme ayant la plus grande influence. Je leur renouvelai ma recommandation d'empêcher toute communication avec les Bordelais; et cependant ^ malgré mes injonctions^ quelques-uns des plus jeunes prisonniers délivrés, soit qu'ils fussent effrayés et craignissent d'être arrêtés de nouveau, soit qu'ils fussent poussés par l'esprit de vengeance, coururent à Moissac se jeter dans l'armée de Bordeaux qu'ils excitèrent à se porter sur Montauban. Le lendemain matin , d'autres jeunes gens de l'armée bordelaise se hasardèrent à venir à Montauban. L'un d'entre eux ayant été reconnu fut saisi par des furieux : ce fut avec beaucoup de peine qu'on parvint à l'arracher de leurs mains et à le conduire au palais de justice^ situé près du pont sur le Tarn. Le peuple s'ameuta et voulut l'enlever de cet asile ; j'y courus à l'instant avec mon aide de camp, mon beau-frère. J'employai tous mes efforts à calmer le peuple et à lui faire sentir les conséquences de cette violation ; je crus y avoir réussi , et je traversai la foule, tenant ce jeune homme sous le bras pour le conduire au delà du pont et le faire partir de-
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vant moi pour Moissac; mais, lorsque je fus au piilieu du pont, un flot de ces misérables se pressant autour de nous et hurlant des cris de mort, je pris ce jeune homme dans mes bras, et , le serrant étroitement, je tâchai de m'ouvrir un passage. Quelques braves citoyens s'efiforcèrent de nous aider pendant que les séditieux , les renversant pour arriver jusqu'à nous, criaient : Il n'j a quà les jeter tous trois à la rivière. C'est ainsi que nous traversâmes le pont.
' Comme j'entrais dans le faubourg, un postillon, dépêché par le commandant de Tarmée bordelaise, M. de Courpont, arriva jusqu'à moi au galop et me remit un paquet. Ceci fixa l'attention; je pris la lettre, je l'ouvris sur-le-champ, et, jetant un coup d'œil sur les premières lignes, je vis qu'il me prévenait de la fermentation que l'arrivée des prisonniers avait excitée parmi les troupes ; je n'hésitai point à lire cette dépêche tout haut dans un sens tout contraire à sa teneur, c'estrà-dire que je publiai à haute voix des félicitations, des assurances de paix et de fraternité. Des applaudissements éclatèrent, et je profitai de ce changement soudain dans la disposition des esprits pour dégager mon prisonnier et l'envoyer à la caserne, à l'extrémité du faubourg, sous la seule escorte de mon aide de camp Delarue. Je dépéchai ensuite celui*ci à
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Moissac pour annoncer que la tranquillité était parfaitement rétablie à Montauban^ et que je renvoyais le jeune homme qui s'était compromis; les Bordelais se retirèrent dès le lendemain et retournèrent à Bordeaux.
Je reçus, peu de jours après, la réponse du ministre et la patente qui m'investissait du commandement des trois provinces; je me rendis immédiatement à Toulouse , et je descendis d'abord à la maison commune, le Capitole, où M. de Lautrec était gardé à vue, et menacé par une foule de peuple assemblé sur la place et qui demandait sa tête. Ce respectable vieillard était calme , et sa fille )e tenait embrassé ; elle se jeta presque à mes genoux. La municipalité était rassemblée; je fis connaître les ordres du roi et le décret de l'assemblée nationale qui réclamait M. de Lautrec et le rappelait à Paris, ^annonçai que j'allais le faire partir, et qu'il devait être escorté par la garde nationale. La journée se passa dans une grande agitation. Je fus prévenu que M. de Glarac, officier général, devait, le lendemain , se mettre à la tête de la partie de la garde nationale toute dévouée aux anciens parlementaires pour enlever de vive force M. de Lautrec, et qu'un grand nombre d'habitants de la campagne devait entrer dans la ville et se joindre à lui pour exécuter ce coup de main.