MISSIOir EN ALSACE
Bouille ne me répondit poipt, resta à Metz, et se borna à donner à M. de Kiinglin des instruc^ lions ostensibles.
L'arrivée des commissaires du roi ranima le parti constitutionnel 9 à la tête duquel étaient M. Dietrick, maire de Strasbourg, et les plus notables citoyens de cette ville , où le patriotisme le plus pur et le plus sage a constamment lutté contre les partis extrêmes. Nous fûmes accueillis par M. de Kiinglin avec beaucoup de politesse; il acquiesçait à toutes nos demandes lorsqu'il était nécessaire d'employer les troupes et les moyens de baute police militaire, mais c'était toujours avec une froide réserve, à travers laquelle il était facile d'apercevoir ses opinions et son dépit. Nous appelâmes auprès de la com*mission les curés des diverses paroisses, et je les adjurai d'employer leur ministère à calmer les esprits. Je fus du moins satisfait de leur soumission, et quelques-uns d^entre eux nous, aidèrent de bonne foi. Je poursuivis sans pitié les moines de toutes couleurs qui colportaient les mandements du cardinal et les proclamations des émigrés ; je les faisais arrêter et fouiller sur les routes par des patrouilles de gendarmerie, et on les ramenait ensuite dans leurs couvents. Cette vigilance suffit pour intercepter et rompre les correspondances d'outre-Rhin, et nous n'eûmes
point à faire crautrea actes de sévérité. Une seule comniunâuté de Strasbourg , celle des récoltets^ voulut évacuer son couvent et se dirigea procèssionnellement vers le pont du Rhin, ayant en tête les croix que Ton portait renversées. Ils furent reconduits dans leur couvent, avec Tordre de n'en point sortir. J^ mandai le père gardien^ homme d'esprit, et je parvins à le convaincre qu'après cet acte fanatique de soumission à son ancien évéque il devait se soumettre à la loi de son pays..
Cependant des troubles plus âérieux s'étaient élevés à Colmar, chef-^lieu du département du Haut-Rhin. Lés prêtres insermentés et les moi* nés y avaient attiré un rassemblement de mécon* tents; et le vicomte de Mirabeau, appelé Mira* beau Tonneau y qui avait quitté l'assemblée, et s'était réfugié à Offembourg , où il formait une légion, venait de jeter dans Colmar une troupe de ces bandits. Le prince de Rroglie et l'avocat Reubell, députa de l'Alsace, avec lesquels j'étais en correspondance, nous engageaient d'aller le plus tôt possible à Colmar pour donner de. la confiance aux patriotes et prévenir une explosion. Je m'y rendis avec mes deux collègues. A peine étions-nous descendus dans une auberge sur la place, vers huit heures du soir, qu'un rassemble-^ ment considérable arrivait par trots rues à la fois,
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en vociférant des cris : ^ bas les jacobins! à bas les commissaires! et menaça d'assaillir le pelotan de gardes nationales qui était devant la porte de l'auberge. Je pris à l'instant le parti de faire iUuminer toutes les croisées de l'auberge, et j'engageai mes collègues à se montrer avec moi à la fenêtre de l'appartement que nous occupions. 11 y eut un moment de silence, et j'adressai quelques paroles à cette foule ameutée , parlant au nom du roi et de l'assemblée. Mes collègues firent la meilleure contenance; la garde nationale tint bon, et écarta pour quelques instants les plus furieux qui voulaient pénétrer dans la maison. Quelques voix s'écrièrent : Tirez sur eux! Pendant ce temps-là, la garde nationale se rassemblait; tout à coup une troupe de bateliers de l'île, armés de leurs gaffes et conduits par un de leurs principaux patrons, nommé Stockmayer, déboucha par la rue du côté du faubourg sur la route de Mulhausen , et fondit sur les séditieux qui furent dispersés en un instant. Nous fumes dégagées , et les autorités prirent sans opposition toutes les mesures nécessaires pour maintenir la tranquillité publique. Le brave . Stockmayer reçut nos remercîments et les félicitations de ses concitoyens. Les brigands, qui avaient déjà pris le nom de Compagnie d'Artois, sortirent de la ville et ne reparurent plus. Nous retournâmes à
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Strasbourg où le général Kellermann ne tarda pas à arriver pour prendre le commandement des troupes dans les deux départements. Sa fermeté et son patriotisme neutralisèrent l'influence du commandant de Strasbourg et donnèrent de la confiance à ceux des autres places fortes. Je fus informé que des pourparlers, entre des officiers supérieurs de la garnison de Landau et les émigrés cantonnés à Worms, faisaient craindre que cette place importante ne fût livrée à l'ennemi; je m'y rendis avec le général Kellei'mann; et, dans la nuit même de notre arrivée, ces officiers supérieurs, avec le plus grand nombre des autres, émigrèrent. Le général se rendit avec moi à. la société des Amis de la constitution; nous relevâmes le parti des patriotes, et l'ordre fut complètement rétabli. Le général Kellermann s'assura de la fidélité des officiers qui étaient restés; celle des sous-officiers et soldats ne fut jamais équivoque.
Les mêmes inquiétudes et la même issue eurent lieu à Huningue. J'avais auprès de moi, dans ces excursions, le jeune Desaix, alors lieutenant dans un régiment d'infanterie en garnison à Strasbourg; il s'était offert pour me servir d'aide de camp avec mon beau-frère Delarue. Desaix était fort lié avec ma famille; son caractère, son dévouement à la cause de la liberté.