‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836 (volume 2)Chapitre 97 sur 102 · COMMANDEMENT DE METZ. DI · texte numérisé non relu

COMMANDEMENT DE METZ. DI

n'appartînt au roi seul. S'il n'en eût été ainsi ^ lui aurait-on présenté le choix des deux positions?

Ce que je trouvai de plus important parmi les papiers de M. de Bouille, ce fut la correspondance du général Heymann pendant son dernier séjour à Paris, où M. de Bouille l'avait envoyé pour prendre les ordres du roi relativement à son voyage , et pour arrêter la disposition des escortes de cavalerie qui devaient assurer son passage jusqu'à la frontière. Cette correspondance, si elle eût été connue, aurait compromis plusieurs personnes qu'on ne soupçonnait pas alors d'avoir été dans le secret du voyage du roi. Le général Heymann , que M. de Bouille avait éloigné du point où sa présence, son expérience, la vigueur de son caractère, auraient certainement assuré le succès de son entreprise, le général Heymann avait été envoyé à Sarrelouis, et se trouvait ainsi à vingt-cinq lieues de Varennes, au moment décisif. Dès qu'il apprit l'arrestation de la famille royale, il émigra et se rendit à Berlin. Madame Heymann était restée à Metz. Je lui fis dire par un officier en qui j'avais toute confiance que j'avais trouvé et bmlé toute cette correspondance; j'en fis de même de beaucoup d'autres lettres et billets de différentes personnes et relatifs à la même affaire. Je fus en cela fort

5aO FIN DE l'assemblée GONSTITITANTE.

approuvé par M. de Bel mont et par meâ amis. Peu de temps après , madame Heymann me fit communiquer une lettre de son mari, dans laquelle il se plaignait amèrement de M. de Bouille, et regrettait que , par des motifs selon lui trèsblâmables, il eût écarté du lieu de la scène celui dont les services et la résolution devaient y être le plus utiles. « Certes, disait Heymann, avec « une poignée de mes hussards j'aurais ouvert le tf passage à la famille royale, même en lui fai- <K sant traverser la Meuse à la nage, si je n'avais « pu forcer la barricade du pont. »

J'étais alors bien loin de penser que ma position , dont j'étais satisfait avec raison , dût changer si prochainement. L'assemblée constituante venait d'achever ses travaux. Elle avait renversé ou aplani beaucoup d'obstacles; elle avait posé les véritables fondements d'une monarchie représentative, que les plus fortes commotions n'ont pu arracher du sol de la France rendue à la liberté , et qui , quels que puissent être les événements, même les changements de forme, dureront aussi longtemps que l'existence des Français en corps de nation ; mais l'assemblée constituante avait laissé son œuvre imparfaite, par V cela seul qu'elle avait décrété la non-réélection \^ de ses membres à la prochaine assemblée législative. IjSl loi fondamentale n'avait d'autre appui

FIN DE l'assemblée CONSTITUANTE. 5^1

que les croyances populaires ^ aussi mobiles que les vents et les flots» Le voyage du roi avait décrédité le pouvoir exécutif, déjà trop affaibli ^ parce qu'il avait fallu vaincre sa résistance au vœu de la nation. La nouvelle constitution allait donc être exposée sans défense aux attaques des deux factions , celle des républicains et celle des aristocrates. L'une et l'autre avaient un égal intérêt à la détruire. Les passions opposées qui les animaient les portaient aux mêmes excès, aux mêmes fureurs. C'était ^ du côté des républicains, le délire de l'amour de la liberté; et, du côté des aristocrates , la plus profonde haine de toute espèce d'institution libérale. Les membres les plus éclairés de l'assemblée , ceux-là même qui s'étaient montrés les plus courageux quand il avait fallu attaquer les abus dans leur toute-puissance ( et c'était dans cette honorable minorité que se trouvaient mes amis Barnave, Lameth, la Fayette et Duport), s^étaient consumés en vains efforts pour faire rapporter ce funeste décret de la non-» réélection. Duport, surtout, avait prononcé sur cette question vitale un discours aussi solide que brillant, et malheureusement prophétique. Il ne restait plus d'autre espoir aux constitutionnels que dans le bon choix des nouveaux députés à la prochaine législature.

L'agitation était extrême dans les assemblées

5a a ÉLECTION

électorales; les aristocrates grands propriétaires s'étaient abstenus d'y paraître ; les patriotes étaient divisés; l'esprit de défiance, universellement répandu , favorisait les plus ardents. Les constitutionnels, amis constants d'une sage liberté, n'obtenaient que difficilement la majorité des suffrages. Je ne pouvais me trouver aux élections du département de Seine-et-Oise ; je n'en eus même pas la pensée; j'acquittais autrement ma dette envers la patrie , et j'ignorais que mes amis m'eussent fait porter sur la liste des candidats. Je savais d'ailleurs que l'assemblée de Versailles était presque entièrement dominée par de fougueux révolutionnaires, tels que Lecointre et le curé Bassal, qui furent élus députés. Je fus donc très-surpris d'apprendre ma nomination; et quoique l'on m'eût aussi donné pour collègues des hommes très-honorables, j'étais disposé à ne point accepter. Je reçus, par le même courrier qui m'apporta la nouvelle de mon élection , l'avis que le ministre de la guerre Duportail , dont la santé déclinait et qui voulait se retirer, devait me proposer au roi pour le remplacer. D'un autre côté, mes amis me pressaient, m'adjuraient, au nom de la cause que nous avions embrassée et de nos sentiments communs, d'accepter le poste où le danger était plus pressant. Je me rendis à leurs instances, et quittai avec les plus vifs re-

A l'assemblée législative. 5!23

grets le commandement de Metz et la carrière qui, sous tous les rapports , me convenait mieux que les fonctions législatives.

FIN DU premier VOLUME.

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