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désigné pour commander à Metz la première subdivision, et je reçus avec les instnictions du ministre de la guerre, M. Duportail, l'ordre de m'y rendre sans délai. La garnison de Metz, composée de quinze bataillofls de troupes de ligne, de trois bataillons des gardes nationales de la nouvelle formation, et d'un régiment d'artillerie, était dans un état de fermentation qui donnait de l'inquiétude au gouvejpnemeut. L'arrestation de la famille royale à Yarennes ayant fait échouer le plan conçu par M. de Bouille, la garnison de Metz, abandonnée à elle-même par l'émigration de ce général, tomba dans la plus grande confusion. Les services distingués du marquis de Bouille, ses belles qualités militaires lui avaient acquis l'estime et la confiance de l'armée; mais sa conduite équivoque pendant les troubles de l'Alsace, et surtout l'affaire de Nancy, l'avaient rendu très-impopulaire et suspect aux amis de la liberté. Il comptait entraîner toutes les troupes qui se trouvaient sous son commandement; il maintenait la discipline parmi les sous-officiers et les soldats f il ne les fatiguait ni par le service ni par les exercices; il captait les officiers, et s'était assuré de leur dévouement. En effet, peu de jours après que l'arrestation du roi et l'émigration de M. de Bouille furent connues à Metz, le plus grand nombre des officiers
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des corps qui composaient la garnison snivit ce funcfite exemple, excepté toutefois Tartilleriie qui ne perdit que très-peu d'offîcîers. dette dé* fection ne produisit pas tout l'effet qu'on s'en était promis : ces officiers ne furent imités ni par les soufiH>fficiers ni par les soldats ; aucun corps ne fut désorganisé; mais les liens de la discipline se relâchèrent, <et l'influence des sociétés populaires se fit promptement sentir.
I^e jour même de mon arrivée à Metz, lorsque je descendis chez M. de Belmont , on venait de rendre compte à ce général que le régiment aile* mand de Nassau, caserne au quartier Chambiéres, était en pleine insurrection et ne Toulait point exécuter l'ordre qu'il avait reçu de se rendre à Nancy. M. de Belmont m'ordonna d'aller sur-le^ champ à cette caserne ^ et m'autorisa à prendre les moyens que je croirais les plus sages pour arrêter ces mouvements séditieux , et réduire le$ muiins à l'obéissance. Je pris avec moi deux pi-» quets de cinquante chasseurs du douzième régi-» ment, que je plaçai aux portes du quartier Oham-» bières pour le tenir bloqué et empêcher toute communication avec la ville et le reste de la garnison. Je trouvai dans la cour de la caserne les membres de la municipalité et un assez grand . nombre de citoyens qui s'efforçaient de persua* der à la troupe révoltée de se soumettre et de ne
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pa$ troubler, par une plus longue résistance , la tranquillité publique. Je fis 5ur4e^hamp battre le rappel, et, le régiment étant en bataille, je fis former Je cercle ^u% officier^ et s(HifiK)fficiers. J^ déclarai à ces derniens qu'ils étaient responsa^^ bips de robéis^^nce du soldat , at que personOve ne sortirait du quartier jusqu'à ce que le régiment fut rentré dans le devoir et prêt à partir conformément 4im <)rdre$ du roi. Le cercle ro^ipu, j« fis çpiomaqder par Kinajor, suml pffiçiiQr pupérieur qui s'y trouvât , de mettre le$ armes aux faisceaux, de rompre les rang/9 et de rentrer dans les chambrées ; ce qui fut ei^cuté sans qu'il éclatât aucun murmure* J'employai ensuite les gens de garde à enlever les fai»çaau% et à renfermer les armes dans une chambre où j'établis un poste avec la consigne de ne laisser approcher aucun soldat. Avant de me retirer, je prévins Je major que je ne permettrais de déli» \r^r leç armes que lorsqu'il pourrait me répondre de la parfaite obéi^anoe de la troupe; que jus^ que-là le quartier resterait bloqué par la-cav^ leriç, enfin que, ci le lendemain les choses étaient ef^cprç dans le même état, 1^ général comman^* dant la diyisipn prendrait d'autres mesures. Immédiatement aprè^ j^ fis évacuer la caserne par les citoyens qui avaient accomp^gfié la munici'^ palité.
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Dès le soir, je reçus l'assurance d'une entière soumission , et le lendemain à la pointe du jour le régiment fut mis en marche pour Nancy. Ce petit succès me concilia la bonne opinion du soldat et la confiance des habitants de Metz. Chaudement appuyé par le parti patriote , je secondai d'autant plus facilement les efiforts de M. de Belmont pour le rétablissement de la disciphne, de l'instruction et du bon esprit des troupes placées sous son commandement, soit à Metz, soit àThionviile ou dans les autres places de la division .
Après que j'eus achevé la visite des quartiers, pris connaissance de la situation des divers corps, et complété les cadres en remplaçant par des sous-officiers les officiers émigrés, je fis reprendre l'instruction parTécole de bataillon, et seulement pendant quelques jours, pour ne pas ennuyer les soldats; et lorsque pour la première fois je fis manœuvrer au polygone par régiment et par brigade, le maniement des armes, les feux, les moindres mouvements de détail aussi bien que les grandes manœuvres, tout fut exécuté avec une attention , une précision qui ne laissaient rien à désirer : oii ne s'aperçut point du manque d'officiers. Dès ce nioment , il fut aisé de prévoir que, loin d'entraîner la désorganisation de l'armée, la perte d'un si grand nombre d'officiers
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serait promptement réparée. Cette première épreuve du zèle et du bon esprit des troupes m'encouragea à proposer à M. de Belmont de réunir toute la garnison pour l'exercer au dehors de la place à des marches-manœuvres , à plusieurs applications au terrain et à diverses suppositions d'offensive et de défensive suivant les différentes armes. Ce genre d'exercice , le plus profitable à l'instruction des officiers supérieurs , et qui intéresse et amuse l'officier autant que le soldat, ne m'était pas moins utile en mon particulier. Je reconnus (et l'expérience de la guerre m'a de plus en plus affermi dans cette opinion) que la perfection de l'instruction mécanique, pour laquelle en temps de paix on ne cesse de fatiguer, d'ennuyer et d'user les hommes, est la chose la plus inutile, la plus nuisible à la conservation de l'esprit militaire et la plus contraire au caractère national. Ceux de nos généraux qui ont commandé des corps d'armée dans des batailles rangées contre les troupes de l'Europe le plus méthodiquement exercées professent la même opinion. J'ajouterai que cette manie de perfectionnement des détails, dont le résultat le plus positif n'est qu'une vaine satisfaction de parade, est le plus grand obstacle à l'établissement d'un bon système d'organisation d'une armée nationale. Les chefs qui veulent se faire valoir atta- I. '33
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chent à ces futilités toute l'importance de la discipline et de l'obéissance passive; occupant continuellement l'officier et le sô|/jat de détails oiseux, ils croient influer sur leur moral. Ils fe- , raient volontiers abstraction de leur intelligence, espérant les isoler ainsi de la masse des citoyens. On ne veut concevoir d'armée permanente, toujours si nécessaire à un grand État, que dans l'existence d'un grand nombre et du même nombre xle soldats présents sous les armes, et, dans ce système dispendieux, on exclut comme forces surabondantes et même comme auxiliaires dangereux, des réserves de vétérans et de gardes nationales.
L'objet dont je m'occupai le plus soigneusement pendant que je commandais à Metz fut la première formation d'une compagnie d'artillerie à cheval. J'avais fort à cœur d'y réussir, et je savais que je rencontrerais de grands obstacles même de la part des principaux officiers d'artillerie. Les avantages de l'artillerie légère étaient trop évidents, trop bien prouvés par l'expérience dans l'armée prussienne pour qu'on pût les contester, mais on différait d'opinion sur le mode. Fallait-il adopter les Wurtz, comme le proposaient les anciens officiers les plus renommés? fallaitil , comme je l'ai toujours pensé, mettre à cheval les canonniers, afin qu'ils pussent, sans embar-
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ras y sans graves accidents et arec la plus grande célérité, suivre le mouvement de leur pièce? Persuadé que ce dernier mode était préférable , j'avais obtenu du ministre l'autorisation d'en faire l'essai à Metz pendant qu'on tentait à Strasbourg celui des Wurtz.
La conduite équivoque des divers cabinets ^ les intrigues des émigrés , leur agitation dans les électorats du Rhin, motivaient suffisamment de premiers préparatifs de guerre de la part de la France, tels que la levée des soixante bataillons de gardes nationales et l'achat de chevaux pour le service de l'artillerie. Le fournisseur Lanchère venait d'amener à Metz huit cents chevaux levés dans les Vosges et en Suisse ; il me fut permis d'en choisir deux cents. Après avoir pris les cent plus forts chevaux de trait, je fis choix sur toute la remonte de cent autres chevaux les plus maniables, les plus légers, ou, si Ton veut, les moins lourds. Je demandai au régiment d'artiU lerie cinquante cavaliers de bonne volonté, et je pris aussi dans le douzième régiment de chasseurs à cheval commandés par le comte de Latour-Maubourg, cinquante chasseurs. J'organisai ensuite cette compagnie de cent hommes, dont je donnai le commandement à deux officiers d'artillerie, le capitaine Barrois et le lieutenant Debellé, qui, malgré l'opposition de leurs chefs et de plusieurs
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de leurs camarades, répondirent à mon invitation et s'offrirent de bonne volonté. Quelques sousofficiers d'artillerie et des chasseurs imitèrent cet exemple. Ayant distribué les chevaux et pourvu à tous les détails d'armement et d'équipement, j'établis entre les canonniers et les chasseurs une véritable école d'enseignement mutuel d'équitation et de canonnage. Leur émulation et leurs progrès réciproques passèrent mes espérances. Après six semaines d'exercice , les brave» officiers qui m'avaient secondé, et qui depuis acquirent tant de renommée dans cette arme nouvelle, me répondirent que la compagnie d'artillerie légère était tout entière suffisamment instruite pour manœuvrer en ligne. Ten fis l'épreuve dans une grande manœuvre, sur le terrain connu sous le nom de Camp de Richemont, entre Metz et Thionville. Je fus étonné de la promptitude et de la précision des mouvements des deux batteries, soit pour prendre diverses positions sur les terrains les plus accidentés, soit pour passer de la droite à la gauche de la ligne de bataille, afin d'appuyer les ailes dans les changements de front. Je ne fus pas moins satisfait d'obtenir le suffrage des officiers d'artillerie qui avaient le plus douté du succès, et particulièrement celui du colonel Senarmont.
Si j'ai rapporté ici les détails de cette forma-
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tion de la première compagnie d'artillerie à cheval qui ait existé dans l'armée française , ce n'est que pour revendiquer et conserver à ma mémoire l'honneur d'avoir rendu un utile service à mon pays.
Les officiers parvenus aux grades supérieurs par leur service dans l'état- major de l'armée, lors même qu'ils ont commencé à servir, comme je l'avais fait, dans les différentes armes, trou<vent rarement l'occasion de s'exercer au commandement d'un corps de troupes un peu considérable; je profitai donc de celle qui m'était offerte pour me fortifier dans cette partie la plus essentielle de la science militaire. J'étais satisait de ma position, au delà de laquelle je ne formais aucun souhait; confiant dans l'avenir, espérant que la nouvelle constitution ne manquerait pas d'établir solidement l'ordre et la paix publique, tout entier à mes devoirs, je ne fus jamais plus heureux. Ma belle-mère et ma femme étaient venues me joindre avec mes deux charmantes petites filles, et faisaient les honneurs de ma maison. Je passai ainsi à Metz le reste de l'été. Ma conduite mérita l'approbation du général commandant la division et celle du ministre; elle justifia l'estime de mes amis et répondit à leur attente.
J'ai dit plus haut que M. de Belmont me trair
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tait avec la confiance la plus bienveillante ^ il in en donna une preuve en me chargeant d'examiner les papiers que M. de Bouille avait laissés sur son bureau et dans quelques cartons; le désordre qui y régnait témoignait assez de la précipitation avec laquelle il avait dû quitter son quartier général pour accourir au-devant du roi ; aucune autre personne que M. de Belmont n'était entrée depuis dans ce cabinet. J'aperçus d'abord sur le bureau une carte de la frontière, comprenant le cours de la Meuse et celui de la Moselle (réduction de la carte de Cassini). Au point de Montmédy étaient attachés deux papillons superposés. Sur le premier était tracé un camp , au-dessous et sous le canon de Montmédy, et par conséquent en deçà des limites; sur le second, le camp était dessiné au delà des lirnites, entre Arlon et Montmédy. J'ai conservé cette carte qui décèle le projet qu'avait M. de Bouille, de donner au roi l'option de l'une ou de Vautre position, ce qui, dans mon opinion, prouve la vérité de la déclaration de Louis XVI. Oq ne peut douter que le dessein de faire sortir du royaume toute la famille royale n'appartînt tout entier aux instigateurs de l'intrigue, mais que celui de rester isolé et libre de ses mouvements, dans une place de l'extrême frontière, sans la dépassjer, enfin de ne point abandonner la France,