‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 30 sur 112 · AUDIENCE OU PREMIER CONSUL · texte numérisé non relu

AUDIENCE OU PREMIER CONSUL

de servir. Et à cette occasion reprenant le sujet de sa conversation y lors delà première audience qu'il m'avait accordée après mon retour du Holstein, il s'applaudissait du succès de ses efforts pour rapprocher , par l'exercice de diverses fonctions, par la nécessité du travail commun, les hommes des divers partis, cr Mais, « ajoutait-il, il y a des esprits aigris, des souve- « nirs implacables, qui font beaucoup de mai. « Dites-moi, par exemple, quel est ce colonel (c Ramel qui commandait votre garde du corps a législatif? il a écrit un mémoire sur le i8 fnic- « tidor, et sur les exilés de Sinnamary, qui est un « vrai brandon de discorde. »

Je répondis d'abord à la première question, et de la manière la plus juste et la plus honorable, sur les bons services et le caractère du brave colonel Ramel; et quant à son mémoire : — « Je puis attester, général, qu'il n'en a pas (c écrit une ligne; voici le coupable! Indigné des tt calomnies par lesquelles on avait surpris votre « religion, et croyant utile de faire coniMiitre le (C traitement barbare que le directoire avai|t.in- « fligé aux victimes de sa politique , je m'eaipa* « rai de la relation verbale de Ramel, et pub^ . a ce mémoire sous son nom.

— « Il n'est que trop bien écrit; mais vous « n'avez pas fait là une bonne action : n'en par-

DÉNONCIATION DE LARMlSTIGlf. igS

« Ions plus. Retournez en Suisse sans perdre un « instant. Vous passerez le Splûgen : quand on «le veut bien y on passe toujours. Emportez « avec vous cinq cent mille francs en or que j'ai ff fait disposer pour Farmée des Grisons. »

Je fis diligence pour rendre compte au général Macdonald du résultat de la mission qu'il m'avait confiée, et de la détermination du premier consul. Le général en chef ne se dissimula pas que le rôle secondaire qui lui était réservé n'offrait que d'immenses difficultés, des périls sans éclat, peu de chances de succès, et une faible part à la gloire des armes.

Uarmistice fut dénoncé aux avant-postes autrichiens le 8 octobre; les hostilités devaient commencer le aa. Les troupes de l'armée des Grisons sortirent de leurs cantonnements pour se porter sur la ligne du Rhin , de Coire à Rheineck, à la tête du lac de Constance, occupant toute la vallée depuis Coire jusqu'à Rheineck, où le quartier général fut établi le 1 8 novembre. Le général Macdonald avait fait jeter un pont do bateaux prés de Rheineck; il fit relever et étendre la tête de pont sur la rive droite, pour assurer la communication avec Feldkirch, comme aussi son point de retraite. Pendant que ses divisions remontaient la rive gauche, et défilaient sur le pont de Zoll-Brùck, pour se porter sur lU. iS

194 ENTRKK K\ CAMI>.\G\K.

Coire, il se rendit à Feldkirch, fit rép.arer les routes du Vorarlberg et multiplia ses reconnaissances. Ces démonstrations et celles qu^il faisait faire en même temps dans la vallée de la Lanqiiart et dans le haut lingadin^ persuadèrent à Tennemi que son dessein était d'attaquer le Tyrol occidental 9 de forcer les retranchements de San-Martins-Brûck et de pénétrer au cœur du Tyrol par la grande communication de Landeck.

Comme je ne rappelle dans ces mémoires et ne rapporte* avec détail que les événements et les faits particuliers auxquels j'ai pris une part per^ sonnelle, et dont je fus témoin oculaire, j'ai dû me servit* des notes que j'avais recueillies dans les différentes positions où je me suis trouvé, et dans les diverses fonctions politiques ou militaires que j'ai remplies dans le cours de ma longue carrière : ici, par exemple^ je puise dansla relation que j'ai donnée de la campagne de l'armée des Grisons, au cinquième volume A\i Précis des événements militaires y le narré presque textuel des mouvements dont le général Macdonald me confiait la direction.

Ayant attiré sur sa gauche l'attention des généraux autrichiens, le général Macdonald acheva son mouveuient et ccmcentra ses divisions entre Coin» vX iMayenfold. La division du général Rey,

|rois ■hrmi

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vait cell.

rOSITIONS DE LAIIMKE. I9'

qui occupait Fetilkirch et les postes de la valléi (le l'tll, y fut remplacée par un petit corps dô I trois mille hoinmes détnclii- de Va\\e dmitp d« ép du Rliiii.

La convention d'armistice avait neiiti-alisè toute la partie du pays des Grisons qui se trouvait entre la ligne des Français sur le Rhin, et ] celle des Autrichiens sur i'Arlbcr^. I^ ville dé ] était en avant de la ligne au pied des Aipet j s^^arentles torrents affluents k l'Inn de ceux! qui tombent dans le Bhin ; et comme les avant-" i postes autrichiens étaient prés des sommités, et que les habitants dit pays, dont len principates'l ftont établies à Caire , favorisaient leurs ] inces, et se préparaient à seconder lei iques, cette neutralité n'était qu'illusoire pour I Français : le général Mfl«lonald ne pouvait 1 imuler sa marche vers les sources du Rhin 'en ftiisant occuper fortement les meilleurs tesi la tète des vallées. Dès qu'il eut fait dénoncer l'armistice, il ordonnai au général Morlot de faire filer une petite colonne tlans la vallée delà I^nquart, et de s'emparer de (ialihur et de Zu m-Kloster, pendant que le général Vaux, partiint de Coire avec na brigade, occuperait Davos, Lenz et Stalla , seuls débouchés de l'En- ^^dtn dans la vallée des Grisons.

Hmdatit que le général MncdmuilH prolongeait

IgO DIVISION DES C<>MMANI>r.MrN1'S.

son séjour à Riieineck, et d:nis la basse vallée, pour mieux tromper l'ennemi, et conserver le plus longtemps possible un si faible masque, il luttait péniblement contre la plus grande «lifficulté, celle qui, le plussouvenl, fait éclioiier de semblables entreprisesj'lfttrassemblement des vivres et les moyens de' transport. Il ne se rendit À Coire que lorsque nous fûmes assurés de pouvoir faire distri^er à cbaqne soldat quatre ou cinq rations de biscuit. C'était beaucoup que d'obtenir ce faible approvisionttenjent.

I,e général Macdonald, en arrivant à Coire, distribua ses troupes.de Nt-^maniére la plus convenable à la guerre âk montagnes, dans lai||iellela inul^ilicilé des masses et des commandements, nuisible dans les pays ouverts, est au contraire un avanlage, et|iresqiie toiijonrîun moyen sûr d'en imposer à l'ennemi. Plus il y avait d'espion:« ■ et d'intelligences dans le pays, et pins leurs rapports étaient trompeurs. On comptait les étatsmajors divisionnaires qui sont en évidence dans les quartiers généraux , mais on pouvait à peine conjecturer vaguement sur le nombre et la force des divers corps disséminés dans d'étroites vab lées, où la fréquence des mouvements trompait les yeux les plus vigilants.

Macdonald forma autant de divisions avait de généraux de ce grad

PREMIERS BIOUVEMENTS. I97

damme remplaça le général Grouchy , appelé à larmée du Rhin , et prit le commandement de l'avant-garde ; le général Baraguay-d'Hilliers cetiii de la première division ( j'ai dit plus haut que cette division avait déjà passé dans la Valteline ) ; le général^PuUy la seconde ; le général Morlot la troisième; le général Rey la réserve d'infanterie, et le général Laboissière celle de i^avalerie.

Le général Baraguay-d'HiUiers reçut l'ordre de conserver ses positions dans' la Yalteline, de porter un fort détacb^ment jusqu'au delà de Bormio , pour inqinéter . l'ennemi y et garder soigneusement tous les débouchés de l'Engadin.

La troisième division , celle du général Morlot , fut destinée à former Tarrière-garde ; elle devait rester cantonnée à Coire et dans les environs, jusqu'à nouvel ordre, et garder les postes et les passages sur les sommités , afin de couvrir la marche du reste de l'armée par la via mala , dans la vallée du Rhin postérieur ( hinter^Rkein ). Avant de s'engager dans ce redoutable défilé , le général Macdonald, pour assurer son point de retraite, fit rétabHr le double pont de Reichenau , sur les deux bras du Rhin, et conserver cçux au-dessous de Coire.

Chargé d'ouvrir la marche , je me rendis à

198 MAKCHR SUR SPLUGEN.

Tusis, au pied des glaciers ^ avec le général Verrières, que le général Sorbier, commandant Tartillerie , avait détaché pour préparer, soas ma direction , les voies pour le passage et les mqjrens de transport. Nous arrivâmes à.Tusis lea4 no* vembre, précédés de trois compagnies de sapeurs , dont les travaux ne purent rendre au delà de ce village la route praticable pour les voitures. Toutes celles de l'artillerie furent démontées pièce à pièce , et placées sur des traîneaux du pays, plus étroits et plus légers que ceux que nous avions fait construire. On attela des bœu& à ces traîneaux; les munitions furent chargées à dos de mulets; et, comme ces moyens de transport , rassemblés avec tant de peine, étaient encore bien insuffisants , je donnai l'ordre de faire distribuer à chaque soldat^ déjà surchargé du poids de ses armes, de son sac et de ses vivres pour cinq jours, dix paquets de cartouches , indépendamment de l'approvisionnement ordinaire de la giberne.

La division de cavalerie sous les ordres du général Laboissière se mit en marche pour suivre Tartillerie. Cette division se composait du 10^ de dragons, du premier régiment de hussards, et du I a^ de chasseurs : elle arriva, le a6 novembre, au village de Splùgen , après avoir passé^ sans accident, les défilés de la via mah. Je Ty avais

PASSAGE DU SPLLGf-N. I99

précédée avec le général Verrières et les premiers traîneaux d'artillerie.

Je supprime à regret, dans ces mémoires , la description topographique des accès du monl Splùgen , par Tétroite vallée du Rhin postérieur, et de ses revers du côté de l'Italie, description que j'ai insérée dans le Précis des événement' militaires j pour faire mieux connaître et apprécier les difficultés de cette audacieuse entreprise. Cette description, quoique très-succincte, dépasserait le cadre dans lequel je m'efforce de resserrer mes nombreux souvenirs.

Le 27 novembre, le temps paraissant calme, je mis en marche la colonne de cavalerie pour essayer de gravir le glacier du Splûgen. J'avais rassemblé les guides les plus expérimentés; ils marchaient en avant de la colonne et jalonnaient le sentier. I^s travailleurs qui les suivaient, déblayaient et foulaient la neige. Le général Lahoissière çt moi nous les excitions : on avançait difficilement, le jour baissait, et la colonne avait à peine gravi la moitié de la sommité, lorsque le vent d'est s'éleva tout à coup. Les guides et les travailleurs luttaient au milieu des nuées de neige et de glace pulvérisée ; une énorme avalanche, se détachant de la crête la plus élevée, roulant avec fracas, et glissant avec la rapidité de l'éclair, emporta trente dragons à la tête de

200 PASSAGE DU SPLIJGF.N.

la colonne; ils furent, avec leurs chevaux, entraînés dans le torrent, fracassés contre les ro<» chers, et ensevelis sous les neiges. Je venais de quitter le général Laboissière, et je m'occupais (le faire serrer la colonne : je n'étais pas à plus de cent cin({uaute>f|fis, et je crus un instant que le général et les officiers qui l'accompagnaient avaient aussi été eif)ik|^rtés par l'avalanche : mais je les aperçus, ainsi que quelques dragons et les guides, au delà de la ma|!i% de neige, poursuivant leur chemin. J'arrêtai le reste de la colonne, et la fis rétrograder jusqu'au village. I^ général Laboissière/ se trouvant en avant, presque seul et séparé de sa troupe, n'avait d'autre espoir de salut que d'atteindre le sommet de la montagne : il y parvint, aidé par des paysans vigoureux qui le conduisirent à l'hospice. Quelques-uns des dragons engloutis dans l'avalanche furent aussi dégagés par les braves montagnards. ^

Cette tentative infructueuse ne fit que redouA bler l'ardeur des Français; le reste de la compagnie de dragons qui avait été si maltraitée, demanda à former de nouveau , sous la conduite de son colonel Cavaignac, la tête de la colonne. Mais l'ouragan dura trois jours encore avec la même violence. Les avalanches avaient, en plusieurs endroits, comblé le sentier; les guides dé»

PASSAGE DU SPLUGEN. 'iOI

claraient que le passage était entièrement fermé, et qu'avec les plus grands efforts on ne pourrait rouvrir avant quinze jours, et seulement pour l'infanterie.

Cependant le général Macdonald, dont l'étatmajor s'était déjà rendu au village de Splûgen , pressait la marche de ses divisions : il fallait rouvrir le passage à tout prix pour prévenir l'encombrement des troupes dans la haute vallée, et le manqué absolu de subsistances,' si elles étaient forcées d'y séjourner. Les ordres du général en chef étaient de plus en plus pressants. Heureusement une forte gelée, qui suivit immédiatement la tempête , me permit de faire reprendre les travaux. Je les dirigeai de la manière suivante le i*'" décembre.

Quatre bœufs, des plus forts du pays, conduits par les meillei#$ guides, foulaient les neiges où on les voyait s'enfoncer et presque disparaître; ils étaient suivis par quarante travailleurs paysans qui déblayaient et formaient le sentier. Une compagnie de sapeurs les sou-" tenait et perfectionnait la tranchée; deux compagnies d'infanterie, marchant par le flanc, lés files bien serrées, achevaient d'aplanir et d'affermir la neige. Après cette avant-garde, marchait a quelque distance la compagnie de dragons du io« régiment dont nous venons de

'lOI P.VSSAGK DV SPLUGElV.

parler. Un convoi d'artillerie et cent bétes de somme venaient ensuite^ et les escortes fermaient la marche.

La tête de cette première colonne qui ne perçait et ne cheminait que très-lentement, ne fut arrêtée par aucun accident grave, et atteignit avant la nuit le sommet du Splùgen. Malgré la perte de quelques hommes et de plusieurs chevaux qui vers le soir manquèrent le sentier, et ne purent être secourus, l'ordre et le silence nécessaires furent maintenus. La colonne se rallia à l'hospice, d'où le général Laboissière, en faisant continuer les mêmes travaux sur la plaine et aux rampes du Cardinel , la conduisit à Campo-Dolcino.

Les jours suivants, a et 3 décembre, je fis passer successivement deux autres colonnes, composées chacune d'une brigade d'infantçrie, d'une division d'artillerie et de détachements de cavalerie, et précédées de trente travailleurs du pays. Le temps était beau , le sentier bien affermi, et ces deux colonnes gravirent plus facilement la montagne que ne Pavait fiiitla première. Sans avoir égard à l'extrême fatigue^ et au froid excessif qui fit périr ou mutila quelques hommes , je pressai la marche pour que les troupes pussent , sans s'arrêter, descendre le Cardinel jusqu'à Isola.

Informé que le général Macdonald, satisfait

I^ASSAGE l)V SPLUGEN. 2o'3

de ce premier succès, devait arriver le lendemain, 4 décembre, au village de Spliigen avec son ^tat-majorj pour se mettre à la tête de la quatrième colonne, je me hâtai de lui faire place et je me rendis à l'hospice que j'atteignis à l'entrée de la nuit avec la queue delà troisième colonne. J'étais excédé de fatigue, et attaqué d'un violent accès de fièvre. Dès qu'il fit jour, je me fis envelopper entre deux matelas et attacher sur un traîneau attelé d'un mulet et dirigé par deux vigoureux montagnards : il m'eût été impossible de descendre à pied les rampes du tourniquet, et j'étais pressé d'arriver à Isola pour mettre les troupes en ordre et en mouvement sur Chiavénna. J'eus fort à m'applaudir de m'étre confié à l'adresse de mes deux gdidés; je fis promptement et commodément ce trajet, glissant et tournoyant entre les précipices , avec la plus parfaite sécurité. Les rampes très-courtes de ce tourniquet étaient bien ouvertes, bien déblayées; mais c'était aussi, à cause des glaces et des petits "jponts jetés sur les fentes des rochers , la partie du chemin la plus périlleuse.

1^1 quatrième colonne, que le général Macdonald conduisait en personne, était composée des compagnies de grenadiers de la troisième demibrigade d'Orient, de la cent quatrième et de la dix-septième d'infanterie légère, avec laquelle

^o4 PASSAGE Di: SPLUGRIf.

marchait le général Vandamme. Quoiqu'il n^y eût dans le fond de la vallée aucune apparence de tempéle, la neige tombait si épaisse depuis la veille, qu'au moment du départ du village, les guides, qui venaient de reconnaître la montagne, refusèrent de s'y hasarder. Les tranchées étaient de nouveau entièrement comblées; on ne pouvait retrouver , aux passages les plus dangereux, aucune trace du sentier; les jalons qu'on avait multipliés , avaient été emportés.

Le général en chef s'obstina à passer. Les travailleurs du pays, les sapeurs de l'armée et les grenadiers parvinrent, après six heures d'un travail forcé y jusqu*à la sommité; mais trouvant entre les glaciers un amas considérable de neige où les guides n'osaient s'engager , tous rétrogradèrent en criant que le passage était fermé. Le général Macdonald, accompagné des généraux Sorbier et PuUy, les arrêta, ramena les grenadiers sur la trace , rallia les travailleurs et les guides , et , sondant lui-même le premier, il leur fit percer et déblayer ces murailles de neige, ces vagues solides où plusieurs demeurèrent ensevelis. La tourmente fut affreuse dans le trajet jusqu'à l'hospice, et sur le plateau jusqu'au Cardinel ; la colonne fut plusieurs fois coupée; la cent quatrième demi-brigade fut presque entièrement dispersée , et ne put être ralliée que

PASSAGE DU SPLUGEN. Uo5

deux jours après. Le général Rey, avec la réserve, ne quitta pas les traces du général Macdonald; mais le général Vandamme, qui le suivait à quelque distance, pouvait à peine les trouver : il eût été contraint de renoncer au passage, si ses travailleurs et ses soldats, rebutés par des dangers , en apparence moins glorieux que ceux qu'ils étaient accoutumés à braver dans les combats, n'avaient été soutenus par l'exemple de leurs camarades, que le général en chef avait entraînés par le sien. - Cette dernière journée coûta seule environ cent hommes , perdus dans les neiges , ou gelés pendant la marche. Plus de cent chevaux ou mulets périrent aussi. Beaucoup de traîneaux fiirent abandonnés. On recueillit après la tempête, les effets d'artillerie et d'équipage. Enfin, le 6 décembre, toutes les troupes et la plus grande partie du matériel de l'artillerie avaient p.ïssé le Splûgen, et le quartier général était établi à Chiavenna.

Dès que les généraux autrichiens eurent connaissance de la marche de l'armée des Grisons, ils se hâtèrent de dégarnir le front sur lequel ils s'étaient inutilement préparés à repousser nos attaques, et suivirent par leur flanc gauche, en descendant l'Adige, le mouvement que le général Macdonald avait exécuté par son flanc droit.

ao6 MISSION PKKS DU CKNKRAL BRUNE.

La nouvelle de la victoire remportée pas le général Moreau à Hohenlinden, le 3 décembre, et les mouvements du corps du général I^courbe entre Rosenheim et Kuffstein , déterminèrent les généraux autrichiens à quitter le Vorarlberg et les vais d'Ëngadin , où Tlnn , l'Âdda et l'Adige prennent leur source.

Le premier soin du général Macdonald, après avoir cantonné ses troupes dans la Yalteline, fut de se concerter avec le général Brune , commandant en chef Tarmée d'Italie, dont le quartier général se trouvait alors à Brescia. Il m'envoya pour conférer avec ce général, afin de le déterminer à combiner les mpuvements de son aile gauche avec la marche da l'armée des Grisons sur l'Adige. Le but de cette combinaison était de couper la retraite des corps autrichiens sous les ordres des généraux Laudon et Wuckassowrich, et de tourner l'aile droite de l'armée du maréchal de Bellegarde par la vallée de la Brenta. Je me rendis d'abord à Milan , en descendant le lac de Como : je restai dans cette capitale pendant quelques heures pour arrêter avec Fadministriaiteur général, le conseiller d'État Petiet, diverses dispositions relatives aux besoins de notre armée. Je ne trouvai point le quartier gênérai du général Brune à Brescia; il venait d'en partir pour Castelfranco , et toutes ses colonnes

MISSION PRKS DU GÉNÉRAL BRUNR. ^07

étaient en mouvement vers le Mincio, qu'il se disposait à passer de vive force. Je fus très-bien accueilli par le généraUBrune, ainsi que par son chef d'état-major, le général Oudinot, et par le général Marmont qui commandait son artillerie. J'exposai de mon mieux l'objet de ma mission ; mais je ne réussis point à obtenir le coiicert d'opérations dont je démontrais les avantages. 11 eût fallu suspendre le mouvementi retenir ainsi le maréchal de fiellegarde entre le Mincio et l'Adige, et nous donner le temps de franchir les chaînes de montagnes ou contre-forts qui forment le val Cammonica et le val Trompia. he général Brune préféra de tenter immédiatement le passage du Mincio, dont le brillant succès fut dû au combat du général Dupont à Bussolingo, aux bonnes dispositions du général Marmont, et au beau fait d'armes du général Oudinot après le passage. Je ne perdis pas un instant pour porter au général Macdonald le résultat de ma mission et tous les renseignements qu'il désirait sur la situation et les opérations de l'armée d'Italie. Je remontai le lac d'Iseo, et tout le val Cammonica, à l'extrémité duquel je trouvai la division du général Yandamme, à peu près à trois lieues de la sommité du mont Tonnai. Ce général était fort contrarié par les difficultés qu'il rencontrait au milieu de ces glaces étemelles pour exécuter

!l()8 MARCHE DE l'aRMÉE DES GRISONS.

Tordre d'attaquer les retranchements autrichiens^ conformément aux instructions du premier consul, ordre que le général Macdonald m'avait chargé de lui réitérer.

Le premier et principal objet d'opérations de l'armée des Grisons était, en effet, comme je l'ai déjà dit, l'attaque du mont Tonnai; c'était le point stratégique : si ce passage nous était ouvert, nous entrions dans le val di Sole y et suivant le cours de la Nos^ nous arrivions, en quatre jours de marche, à la position de Saint-Michel, au-dessus de Trente ; nous coupions la communication entre le haut et le bas Adige, prévenions la réunion des corps de Laudon et de Wuckassowich, les forcions d'évacuer les vallées inférieures; enfin nous dégagions la gauche de l'armée d'Italie. Dans le cas bien plus vraisemblable où le passage du Tonnai, déjà fermé par les grandes neiges, se trouverait tellement barré par des retranchements et si bien gardé qu'il ne pût être forcé, le général Macdonald avait résolu de se borner à des démonstrations sur ce point, pour y fixer l'attention et les appréhensions de l'ennemi, et pendant que l'avant-garde de Vandamme y serait occupée, de descendre avec le reste de l'armée le val Cammonica jusqu'à Pisogno, à l'entrée de l'Oglio, dans le val d^Iseo, et de franchir ensuite les deux chaînes qui formant

ATTAQLK DU MONT TONNAL. «09

le val Trompia, pour entrer daâs celui de la Sarca et déboucher sur Trente.

C'est ce plan qui fut exécuté : Tarmée des Grisons, suivant la marche qu'avait déjà tracée la division d'avant-garde, sortit de la Yalteline par la passe d'Apriga, et descendit ensuite tout lé val Canimonica, pendant que le général Vandamnie faisait attaquer le mont Tonnai par le général de brigade Vaux. Quoiqu'on eût reconnu qu'il était impossible de forcer ce passage entre deux des glaciers les plus élevés des Alpes, ce général reçut Tordre d'atteindre jusqu'aux retranchements. Après avoir repoussé quelques avant-postes au-dessus de Ponte lU Legru)^ le général Vaux , à la tête des grenadiers et chasseurs de la io4* demi-brigade, de la i*"® et 17* d'infanterie légère, commandés par les chefs de bataillon Séron et I^véque, hasarda, dans la nuit du 11 au a3 décembre, de livrer ce périlleux assaut. Les grenadiers français gravirent le glacier d'abord en silence ^ et bientôt après à découvert sur la neige qu'ils foulaient, et sous le feu le plus vif d'artillerie et de mousqueterie; ils continuèrent d'avancer sans tirer un seul coup de fusil : on ne vit jamais plus d'audace, jamais autant de constance. Une première coupure fut emportée à la baïonnette; les carabiniers de la i'* légère, qui étaient en tète, arrivèrent jus- HI. 14

arO ATTAQUE DU MONT TOIIKAL.

qu'aux palissades du second retranchement, et tentèrent vainement de les arracher, la terre étant profondément gelée; une grêle de balles moissonnait inutilement ces braves, au pied de ces murs de glace; Séron qui les conduisait fut blessé ; le général Vaux , après avoir reconnu la force de lennemi, et celle de ces impénétrables retranchements, ordonna la retraite. Ces retranchements, formés de terre et de neige battue et glacée , étaient défendus par quatre ou cinq mille hommes du corps de Wuckassowich.

Pour les y retenir plus longtemps, et bien persuader à Tennemi que nous voulions à tout prix nous ouvrir ce passage, le général Macdonald ordonna une seconde attaque : cette fois le général Yandamme la fit exécuter en plein jour; ce fut le 3f décembre, le jour même où le quartier général français se trouvait déjà à Breno, au centre de la vallée. Les Autrichiens avaient renforcé leurs avant-postes et étendu leurs ouvrages sur la croupe de la montagne : ils furent attaqués si vivement dans les deux redoutes dont le feu se croisait sur le sentier, qu'un bataillon du régiment de Kray qui les défendaift après avoir perdu plus de deux cents hommes i eut à peine le temps de se jeter dans le second retranchement, et fut poursuivi jusqu'aux palissades.

MARCHE SUR TRRNTE. ^\i

Fies Autrichiens n'abandonnèrent cette position que par suite du mouvement rétrogr^^de auquel les contraignaient les progrès du général Moreaù dans la haute Autriche , et ceux des deux divisions que le général Macdonald faisatt{>énétrei^ dans le bas Engadin, et par Nauders et Glurens dans la vallée àê TÀdige, sous les ordres du gé^ néral Baraguay-d'Hilliers.

Pendant que ces diverses attaques, si bien combinées, forçaient l'ennemi à évacuer précipitamment tout le haut Tyrol, le général Mac^ donald redoublait d'activité pour surmonter les obstacles qui semblaient se multiplier devant nous j pour arriver dans la vallée de l' Adige « et couper la retraite au corps de Laudon qui 8*y était engagé. Je secondai avec zèle et succès les tfForIs du général en chef, déjà parvenu jusqu'au tac d'Iseo. Il me chargea d'ouvrir la marche pour passer, avec l'avant-garde qiie commandait le général Rey , le glacier qui sépare le val Cammonica du valTrompia. Ce passage fut extrêmement pénit^; il fallut, en quelques endroits^ entailler dans la masse de glace, un véritable escalier, pour pouvoir faire défiler la cavalerie. L'ardeur et la constance du soldat surmontèrent ces difficultés. Le reste de l'armée suivit. Après être descendu dans le val Trompia , je rencontrai à la Roccn iTAnfo un corps italien d'environ deux

'll'À \TthQl\ti DE TRENTl?.

mille hommes y commandé par le général Lccchi, qui avait reçu Tordre de se réunir à Farmée des Grisons. Ce corps de Lecchi se trouvant en tête de notre division d'avant-garde, le général Macdonald m'envoya l'ordre de le diriger sur Trente, mais de le retenir sur la rive droite de l'Adige, jusqu'à ce que les troupes de l'armée eussent commencé à déboucher, et que le général en chef s'y trouvât de sa personne. Pour m'assurer par moi-même de l'exécution de cet ordre impor> tant, je me hâtai de rejoindre le général Lecchi qui, parti de la Rocca (VAnfo au moment où j'y étais arrivé , avait gagné une marche sur les troupes de l'armée des Grisons. Je fis quarante milles tout d'une traite sans pouvoir l'atteindre : lorsque j'arrivai devant le pont de Trente , il était trop tard: le général Lecchi avait témérairement brusqué l'attaque du pont défendu par Tamèregarde du corps du général Davidowich. La légion italienne avait perdu beaucoup de monde à cette attaque, et I^ecchi, forcé d'y renoncer, avait passé l'Adige au-dessus de la ville , sur ua pont de radeaux. J'y passai moi-même, et portai au général Lecchi l'ordre du général en chef, de pousser des reconnaissances dans la direction de Roveredo.

î^ général Macdonald allait recueillir le fruit de ses efforts, si la fortune et le manque de

POSITION DES CORPS AUTRICHIENS. ai 3

loyauté de la part de l'ennemi , qu'on ne saurait considérer comme une ruse de guerre , ne lui avaient ravi le succès le mieux mérité.

Je pris une part si active à l'exécution du plan (le campagne du général Macdonald, et je partageai si vivement ses regrets de n'avoir pu la terminer, comme il l'espérait^ par une brillante victoire , que je ne puis me défendre de rappeler ici le résultat de nos combinaisons, résultat d'ailleurs complètement obtenu , et la singulière coïncidence du fait qui sauva une partie consif* . dérable de l'armée autrichienne ( environ vingt ' mille hommes), et paralysa l'action et les mouvements de l'armée des Grisons.

Les corps autrichiens commandés par les généraux Wuckassowich , Davidowich et Laudon , forcés d'évacuer le haut Tyrol occidental , soit par les progrès de notre armée du Rhin , sojt par l'es attaques des divisions Baraguay et Mor« lot, dont j'ai parlé ci-dessus, s'étaient jetés dans le Trentin , et menaçaient l'aile gauche de l'armée d'Italie commandée en chef par le général Brune. Celui-ci leur avait opposé les deux divisions sous les ordres du général Moncey , qui , remontant la vallée de l'Adige, les avait chassés de positions en positions, et les avait acculés à la position de la Pietra. C'est au moment même où le général Moncey allait les y attaquer en

'It'2 ATTAQllI': DE TRENTl?.

mille hommes, commandé par le général Lccchi, qui avait reçu Tordre de se réunir à Tarmée de$ Grisons. Ce corps de Lecchi se trouvant en tête de notre division d^avant-garde, le général Macdonald m'envoya l'ordre de le diriger sur Trente, mais de le retenir sur la rive droite de l'Adige, jusqu'à ce que les troupes de l'armée eussent commencé à déboucher, et que le général en chef s'y trouvât de sa personne. Pour m'assurer par moi-même de l'exécution de cet ordre important, je me hâtai de rejoindre le général Lecchi qui, parti de la Rocca cVAnfo au moment ou j'y étais arrivé, avait gagné une marche sur les troupes de l'armée des Grisons. Je fis quarante milles tout d'une traite sans pouvoir l'atteindre : lorsque j'arrivai devant le pont de Trente , il était trop tard : le général Lecchi avait témérairement brusqué l'attaque du pont défendu par Tarrièregarde du corps du général Davidowich. La légion italienne avait perdu beaucoup de monde à cette attaque, et I^ecchi, forcé d'y renoncer, avait passé l'Adige au-dessus de la ville , sur un pont de radeaux. J'y passai moi-même, et portai au général lecchi l'ordre du général en chef, de pousser des reconnaissances dans la direction de Roveredo,

î.e général Macdonald allait recueillir le fruit de ses efforts, si la fortune et le manque de

POSITION DES CORPS AUTRICHIENS. a I 3

loyauté de la part de l'ennemi^ qu'on ne saurait considérer comme une ruse de guerre, ne lui avaient ravi le succès le mieux mérité.

Je pris une part si active à l'exécution du phin de campagne du général Macdonald, et je partageai si vivement ses regrets de n'avoir pu la terminer, comme il l'espérait, par une brillante victoire , que je ne puis me défendre de rappeler ici le résultat de nos combinaisons, résultat d'ailleurs complètement obtenu , et la singulière coïncidence du fait qui sauva une partie consii» . dérable de l'armée autrichienne ( environ vingt raille hommes), et paralysa l'action et les mouvements de l'armée des Grisons.

Les corps autrichiens commandés par les généraux Wuckassowich , Davidowich et Laudon , forcés d'évacuer le haut Tyrol occidental , soit par les progrès de notre armée du Rhin , soit par les attaques des divisions Baraguay et M orlot, dont j'ai parlé ci-dessus, s'étaient jetés dans le Trentin , et menaçaient l'aile gauche de l'armée d'Italie commandée en chef par le général Brune. Celui-ci leur avait opposé les deux divi-r siens sous les ordres du général Moncey , qui , remontant la vallée de l'Adige, les avait chassés de positions en positions, et les avait acculés à la position de la Pietra. C'est au moment même où le général Moncey allait les y attaquer en

Il6 MISSION PRKS DU GÉNÉRAL AIOREAl?.

général Moreaii, établi à Saltzboiirg depuis Tarmistice de Steyer, afin de concerter avec lui la part que devait prendre l'armée des Grisons aux opérations de l'armée du Rhin, en débouchant par la vallée de la Drave, dans le cas d'une prochaine rupture de l'armistice. J'étais accompagné par l'un des aides de camp du général Moreau , le colonel Lenormand , qu'il avait envoyé auprès du général Macdonald, pour lui faire connaître les diverses positions de ses troupes dans la haute Autriche, et ses projets ultérieurs. Nous traversâmes le Tyrol ensuivant la route du Brenner : c'était vers la fin de janvier; j'admirai les travaux exécutés sur cette belle route, Tune desartères de la monarchie autrichienne, et le soin avec lequel elle est maintenue constamment ouverte par des corvées de paysans, malgré les neiges et les glaces dont ses hautes sommités sont encombrées. Je passai à Inspruck où je rencontrai le général de cavalerie Nansouty, auquel le général Moreau avait confié le commandement de toutes les sauvegardes françaises qui stationnaient dans tout le Tyrol, conformément aux stipulations de l'armistice. Avant de quitter la capitale, j'allai visiter le magnifique et singulier tombeau de l'empereur Maximilien, orné d'une suite de bas-reliefs, précieusement sculptée, qui représentent les actions les plus remarquables

MISSIO,\ PUIS 1)1 (.LNtl', \L MOllhAl . V f "

(lu [)riiic<', et 1rs liiits K's plus iiuMuorables de sou règne. Autour du tombeau, qui se trouve au milieu du chœur de la cathédrale , on voit les statues en bronze de tous les souverains de l'Europe qui furent ses contemporains : ces statues sont de grandeur naturelle, et semblent, par leur attitude, être venues là rendre hommage à la mémoire de ce prince.

Je suivis la roule dlnspruck à Saltzbourg, laissant à gauche la forteresse de Kuffstein, que nos troupes occupaient. En arrivant à Saltzbourg, je descendis chez mon frère Saint-Fulcrand, qui, ainsi que je l'ai dit, était l'un des munitionnaires généraux de cette armée. Je me rendis au quartier général, où je reçus du vainqueur de Hohenlinden le plus obligeant accueil. La mission dont j'étais chargé me retint quelques jours près de lui , et me donna l'occasion de l'entretenir fréquemment. Les divers événements de la guerre, la situation générale des affaires furent le sujet de nos conversations. Son mécontentement, sa jalousie de l'ascendant qu'avait pris le premier consul, son opposition alors toute républicaine, perçaient dans tous ses discours. Moreau était loin de connaître et d'apprécier le génie de Napoléon, son immense capacité, sa flexibilité, son esprit de ressources, sa profonde science de fart de la guerre. Toutefois, il rendait justice au

t2l8 MISSION PRÈS DU célfiRAL MOREAO.

grand talent qu'avait déployé celui qu'il considérait comme son rival. Il me disait un jour : « Pour « la conception des plans, pour la conduite des ce grandes opérations, et pour la politique de la if guerre, c'est notre maître à tous. Mais pour la a guerre méthodique, sur un théâtre déterminé, a pour la partie d'échecs, c'est autre chose; là, « je crois valoir mieux que lui. »

Je mis à profit mon séjour au quartier général de l'armée du Rhin, où se trouvaient réunis les généraux et les officiers supérieurs qui avaient pris la part la plus active aux opérations de la dernière campagne, et plus particulièrement à la victoire décisive de Hohenlinden. Le général Moreau prit soin de m'expliquer le plan quil avait conçu, et l'admirable précision avec laquelle ses dispositions avaient été exécutées. Il m'engagea à retourner dans le Tyrol par Munich, afin de reconnaître le champ de bataille. Je recueillis avec soin les notes et les détails que me donnèrent les principaux officiers de son état-major, le général Dessolles, les colonds Lamarque, Lahorie, Guilleminot, et plusieurs autres que, dès lors et depuis, de beaux faits d'armes ont rendus célèbres.

Le général Lecourbe avait aassi son quartier général à Saltzbourg, et j'eus grand plaisir à me faire raconter par lui-même sa campagne de

LE CHAMP J>M BATiULlf D£ UOHEIfUirOEir. aiQ

Suisse. Il en parlait aussi bien qu'il l'avait £aite. Sa grande intelligence , son audace et sa ténacité le rendaient éminemment propre à conduire la guerre de montagnes.

Je quittai Saltzbourg, prenant la route de Mu* nich. J'avais auprès de moi mon aide de camp le chef d'escadron Tx)uis Romeiif , qui avait été , ainsi que son frère Alexandre j aide de camp du général la Fayette. Cet excellent officier, qui fut toujours aussi un excellent ami, ne m'a presque jamais quitté , et, comme on le verra plus tard , j'eus la douleur de lui fermer les yeux sur le champ de bataille de la Moscowa. Avant d'ar» river à Munich, nous traversâmes la foret de Hohenlinden : la route était encore couverte des débris de la bataille. Je m'empressai, ainsi que le général Moreau me Tavait indiqué, d'aller trouver le général Richepanse, c[ui avait eu la plus grande part au succès de cette mémorable journée, ainsi que le généralWalter, qui y avait été grièvement blessé. Richepanse était malade; il aurait voulu m'accompagner et me faire reconnaître lui-même le champ de bataille; il voulut bien charger ses aides de camp , les chefs d'esca* dron Maucomble et Lapointe, de m'y conduire. Je suivis avec eux la marche du général Richepanse depuis son point de départ à rextrémilé de laile droite de la ligne française, jusqu'à

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