‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 33 sur 112 · trava.il sur la comptabilitM · texte numérisé non relu

trava.il sur la comptabilitM

« vations sur ce projet. Je crois utile que vouk (c voyiez le citoyen Gau et l'administrateur de la « trésorerie , afin de marcher d'accord avec ces <c deux hommes qui m'ont paru très-versés dans « leur partie. C'est avec eux qu'il faut que vous a agitiez cette question, s'il vaut mieux que les « décomptes soient consommés dans les divi- « sionsy ou à Paris, entre les administrateurs du « trésor et le comité central. L'avantage que M présente ce dernier parti serait que les dé- « comptes seraient consommés par corps.

« Répétez bien au citoyen Gau et à l'adminis- « trateur de la trésorerie que mon but est d arec river le plus exactement possible. à avoir au r( commencement de frimaire, ce que chaque <c payeur a pu payer pour la solde de vendé- " iniaire, et ainsi de suite ; à avoir au commen- « cernent de frimaire, les moyens de liquider le « mois de vendémiaire, pour les vivres, le fourre rage, le chauffage ;

« A avoir tous les six mois le décompte po- « sitif de l'habillement, des remontes et de Tar- (c mement de toutes les troupes delà république;

« Et qu'au conseil qui se tiendra en frimaire, <c pour convertir en ordonnances définitives les « ordonnances d'à-comptede vendémiaire, il faut « avoir toutes les contre-épreuves qui peuvent « servir à licpiider sans retour, et craindre que

ENTRETIKN AVEC LE PREMIER CONSUL. !l!l5

ce la république soit lésée, les dépeases, dudit « mois. ^

c( Il sera bon que vous fassiez sentir aipc «fournisseurs, aux payeurs, aux inspecteurs « eux-mêmes, dans le règlement, l'importance « de leurs opérations , puisqu'elles seront Ja « base réelle des liquidations.

« Si nous venons à bout de faire un bon rè « glement, et^d'établir sur des bases solides « comptabilité de la guerre , la morale publique, « le trésor et le soldat y gagneront beaucoup.

« Pour le premier consul,

« Signe, BouRRiEMVE. »

Un jour, à la Malmaison, dans un de ces entreliens dont le souvenir est ineffaçable dans, la mémoire de ceux qui en furent honorés , s'interrompant tout à coup, il me dit : «J'ai lu les premiers numéros du Précis clés éi^énements militai^ reSj que vous avez publiéspendant que vous étiez à Hambourg. Vous devriez continuer cet ouvrage, et je pourrais faire mettre à votre disposition les matériaux qui vous seraient nécessaires. » Je répondis que puisque le premier consul avait bien voulu me remettre en scène au nombre (les acteurs, je ne croyais pas devoir reprendre la plume ; qu'on cesserait de croire à mon impartialité, et que voulant servir avec toute m. ' i5

îaC CRÉATION DE LA LÉGION d'hONNEUR.

l'activité dont j'étais capable , je préférais de réserver les occupations littéraires pour le temps et les loisirs de la retraite. Ma sincérité ne parut pas déplaire au grand homme; mais un courtisan plus habile que moi n'eût pas manqué cette occasion de devenir son historiographe.

Vers cette époque, celle de la paix d'Amiens, le général Bonaparte ayant conçu la "gfrande pensée de la création, de la Légion d'honneur, forma une commission de cinq membres, sous la présidence du consul Cambacérès. Je fus appelé à faire partie de cette commission, dont l'objet était de développer les bases que le premier consul avait fixées, et de lui présenter un projet de loi qui renfermât les principales dispositions nécessaires pour fonder solidement cette institution. Je fus particulièrement chargé de tenir la plume et de recueillir pendant la discussion les éléments des divers rapports qui furent successivement soumis au premier consul. Je pris une grande part à ce travail; et lorsque la dernière rédaction du projet de loi eut été définitivement approuvée, je fus nommé l'un des commissaires du gouvernement , pour en soutenir la discussion, d'abord dans les conférences avec la commission du tribunat, et ensuite devant le corps législatif.

Nous rencontrâmes une vive opposition dans

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le tribunal, où les opinions républicaines avaient de chauds partisans et d'habiles défenseurs. Le plus remarquable et le plus éloquent d'entre eux fut Savoye-Rollin, beau-frère de Casimir Périer : il attaqua la loi sur tous les points vulnérables avec une grande force de logique, et s'attacha à démontrer qu'elle renversait le principe vital de l'égalité politique et violait la constitution. La majorité du tribunat adopta la loi, et Lucien Bonaparte , l'un des tribuns , fut chargé d'en soutenir la discussion devant le corps législatif.

Malgré les derniers efforts du parti démocratique, plus hardi et plus animé que le premier consul ne l'avait supposé, la création de la Légion d'honneur avait toute la faveur de l'opinion publique. Cette rémunération, également offerte aux services civils et aux services militaires , loin de choquer les bons esprits, était reçue comme le plus sincère témoignage du respect du gouvernement pour le principe de l'égalité politique, et comme le moyen le plus propre à l'affermir en effaçant jusqu'au souvenir des anciennes distinctions aristocratiques et héréditaires. C'est sous ce point de vue que le génie de Bonaparte avait considéré cette institution. Elle fondait, sans doute, un nouveau patriciat; sa formation des cohortes était, il faut en convenir, toute monarchique et presque fôodale : s'il osait l'entreprendre, c'est

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qu'il avait justement et profondément observé que, ni les plus salutaires innovations, ni les convulsions de Fanarchie, n'avaient pu changer les mœurs- du-peuple français; qu'elles étaient restées essentiellement monarchiques, et resteraient telles jusqu'à la dissolution de l'état social. On a dit avec vérité que la création de la Légion d'honneur fut la transition et le plus grand pas fait de la dictature à la monarchie absolue de l'empire.

Les vrais patriotes ont déploré que ce génie incommensurable n'ait jamais senti la nécessité de poser lui-même des limites à l'excès de sa puissance, en donnant la vie au gouvernement repré» sentatif, dont il ne conserva que les formes, et pour ainsi dire la lettre morte. L'histoire dira si Tétat de l'Europe , les intérêts et les passions des hommes de son temps lui laissèrent jamais le loisir et la possibilité de le faire. Sur ce point important les opinions des contemporains ont été très-divergentes : plusieurs de ceux que leur position avait mis en mesure d'observer de près sa ma^ che politique et de pénétrer ses desseins, paraissent être convaincus que ce maître absolu a été lui-même maîtrisé par les circonstances; que toujours provoqué par d'irréconciliables ennemis, il ne pouvait affermir son gouvernement et fixer les destinées de la France qu'en combat* tanl; qu'il lui fallait conquérir toujours pour

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