‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 44 sur 112 · VOYAGE DANS LES CALABRKS · texte numérisé non relu

VOYAGE DANS LES CALABRKS

ministres se mit à l'œuvre pour organiser son département : ma tâche n'était pas la moindre, ayant à débrouiller le chaos des débris de Fancienne armée napolitaine, désorganisée, et à pourvoir à l'entretien de l'armée française, forte de quarante-deux mille hommes.

A peine commencions-nous à nous installer, que le prince Joseph résolut de visiter les Calabres, que le prince royal de Naples venait d'évacuer et dont le général Reynier avait achevé la soumission. Girardin, Miot et moi nous fumes désignés par le prince Joseph pour l'accompagner dans ce voyage, avec son neveu, le colonel Clary, et son secrétaire, Ferri Pisani. Le général J^amarque prit le commandement de l'escorte, composée seulement de quatre compagnies de voltigeurs de la garde royale, qui venait d'être formée par des élites tirées des différents régiments français. Ce voyage très-intéressant, fort hasardeux, à cause du caractère des- habitants dont la soumission récente était encore très-incertaine, dura environ cinq semaines.

Si je ne craignais de grossir surabondamment ces mémoires, qui me semblent déjà trop volumineux, je placerais ici une relation succincte de ce voyage; je ferais connaître les mœurs i demi barbares des habitants de ces contrées, leur mobilité, leur fanatisme, l'exagération de

VOYAGE DANS LFS CALABRES. agi

eurs témoignages de dévouement au nouveau ouverain. Des populations entières, précédées le leurs prêtres, venaient au-devant de nous : plusieurs, portant des couronnes d'épines en si- [ne de repentir, se frappaient rudement lapoirine et nous accompagnaient, ou plutôt nous entraînaient à Téglise au milieu des plus vives icclamations : je ne*" ferai donc point une nouille description de ces âpres contrées qui sont a continuation de la grande chaîne des Apenlins, ni des belles vallées qu'elles renferment. Nous suivîmes d'abord la belle route construite »ous le règne de Charles III, qui se terminait à r^go-Negro, et qui depuis a été continuée jusqu'à l'extrémité de la Calabre ultérieure. Notre premier séjour fut à Cassano, petite ville bâtie iur le sol même de l'ancienne Sybaris. Nous allâmes de là à Cosenza, capitale de la Calabre citérieure, où le prince Joseph fut reçu comme un libérateur. Nous nous engageâmes ensuite dans les défilés qui se trouvent entre la montagne et la grande forêt de la Sila, et le littoral que bordent les escarpements des contre-forts qui se rattachent aux plus hautes sommités. Nous ne rencontrâmes aucun obstacle sérieux, les bandes de brigands dispersées se cachaient ou fuyaient devant nous. En descendant du mont Mileto sur la plage, nous avions sous les

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