‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 49 sur 112 · INSURRECTION DES C\LABRES · texte numérisé non relu

INSURRECTION DES C\LABRES

grès de l'établissement des Français dans le royaume de Naples ; le succès des nouvelles institutions et l'entière soumission des provinces (le terre ferme irritaient de plus en plus la reiue Caroline , dont l'animosité avait provoqué la guerre. En même temps qu'elle pressait les généraux anglais d'entreprendre des opérations offensives, elle ne négligeait aucun moyen d'agiter les provinces par ses agents secrets; elle soudoyait des chefs de bandes : ils ne tardèrent point à infester les routes jusqu'aux portes dé la capitale. L'amiral Sydney Smith se montra fort actif; il inquiétait les divers points de la cote des Calabres, protégeait le débarquement des brigands siciliens qui se réunissaient à ceux de l'intérieur. Bientôt après, le général Stuart débarqua au golfe de Sainte-Euphémie avec un corps de cinq à six mille hommes, et battit le général Ileynier, qui avait rassemblé à la hâte les troupes der sa division. Ce fut le signal du soulèvement des Calabrois. Le maréchal Masséna se porta en Calabre avec deux divisions, tandis que le général Reynier, qui s'était retiré jusqu'à Cassano, rentra dans la Calabre ultérieure, et força le général Stuart à évacuer pour la seconde fois cette province, et à se retirer en Sicile.

Cette diversion avait retardé le siège de Gaëte. Le prince de Hesse-Philipstadt se préparait à la

SIEGE DE GAETE. aÇ^

plus vive résistance. Il était soutenu par la croisière anglaise. Il avait une garnison de six à sept mille hommes, une formidable artillerie, et ne pouvait manquer, ayant la mer libre, d'être ravitaillé. Aussitôt que les Anglais eurent évacué les Calabres, et que le général Gouvion Saint- Cjr eut achevé de soumettre les Abruzzes par la prise de Cmtella del Tronto , le roi Joseph fit resserrer la place de Gaëte, renforça le corps de troupes destiné au siège, et rappela de la Ca- Ikbre citérieure le maréchal Masséna, qui vint prendre le commandement du siège. Je fus trèsoccupé du soin de rassembler et de faire arriver sur ce point l'artillerie , les munitions de guerre, et les vivres nécessaires pour pousser le siège avec vigueur, raccompagnai le roi dans la reconnaissance qu'il fit en personne des travaux du siège, déjà avancés jusqu'à la seconde parallèle, jusqu'au monte Secco. Le brave général Vallongue, l'un des officiers les plus distingués du corps du génie, venait d'être tué, et le général Campredon , commandant en chef le génie de l'armée , dirigeait lui-même les opérations.

On ne devait commencer à répondre au feu continuel de la place que lorsque toutes les batteries seraient armées. Le maréchal Masséna ayant fixé le jour de l'ouverture du feu , le roi s'y rendit. Environ cent bouches à feu fou-

3oO PRISK D£ GÂETE.

<lroyèrent la place sans discontinuer, jusqu'à ce que les brèches furent jugées praticables. Mon aide de camp Clermont-Tonnerre, officier d'artillerie y demanda à être employé au siège, et le maréchal Masséna lui donna le commandement d'une des principales batteries. Il s'y conduisit avec beaucoup de valeur et d'intelligence: après la réduction de Gaëte, le roi l'attacha à l'artillerie de sa garde avec le grade de capitaine, et le nomma peu de temps après l'un de ses aides de camp.

J'ai donné dans mon ouvrage ( Précis des événements militaires ) les détails les plus circonstanciés sur ce siège mémorable. La prise de cette forteresse affermit le gouvernement du roi, calma les insurrections; mais il fallut poursuivre et détruire les bandes de brigands; on y employa avec succès des détachements de voltigeurs , et surtouj le bataillon corse, sous les ordi^es du colonel Hugo.

Le maréchal Masséna porta une partie de l'armée en Calabre , et établit son quartier général à Cosenza : il y resta peu de temps, ayant été appelé par l'empereur au commandement du 5* corps de la grande armée en Pologne.

La reine Caroline redoublait de haine et d'activité; elle recrutait les bandes de brigands. La vie du roi Joseph fut plusieurs fois menacée; sa

GONSPIRATIOnS. 3oi

confiance et le désir qu'il avait de se populariser l'exposèrent très-souvent à tomber dans les pièges qu'on ne cessait de lui tendre. L'activité et l'babileté du mitiistre de la police Salicetti le préservèrent de ces dangers; plusieurs conspirations furent découvertes : un des agents les plus actifs de ces macbinations était ce même Iludson Lowe j depuis si fameux par son indigne conduite envers l'illustre prisonnier de Sainte- Hélène. Il commandait alors l'île de Capri, qui était devenue le foyer de cette espèce de guerre déloyale. JjSl condamnation de plusieurs chefs qui furent saisis à Naples ou dans les environs j et entre autres du marquis de Palmieri et de Fra Diavolo , réfréna l'audace de ces brigands ; plusieurs déposèrent les armes, et obtinrent leur grâce. Salicetti devint l'objet de l'animosité et des vengeances de nos ennemis. Ils parvinrent à faire établir dans l'hôtel qu'il occupait une véritable mine, un globe de compression * chargé d'une grande quantité de poudre, attaché au plancher d'une boutique qui se trouvait au dessous d'un salon que devait traverser le ministre pour entrer dans sa chambre à coucher. On y mit le feu au moment où il se retirait : plus des deux tiers de la maison sautèrent par cette explosion. Sa fille et son gendre , le marquis de Torella , furent ensevelis sous les ruines, et heureusement

'i02 TRAVAUX l)t MINISTÈRE DE L\ GUERRE.

préservés par un plancher qui resta incliné audessus de leur lit; SalicetU n'échappa que para» que, au lieu de s'arrêter dans le salon pour y donner des ordres, comme il le faisait ordinairement, il le traversa précipitamment.

Il ne se passa aucun autre événement remarquable pendant le reste de la campagne. Le général Maurice Mathieu , l'un des commandants de la garde royale, fut envoyé parle roi au quartier général de l'empereur en Pologne , pour lui rendre compte de la situation des affaires dans le royaume de Naples; le lieutenant général César Berthier, chef de l'état-major de l'armée française de Naples , et frère du prince de euchâtel, major général de la grande armée, y fut aussi appelé. Je lui remis , par onlre du roi , le rapport détaillé sur tout ce qui concernait le département de la guerre. Notre établissement dans le royaume de Naples acquérait de jour en jour plus de solidité. L'empereur avait recorninandé à son frère de faire préparer , et de lui soumettre un plan de défense de la ville de Naples, dans la supposition où il serait att.iqué par (les forces supérieures. Le général Campredon fut principalement chargé de ce travail , et j'y concourus par différentes reconnaissances que nous fîmes sous les yeux du roi.

Comme il était vraisemblable, d'après les suc-

VOYAGE \ PARIS. 3o3

ces de la grande armée en Pologne , que la reconnaissance du nouveau roi dé Naples par les puissances , au moment où la paix continentale serait conclue, fixerait, du moins pour un assez long avenir , les destinées des individus attachés à sa fortune , je désirais vivement d'attirer près de moi ma femme et mes enfants. Je voyais, par la correspondance de madame Dumas , que sa santé était fort affaiblie, et qu'elle était sérieusement menacée d'une maladie de poitrine. Le beau climat de Naples ne pouvait que lui être favorable; mais elle répugnait beaucoup à quitter Paris, et à se séparer de ma fille aînée, madame de Saint-Didier. Je fis de vains efforts pour l'y déterminer. Les symptômes de sa maladie devinrent plus alarmants au commencement de 1807. Enfin, au mois de février je fus prévenu que son état empirait rapidement , et qu'elle désirait me voir. J'obtins du roi un congé pour me rendre à Paris ; je ne m'arrêtai pas un seul instant, et fis le trajet en huit jours. Je rencontrai à la dernière poste mon l>eau-frère Delarue : je frémis, en l'embrassant, qu'il ne vint m'annoncer une funeste nouvelle; mais il voulait seulement me préparer à trouver mon excellente Julie dans un état presque désespéré. Quelle entrevue! elle m'attendait , elle ne se faisait aucune illusion sur son état; elle me reçut avec un doux sou*

3o4 MORT DE MADAME DUMAS.

rire, et fit un grand effort pour me dissimuler ses souffrances. Mes deux filles étaient auprès d'elle; son appartement était soigneusement arrangé. Si je n'avais su le fatal secret , j'aurais pu me persuader qu'elle était beaucoup moins malade, et presque en convalescence.

Je passai quinze jours dans la cruelle alternative que laisse dans les derniers moments cette affreuse maladie : ma pauvre Julie partageait même quelquefois une illusion de quelques instants : elle me disait qu'elle regrettait de n'être pas venue me rejoindre à Naples, et entrait avec moi dans les détails de son prochain voyage. Pendant cette dernière lutte de la nature contre une destruction rapide et inévitable, elle conserva la plus parfaite sérénité. Le moment fatal arriva le uti mars 1807; elle expira ou plutôt s'éteignit sans douleur, me tendant la main, bénissant nos enfants, et me disant adieu de son dernier regard.

Après cette cruelle séparation, et lorsque jefiis un peu remis de ces scènes déchirantes, je mis ordre à mes affaires, et je me décidai à emmener avec moi à Naples ma fille Octavie, alors dans sa dix-huitième année, et mon jeune fils, âgé de sept ans. J'avais rencontré, accueilli et distingué, pendant mon séjour à Naples, un jeune homme d'une grande espérance, M. de Pomard, auditeur

RETOUR A NAPLFS. 3o5

mi conseil d'État, issu (rime famille respectable de l'ancienne magistrature. Sa mère, veuve, et depuis remariée au célèbre astronome M. Deiambre, était fort liée avec ma fille ainée, madame de Saint-Didier, qui lui confnuniqua et lui fit approuver mon désir de marier sa sœur avec M. de Pomard. Cet espoir était pour moi une grande consolation; car ce jeune homme avait, avec le plus agréable extérieur, toutes les qualités du cœur et de l'esprit qui pouvaient me garantir le bonheur de ma fille. Hélas! cet espoir fut déçu; car à mon retour à Naples, peu de jours après que je l'eus présenté à ma fille, il fiit attaqué, comme d'un coup de foudre, d'une fièvre cérébrale et maligne, et mourut dans mes bras. Je le regrettai comme un fils, et sa malheureuse mère resta inconsolable.

Après le coup qui venait de frapper ma famille, sa dispersion, la séparation de deux sœurs qui ne s'étaient jamais quittées, me causèrent un profond chagrin. Je ne m'arrachai qu'avec peine des bras de ma chère Cornélie. Mon voyage pour retournera mon poste fut aussi rapide que lavait été celui de Naples à Paris. Je fus surpris au passage du mont Cenis par une horrible tourmente. Ma voiture avait été démontée; ma fille et deux femmes de chambre me précédaient dans un traîneau : je suivais de près dans le III. ao

3o6 RFTOtJR A NAPLÊS.

mien, tenant mon fils clans mes bras; mais le vent était si violent , et la neige épaisse tourbil'* lonnait tellement, que la trace du chemin était entièrement perdue. La nuit s'approchait, j avais perdu de vue le t^pîneau de ma fille : nous devions nous arrêter à l'hospice, nous le dépassâmes sans l'apercevoir. J'ai couru sans doute, dans ma longue carrière, de plus grands dangers; mais aucun ne me causa jamais une aussi vive inquiétude. Le beau ciel, les belles plaines de lltalie, nous firent bien vite oubliei' ce contretemps. Je m'arrêtai quelques heures seulement k Alexandrie. Je visitai la citadelle et les immenses travaux que l'empereur faisait exécuter avec uf)e grande activité. Ty retrouvai les troupes napolitaines, c'est-à-dire, les brigands pris les armes à la main , et que j'avais fait enrégimenter à Capoue. Le roi Joseph s'en était débarrassé en les dirigeant sur Mantoiie, où le vice-roi les fit employer aux travaux des fortifications; mais l'empereur Napoléon , qui avait blâmé cette mesure, les avait fait employer aux travaux d'Alexandrie, où le général Despinois les maintenait dans la plus sévère discipline. Ils furent depuis envoyés, avec deux régiments de chevau-légers napolitains, à l'armée de Catalogne. Je poursuivis ma route, et ne m'arrêtai plus qu'à Rome, où je trouvai une dépêche du roi :

làtltGTTI MINISTRE DE LA GUERRE. So^

il iirinforinait qu'il avait jiigé à propos de confier à Salicetti le département de la guerre, et que, pour me rapprocher de sa personne, il m'avait nommé grand maréchal du palais. Je ne pouvais qu'être flatté du motif de cette disposi-^ tion; et je ne fus point étonné que Salicetti, pourse débarrasser des détails dégoûtants de la police, et pour accroître son influence dans les affaires, eût profité de mon absence pour convaincre le roi qu'en mettant entre ses mains la disposition de la force armée et du principal emploi des fonds de l'Etat, il aurait plus de moyens d'agir sur l'esprit public, à cause de la distribution des emplois, sans cesser pouf" cela d'exercer la surveillance qu'il avait rendue fort utile pour la tranquillité publique et la sûreté de la personne du roi. Il avait fait déléguer les fonctions de di-^ recteur de la police au duc de Lorenzano, qui les exerçait sous ses yeux et d'après ses conseils. On s'attache à son œuvre, et je ressentis bien quelque dépit de ce qu'après avoir beaucoup travaillé pour organiser la nouvelle armée napolitaine et toutes les parties de l'administration militaire, le portefeuille de la guerre m'était enlevé et passait dans des mains moins exercées à ce genre de travaux, et par des considérations tout étrangères à leur véritable objet.

L'accueil affectueux que je reçus du roi à

ao.

3o8 JE SUIS GRAND MARÉCHAL DU TkhitS.

mon arrivée à Naples ne me laissa pas même l'idée qu'il eût voulu me causer le moindre désagrément. Il m'expliqua lui-même les motifs qui l'avaient déterminé à charger Salicetti du département de la guerre. Il parut satisfait, et considéra comme une preuve de dévouement et d'attachement à sa fortune, que j'eusse amené à Naples la plus grande partie de ma famille.

Je pris les fonctions de grand maréchal du palais. Le roi exigea d'abord que jliabiiasse le château ; mais, à cause de la présence de ma fille et de mes devoirs de père, il approuva que je continuasse d'habiter le palais Acton avec ma famille. Je ne fîis, dès ce moment, officiellement occupé que des affaires de la maison du roi; je l'accompagnai dans les voyages qu'il fit dans les /ibhrtizes, dans le Glenfo et dans quelques autres excursions.

Le roi désirait vivement que les Français qui étaient attachés à sa personne, contractassent des alliances avec les familles napolitaines; il savait que, depuis la mort du jebne Pomard, qui m'avait tant affligé , j'avais reçu et repoussé plusieurs propositions pour le mariage de ma fille : il me proposa de la marier avec le jeune prince Colona, fils du prince de Stigliano, et frère de la duchesse d'Atri : il affectionnait beau* coup cette famille, et me faisait apercevoir de

MARIAGE DK MA FILLE. 3o^

grands avantages clans cet établissement. Je résistai aux obligeantes propositions du roi^ et ma douce Octavie répugnait aussi à cette entière expatriation qui l'aurait séparée de sa sœur. Vers la fin de Tannée 1 807 , le général Franceschi Delonne, nommé, ainsi que je l'ai dit plus haut, premier aide de camp du roi, fut rappelé de la Calabre ultérieure où il commandait, pour venir faire son service. Mon estime pour ce brave officier, et la juste opinion que j'avais que ses talents militaires et son esprit supérieur ne pouvaient manquer d'élever sa fortune, me déterminèrent à lui donner ma fille : je prévins même sa demande, qu'il m'était facile de pressentir : ses rares et aimables qualités l'avaient fait distinguer par elle, et quand je lui en parlai, je trouvai qye son bon jugement avait préparé son consentement à mes désirs. Le roi approuva cette union et la facilita par ses bienfaits envers le général Franceschi Delonne. La reine qui, depuis peu de temps, et aussitôt que sa santé le lui avait permis, était venue rejoindre le roi à Naples, nomma ma fille l'une de ses dames d'honneur. Ce mariage, dont je me promettais tant de bonheur domestique, fut célébré au mois de février 1808, dans la chapelle du palais de Portici.

A peine quelques mois de cette heureuse union

3lO JOSEPH APPELÉ AU THONE u'eSPAGNE.

setaient-ils écoulés, que de nouveaux événements vinrent changer nos destinées. Le roi Joseph fut appelé par Teinpereur au trône d^Espagne. Il hésita d'abord : il aurait voulu rester à Naples. Ses vrais ainis^ ses phis fidèles serviteurs ^ et surtout GirardiUy son grand écuyer, lui conseillaient de ne pas se précipiter dans les sanglantes révolutions qu'il était facile de prévoir pour rétablissement d'une nouvelle dynastie en Espagne; mais il crut devoir à son frère le sacrifice de ses convenances personnelles et de ses affections. Peutêtre aussi que le désir de gouverner un grand État et de s'élever au rang des plus puissants souverains de l'Europe, rendit ce sacrifice moins pénible; mais il dut bientôt en connaître le prii et en sentir tout le poids.

Il partit de Naples dans les derniers jours de mai j8o8y emportant les regrets sincères de la nation : il était accompagné par ses deux capitaines des gardes, les généraux Sallîgny et Mau* rice Mathieu, de Girardin^ de Miot , son ministre de l'intérieur, et de ses deux aides de camp, les généraux Merlin et Franceschi. 11 me chargea de reconduire eu France la reine et les deux jeunes princesses ses filles, après avoir mis en ordre toutes les affaires du palais. Il m'ordomia de faire dresser des inventaires de tout ce qu'il laisp sait y et surtout de la belle collection de tableaux

DÉPART DF. NAPLES. 3lt

ite la galerie Farnese, que l'empereur lui avait donnée, et qui avait été transportée de Rome à Naples ; il n'emporta qu'un seul tableau , la Vénus du Titien.

Je partis d^ Naples dans le courant de juillet, avec ma fille et mon fils^ précédant la reine à une petite distance. Je me séparai k regret de «ion frère, qui avait été attaché par Rœderer au ministère des finances, et de mon cousin et ami Combes, qui avait été nommé administrateur des postes lorsque j'avais quitté le ministère de la guerre. Je m'arrêtai vingt-quatre heures seulement à Rome, pour y attendre la reine et pour donner à ma fille Octavie une trop légère idée 4es principaux monuments des arts. J'allai rendre visite au célèbre sculpteur Canova, dans son vaste et intéressant atelier; il était venu à Naples peu de temps auparavant, pour juger par luimême de l'emplacement destiné à la statue équestre de Napoléon, que nous vîmes déjà presque achevée dans son ateUer.

En partant de Rome nous prunes la route du Furlo, et nous visitâmes la belle cascade de Ternie Nous arrivâmes à Lyon le i4 juillet; la reine descendit chez le cardinal Fesch, qui, en quittant Rome, s'était retiré dans son archevêché : elle y rencontra la princesse Borghese, sa bellesœur; elle s y arrêta, et me permit de continuer

3l'^ ARRIVÉE A MONTPELLIER.

ma route pour me rendre auprès de l'empereur, et rejoindre ensuite le roi en Espagne.

Ma fille, madame Francescbi, avait résolu de suivre son mari en Espagne : il m*eût été impossible de Fen détourner. Nous nous arrêtâmes un jour seulement à Montpellier. Ce fut pour moi un grand plaisir de revoir ma ville natale : je n'y avais passé que quelques instants, dix-huit ans auparavant, à l'époque où je fus chargé d'une mission pour apaiser les troubles dans les provinces du Midi. J'eus la satisfaction d'embrasser ma sœur Sainte-Madeleine, et de lui présenter ma fille. L'aspect des lieux témoins des jeux de mon enfance et des plaisirs si purs et si vifs de ma première jeunesse, me causa une joie inexprimable : dans le cours de ma longue carrière, et depuis mon départ pour joindre le régiment de Médoc, en 1773, je n'ai visité la cafxijHitria (fue cinq fois et toujours en passant, savoir: trois mois de congé en E774; huit jours lorsque i<» traversai la France pour aller m'embarquer à Toulon eu 17B3; huit jours encore à mon retour du lAwant; vingt-quatre heures en revenant de Montauban, et un jour encore cette dernière fuis. Je passai aussi à Montpellier, comme je le ' dirai plus tard, à mon retour d'Espagne, mais je iM' pus m'y arrêter que quelques heures, à cause do Tiuspection générale dout j'étais chargé.

SÉJOUR A MOMTPFXLlEit. 3l3

Je mis pied à terre à l'entrée de la ville; il nie semblait, en la traversant , que je n'avais pas cessé de l'habiter ; tous les objets que j'apercevais, chaque pas, chaque lieu, réveillaient dans ma mémoire une foule de souvenirs. Je me rendis chez ma bonne sœur, que je trouvai dans la même maison et dans le même appartement où elle avait fermé les yeux de mon père. Je lui présentai sa nièce, qu'elle trouva charmante, et ce fut certainement un des plus heureux moments de sa vie. Ma sœur, depuis la suppression du couvent Saint-Charles (ui'sulines), dont elle était supérieure, vivait dans une entière et douce retraite, que j'ai cherché à lui rendre agréable et commode, jusc^u'au moment où j'eus le malheur de la perdre.

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l'OUB TorLoiisr*.

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