III. a-.i
338 RETRAITE DE l'^RMRB ANGLAdpE'
I^ général Moore se retirait par la Galice sur la Corogne; il était poursuivi par le corps d armée (lu maréchal Soult. L^empereur, qui venait de recevoir la nouvelle de Tinvasion de la Bavière par les Autrichiens , se préparait à quitter l'Espagne. Parmi les diverses dispositions qu'il fit à cette époque, il me destina au commandement de la province de la Nouvelle- Castille : je devais ui'établir à Yalladolid. Le prince de Neuchâtel, en m'annonçant ma nomination, avait ajouté à sa dépêche cette phrase : « L'em- <c pereur n'a point désapprouvé, général, que « vous ayez pris sur vous de changer le mou* ce vemcnt et la direction des troupes, à cause m de la position de l'ennemi. »
L'empereur ne m'en parla pas.
Le bruit qui s'était répandu du prochain départ du quartier général impérial , avait fort inquiété la garde; personne ne désirait rester en Espagne. Les grenadiers de la vieille garde, les vieux grognards, comme on les appelait, murmuraient tout haut. L'empereur faisait tous les jours défiler la parade devant lui, sur la place du château; on venait de lui annoncer le général Legendre, chef d'état-major du général Dupont, qui était mandé pour rendre compte des détails de l'affaire de Baylen. Il ne voulut pas le recevoir, et dit seulement : « Je
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le verrai k la parade. » Sortant à pied du château, il marcha droil et à grands pas vers la droite des grenadiers de la garde , saisit au collet le premier grenadier, et le tirant rudement vers lui, il le désarma lui-même, et pa-* rut le menacer de le faire fusiller; puis repoussant dans le rang ce brave vétéran, et s'adressant à la troupe : — « Je veux bien cette « fois vous faire grâce, » leur dit-il : a que si- « gnifient ces murmures dont on m'a parlé?
«vous voulez aller retrouver vos p à
« Paris. Ah! vous n'y êtes pas; vous en verrez ff bien d'autres; à quatre-vingts ans, je vous « tiendrai encore dans les rangs. »
Après cette dure allocution, il revint brusquement se placer devant le groupe de son étatmajor; et pendant que les troupes rompaient pour défiler, il aperçut et aborda le général Legendre qui était à côté de moi. — « C'est vous, monsieur, » lui dit-il , a qui avez signé la capitulation de Baylen? » et prenant au poignet la main droite du général , qu'il secoua fortement : — a Comment » ajouta-t-il, « cette main n'at-elle pas séché! »
Ce fut avec un sentiment pénible que j'entendis les expressions sévères de l'empereur, et je sentis quel devait être pour celui qui en était l'objet, le poids accablant d'un tel reproche.
34o INSPECTION DES DÉPOTS EN FRANCE*
3'attendais l'expédition de mes ordres pour ie commandement de la province, et je fus agréa-^ biement surpris lorsque le prince de Neuchàtei m'annonça que ma destination était changée, que l'empereur voulait que je rentrasse en France , et que je continuasse mon service J'aide-major général à la grande armée d'Allemagne : que je serais chargé , avant l'ouverture de la campagne, d'une mission particulière, et que le général Claparède me remplacerait à Valladolid.
Je reçus le lendemain mes nouvelles instructions : j'étais chargé de faire l'inspection des dépôts des corps de toutes armes qui devaient former la grande armée : ces dépôts étaient placés sur les frontières, et principalement dans les forteresses; je devais faire habiller, armer et équiper, sans Iç moindre délai, tous les conscrits qui s'y trouveraient rassemblés, et les diriger sur Strasbourg. Il m'était prescrit de disposer, sans avoir égard à la propriété particulière de tel ou tel corps, de tous les effets d'habillement et d'équipement, a6n qu'aucun obstacle, aucune réclamation des conseils d'administration ne pussent retarder la mise en marche de ces divers détachements. Je devais me borner k constater la destination que j'avais donnée aux effets appartenant à tel ou tel corps, ou ji en