PASSAGE DU DANUBE
sa tête le prince vice-roi. Vers les onze heures du soir, la flottille commandée par le contreamiral BastCy et montée par les marins delà garde 9 était descendue au-dessous des ponts; elle se dirigea vers la pointe de terre, au confluent du petit bras et du gij^d bras du Danube. Cette flottille était destinée à seconder sur ce point l'attaque du général Oudinot. Vers minuit, au signal donné , les batteries de Tile de Lobau furent démasquées, et foudroyèrent la rive gauche. Plus de cent pièces d'artillerie , dont trente du plus fort calibre, les obusiers et les mortiers jouèrent à la fois. Enzersdorff fut bientôt incendié; les ennemis portant toute leur att^itioa sur la partie occidentale de l'ile, où nous n'avions fait que des démonstrations , avaient négligé la partie de l'est, c'est-^-dire , la partie du petit bras du Danube jusqu'au confluant Les faibles batteries qu'ils avaient établies de ce côté ne purent soutenir le terrible feu de la grande batterie masquée, à la faveur duquel on condoi-* sit , par une seule conversion , les ponts préparés et complètement ajustés le long du rivage. £d même temps, le géuéral Oudinot exécutait son attaque, flanquée par le feu de la flottille. La nuit était très-sombre, et, au moment du tléploiement de ces attaques combinées, un Curieux orage éclata tout à coup. Le ciel était en feu;
c^était un magnifique spectacle : le tonnerre semblait lutter avec les détonations des batteries, et y dans les intervalles des éclairs qui illuminaient cette scène imposante , les bombes et les obus semblaient se mêler avec la foudre qui sillonnait les nues.
Le passage s'exécuta sans obstacle pendant toute la nuit et la matinée du lendemain , 5 juillet , soit que l'archiduc n'eut pas eu l'intention de défendre le passage de vive force, soit qu'il eût été surpris par cette manœuvre aussi inattendue qu'audacieuse sur sa gauche; toutes les troupes autrichiennes, qui bordaient le rivage , se replièrent pour traverser la plaine du Marschfeld , et regagner la position élevée et leur camp barraqué sur les hauteurs au delà du Rusbach , en arrière des villages ; cette retraite se fit en bon ordre , et lentement. Aussitôt que les troupes françaises débouchaient par les ponts du côté de l'est , et par l'ancien pont qui fut promptement rétabli , elles se formaient en colonnes , et selon l'ordre de bataille que l'empereur avait prescrit, marchant à hauteur, et gagnant du terrain à mesure que les colonnes ennemies rétrogradaient. Ainsi les avant-gardes ou têtes de colonnes françaises se canonnèrent toute la journée avec les arrière-gardes autrichiennes qui n'abandonnaient le terrain que pied à pied.
Après avoir surveillé le passage des ponts , je m'étais rendu auprès de l'empereur : il suivait le mouvement des colonnes , se tenant au centre de la ligne , un peu en arrière du corps du général Oudinot, et en tête de la garde impériale, qui formait la réserve. I^ corps du maréchal Davoust j formant l'aile droite y avait fait un assez grand détour , et se dirigeait sur le village de Margrave-Neusiedel y où les ennemis appuyaient leur gauche. Une division de la réserve de cavalerie remplissait l'intervalle entre le corps du maréchal Davoust et la garde impériale; l'armée d'Italie, sous les ordres du prince vice-roi, marchait à la gauche du corps du général Oudinot; le corps saxon, sous les ordres du maréchal Bernadotte, était plus à gauche, se dirigeant sur le village de Wagram ; le corps du général Marmont, ou armée de Dalmatie, qui avait passé les ponts un peu plus tard , était formé en colonnes serrées et en réserve, en arrière de l'intervalle entre l'armée d'Italie et le corps saxon ; enfin, le corps du maréchal Masséna, qui avait débouché de Tile de Lobau, par l'ancien pont, entre Aspern et Essling, formait l'aile gauche de la ligne française, et se dirigeait sur le village de Sieben-Brùnn.
Vers sept heures et demie du soir, les Autrichiens avaient entièrement évacué la plaine, et
i!\i\irj.i: 1)1 \\.\(.u\M. 'iC)'j
occupaient la position trcs-étendue dont j'ai parle plus haut, depuis Margrave-Neusiedel jusqu'à Amspitz; leur centre était en arrière du village de Baumersdorff. Les colonnes françaises continuaient d'avancer vers le ruisseau. On n'entendait plus un seul coup de canon , ni aucun feu de mousqueterie sur toute la ligne. L'empereur avait envoyé le prince de Neuchâtel sur la première ligne, pour reconnaître, avant la nuit, les positions de l'ennemi. En attendant son rapport, il résolut de faire tâter les avant-postes, et dit au colonel Alexandre Girardin , premier aide de camp du major général : « Allez dire à Oucrdinot que je n'entends plus rien; qu'il pousse a un peu plus avant , et qu'il nous fasse un peu ce de musique avant la nuit. »
La musique ne tarda pas à se faire entendre, et ce fut une symphonie plus grande qu'on ne l'avait pensé. Le général Oudinot engagea ses troupes, passa le ruisseau, emporta le village, gravit la hauteur, et pénétra jusque dans le camp des Autrichiens; le prince vice-roi, qui était à sa gauche, suivit son mouvement; le combat s'engagea très-vivement. La nuit arrivait; le feu de mousqueterie sur les deux rives du ruisseau devint très-considérable. L'empereur qui avait, peu d'instants auparavant, dépassé le i8* régiment d'infantere légère, que le prince vice-
roi avait laissé en réserve, m'ordonna cValler le prendre, et de le porter sur la ligne. Je ne le trou» vai plus au point où nousTavions vu, et présumant qu'on Tavait déjà fait marcher vers le ruisseau, je m'y rendis en toute hâte pour m'en assurer : je le trouvai , en effet , engagé , et se fusillant presque à bout portant avec les troupes autrichiennes. Je retournai rendre compte à l'empereur. Cette attaque fort vive, et pendant laquelle la nuit et l'ardeur des troupes causèrent de fâcheux désordres, fut repoussée par le prince Charles, qui rallia lui-même quelques bataillons , et força nos troupes à repasser le ruisseau. Le prince de Neuchàtel, qui s'était avancé jusqu'à Baumers* dorff, courut d assez grands dangers; le chrf d'escadron Mongardé, son aide de camp, Ait grièvement blessé à côté de lui.
L'empereur bivouaqua au milieu de la plaine entre les deux lignes, ne gardant auprès de lui que les principaux officiers de son état-major: il reçut les rapports des commandants en chef; le maréchal Davoust vint en pei*sonne pour recevoir ses ordres relativement à l'attaque de l'aile gauche de lennemi, dont il fut chargé.
Le 6, à la pointe du jour, l'empereur me fil appeler par le prince de Neuchàtel; il me chaiN gea d'aller conduire et présenter au prince vice^ roi le général Guilleminot, pour remplacer dans
BATAILLE DK WACiRAftf. ^69
\e9 fonctions de son chef irétat-major le général Vignolle, grièvement blessé à la tête dans l'attaque de la veîMe. L'empereur m'ordonna de suivre ensuite toute la ligne, et de donner, de sa part, à tous les généraux commandant en chef les différents corps d'armée , l'ordre de resserrer leurs avant-postes, et de n'engager aucune attaque jusqu'à ce que l'ennemi eût fait quelques mouvements , et démasqué son dessein. Le corps d'armée du maréchal Masséna, qui, ayant dé* bouché par lancien pont et par le village d'Aspem, formait notre aile gauche, n'était pas compris dans cet ordre ; ma mission s'arrêtait au corps saxon, qui se trouvai tau centre de la ligne de bataille, sous les ordres du prince de Ponte- Clorvo. J'allai d'abord porter cet ordre au général Oudinot, et ensuite au prince Eugène , qui accueillit son nouveau chef d'état-major, et me montra lui-même la position de ses avant-postes, en deçà de la petite rivière, à une portée de fusil de ceux de l'ennemi, qui ne faisait encore aucun mouvement. On voyait seulement sur le front de leur première ligne, qui n'était qu'à une demi-» portée de canon de la nôtre , des groupes d'officiers courant tlans divers sens ; on distinguait parfaitement leurs nombreuses batteries qui couronnaient les hauteurs. T^ prince vice-roi voulut bien m'accompagner jusqu'à la gauche de sa
in. ^4
370 BATAILLE DK WAGRAM.
ligne de bataille , au delà de laquelle je n*aperçu9 aucune troupe.
Il y avait un grand intervalle entre Tarmée d'Italie et le corps saxon, et je ne pus avoir sur la position de celui-ci d'autres renseignements que l'assurance que y vers les dix heures du soir, le maréchal Bemadotte occupait le village de Wagram qui avait été incendié, et qui se trouvait à peu près à une demi -lieue de distance du lieu où nous étions. Je me dirigeai donc sur ce village, à travers la plaine couverte d'une moisson très-haute : je n'avais avec moi que mon vieux et brave hussard , mon piqueur Mounier. Lorsque nous fûmes vers le milieu de l'intervalle, un poste de chasseurs autrichiens de sept à huit hommes se leva sur ma droite du miheu des blés , à peu près à cinquante pas, et nous salua d'une décharge de coups de carabine. Voyant que je m'étais trop approché des avant-postes ennemis , je me jetai un peu sur ma gauche; mais presque au même instant un autre petit poste de la même troupe se leva sur ma gauche, et nous fusilla sans nous atteindre. J'étais fort bien monté, ainsi que mon piqueur, et je fus bientôt hors de portée, trèssatisfait de n'avoir pas été démonté et pris. Aux approches du village de Wagram , et un peu en arrière , je trouvai un poste de cavalerie saxonne,
et j'appris que les ennemis étaient rentrés en force dans le village de Wagram , et que le maré*^ chai Bernadotte avait replié ses troupes sur le village d'AderkIa ^ à cinq cents toises environ de celui de Wagram.
Je rencontrai le maréchal Bernadotte à Tentrée d'Aderkla; il était soucieux et très-mécontent. Lorsque je lui eus communiqué Tordre de l'empereur, il me dit qu'il n'avait garde d'attaquer, et que, n'étant pas soutenu, il s'estimerait fort heureux de conserver sa position ; qu'il avait devant lui des forces très-supérieures. Une forte colonne se disposait à déboucher du village de Wagram : il me conduisit sur une petite hauteur au-dessus d'Aderkla d'où l'on découvrait parfaitement le fond de la vallée, et les mouvements d'un corps d'infanterie assez considérable qui descendait de la hauteur. Je dis au maréchal que l'empereur avait ordonné de mettre à sa disposition la division du général Dupas, qui était en réserve en arrière d'Aderkla ; que l'empereur allait faire attaquer l'aile gauche par le maréchal Davoust, et qu'aussitôt que cette attaque serait commencée, il viendrait de sa personne au centre, et ne manquerait pas de faire soutenirle corps saxon. J'ajoutai que j'allaisen toute diligence rendre compte de sa position à l'empereur, et que s'il voulait bien me faire accompagner par un de
ses aides de camp, cet officier lui rapporterait la réponse et les nouvelles dispositions de S. M.
Il était près de six heures lorsque je quittai le maréchal. Une vive canonnade ne tarda pas à s'établir sur toute la ligne. I^ feu plongeant des batteries autrichiennes avait de l'avantage sur les nôtres , et maltraitait nos secondes lignes et nos réserves, plus que notre première ligne qui s'était portée en avant, près du niisseau. Je rejoignis Tempereurà l'extrême droite, où, en attendant que les divisions du maréchal Davoust eussent débordé l'aile gauche des Autrichiens, et commencé l'attaque du village deMargave-Neusiedel, l'empereur avait fait porter une batteried'artillerie légère surle bord de l'escarpement, et faisait vivement canonner ce coté (lu village pour favoriser les attaques du maréchal. Une division de cavalerie fut rapprochée pour soutenir cette batterie; nous restâmes dans cette position respective jusque vers neuf heures, séparés seulement par le ruisseau, un peu plus encaissé dans cette partie que dans le reste de la plaine du Marschfeld. Nous apercevions trèsdistinctement les manœuvres de l'infanterie autrichienne, qui se portait sur le plateau de Nrasiedel. Le prince de Rosenberg commandait cette aile gauche de la ligne autrichienne.
L'empereur avait renvoyé l'aide de camp du maréchal Bernadotte pour lui annoncer qu'il al-
lait se porter lui-même au corps saxon : il s'y rendit en effet entre neuf et dix heures, et fort a propos pour réparer le désordre causé par la vive attaque de la colonne qui avait débouché du village de Wagram. L'infanterie saxonne avait plié et perdu beaucoup de terrain. L'empereur mit pied à terre et rallia lui-même quelques bataillons déjà rompus : il les porta en avant, et les fit soutenir par la division de grosse cavalerie du général Nansouty , qui se plaça obliquement, faisant face aux villages d'AderkIa et de Siebenbrunn.
La forte colonne qui avait repoussé le corps saxon s'était avancée jusqu'en deçà d'Aderkla. I^ division Carra Saint-Cyr, du corps du maréchal Masséna, reçut ordre d'attaquer ce village. I.e 4* régiment de ligne, commandé par le colonel Boïeldieu, et un bataillon d'un autre régiment , enlevèrent et traversèrent le village, enfoncèrent une ligne d'infanterie qui se trouvait au delà; mais n'étant pas assez soutenues, ces troupes furent vivement ramenées; deux colonels furent pris, et les ennemis rentrèrent dans le village.
L'archiduc Charles avait fait contre l'aile gauche de Tarméê française, formée, comme je l'ai dit, par le corps du maréchal Masséna, la même manœuvre que l'empereur Na|K>léon faisait exé-
374 BATAILLE l>E WAGRAM.
enter contre Taile gauche de l'armée aulri' rliienne. L'archiduc avait beaucoup renforcé son aile droite : son dessein était de couper Farmée française de i'ile de Lobau , et déjà la division du général Boudet avait été refoulée jusqu'au pont, entre Essling et Aspern.
L'empereur sentit qu'il était pressant d'arrêter et de ruiner le centre de l'armée autrichienne, où commandait M. de Colloredo. Il me chai^ea d'aller porter l'ordre à la garde impériale » qui était en réserve, formée sur deux lignes, ayant sur le front de la première toute son artillerie, de faire un changement de front, la droite en avant, ce qui la plaçait obliquement, faisant face aux villages de Wagram et d'Aderkla. Je portai cet ordre et suivis le mouvement de l'artillerie, k h tête de laquelle était le général d'Aboville. Toute cette artillerie, soixante pièces de canon, ayant exécuté son changement de front, se mit sur la droite en bataille et sur une seule ligne; le général Lauriston en prit le commandement. Ce fut là que les canonniers s'écriant tous à l'envi : « Cent pas plus près ! » traînèrent les pièces en desceiulant le mamelon, et continuèrent un feu terrible, qui écrasa et fit reculer les masses d'infanterie autrichienne. Les blés, déjà secs, furent, en beaucoup d'endroits, incendiés par les obus, ol augmentèrent le désordre. L'empereur, placé
sur le mamelon , en arrière de la grande batterie, observait attentivement Tattaqiie du plateau de Margrave-Neusiedel , qui se trouvait à trois quarts de lieue de distance. Dans ce moment même, un aide de camp du maréchal Masséna vint lui annoncer les progrès de Taile droite de l'ennemi , la retraite de la division Boudet et la perte de son artillerie. Cet aide de camp faisait observer que le canon que nous entendions derrière nous, dans la direction d'Essliug et deRasdorff, était celui de Tennemi. Napoléon, uniquement occupé de l'attaque du maréchal Davoust, paraissait ne faire aucune attention au rapport de l'aide de camp de Masséna; et apercevant enfin que les lumières du canon du maréchal Davoust étaient certainement au delà de la tour de Margrave-Neusiedel^ il i*épondit à l'aide de camp : « Si l'artillerie de Boudet est prise , c'est a qu'elle était là pour cela; allez dire à Masséna « que la bataille est gagnée. » — Elle Tétait en effet, puisque le maréchal Davoust ayant formé ses divisions sur le plateau, prenait en flanc tout le corps du prince de Bosenberg, et le refoulait sur le centre, pendant que le général Oudinot et le prince vice-roi passaient le ruisseau, gravissaient la hauteur, et attaquaient à la baïonnette les bataiUons de la masse d'infanterie que la grande batterie de la garde venait xle foudix>yer.
L'archiduc Charles avait déjà fait ses dispositions pour la retraite; mais il l'aurait difficilement exécutée, et la bataille de Wagram aurait eu de bien autres résultats pour les Français , si la charge de cavalerie que Tempereur avait ordonnée avait été exécutée au moment décisif. Le maréchal Bessières, qui venait de recevoir Tordre de charger avec toute la cavalerie de la garde, ayant eu son cheval tué sous lui par uo boulet, fut roulé : on le crut mort. L'ordre ne put être transmis au général Walther qui se trouvait en tête de la colonne de cavalerie de la garde : cette cavalerie venait de défiler devant l'empereur, en poussant des cris de victoire, pendant que l'empereur leur répétait : a Ne sacc brez pas; pointez, pointez!» Cette colonne dut s'arrêter sur le mamelon derrière la batterie de la garde, et elle perdit beaucoup d'hommes par le boulet de l'ennemi.
L'aile gauche de l'armée autrichienne céda au maréchal Davoust toute cette partie du champ de bataille, et fit sa retraite par la route de ^ickolsburg. Le centre et l'aile droite marché* rent par Anispitz sur Stockerau : à mesure que cette aile droite cédait du terrain dans la plaine, en s'appuyant au Danube, le maréchal Masséna^ (|ui avait rétabli le combat, la pressait autant que pouvait le lui permettre la nombreuse artil-
lerie qui couvrait le mouvement des ennemis. La cavalerie française souffrit beaucoup du feu «le cette artillerie, et de celui des carrés de l'infanterie autrichienne, qui, bien soutenue, se retirait en bon ordre. Ce fut là que le brave général Lasalle fut tué.
L'empereur, qui était resté jusqu'alors entre les deux masses de cavalerie, celle de sa garde et celle de la division Nansouty, exposé au feu croisé des batteries autrichiennes, se retira un peu en arrière, s'assit d'abord sur un tambour, et se coucha ensuite sur la terre pour prendre quelque repos. Dans ce moment le général de Wrède déboucha dans la plaine avec une division de troupes bavaroises; il vint prendre les ordres de l'empereur, qui le dirigea sur le village de Wagram, à la poursuite de l'ennemi; il y fut blessé quelques moments après.
Vers sept heures du soir, l'armée autiichienne avait entièrement évacué le champ de bataille et toutes les positions; l'empereur fit dresser »e8 tentes, et pendant que la cavalerie poursuivait les arrière-gardes autrichiennes, il se porta iurla ligneau delà du ruisseau, et s'arrêta devant e corps du général Macdonald : il le félicita de a belle charge à la baïonnette qu'il avait conluite, et l'embrassa, en l'appelant monsieur le ^arikhal. Le prince de Neuchâtel qui était au-
près de lui , dit : a Voilà connue les braves gens <c se raccommodent. » Il faisait ainsi allusion à l'espèce de disgrâce dans laquelle était resté le général Macdonald , depuis le procès du général Moreau.
L'empereur, revenu à son bivouac à huit heures et demie 9 venait de descendre de cheval, lorsque le cri : « Aux armes! 9» venu de l'aile droite, retentit sur toute la ligne. Quoiqu'on ne pût guère douter que ce ne fût une fausse alerte, l'empereur fit battre le rappel, remonta à cheval, et se dirigea lentement vers la droite, suivi de tout son état-major. Un officier général» qui blâmait cette inquiétude après une si glorieuse journée, fut sévèrement réprimandé par Teropereur: « Apprenez, monsieur le général, lui dit-il» a que la victoire ne doit jamais inspirer trop de ce sécurité; et qu'elle peut échapper à celui qui ce s'y confie sans méfiance. »
Napoléon soupçonnait avec raison que Tarchiduc Jean, qui aurait pu, dès le matin, se réunir à son frère, avec un corps de vingt-cinq à trente mille hommes, arrivait en ce moment, et trop tard, sur le champ de bataille. Quelques» uns de ses coureurs avaient surpris des soldats qui s'étaient écartés dans la plaine et dans les villages environnants, et ceux-ci avaient répandu Talarme, qui s'était promptement propagée. Oo
POURSUITE DE l'cNNEAII. ^79
eut bientôt la certitude que ces coureurs s'étaient repliés, et que Tarchiduc Jean, informé des éyénements de la journée, ayant repassé la Marsch , se retirait sur Presboui^.
Je passai la nuit sous la tente du prince de Neuchâtel ; je reçus Tordre de rester sur le champ de bataille, pour faire rdever les blessés : j'employai à ces soins toute la journée du lendemain 7 juillet. J'arrivai fort tard à Amspitz, et je rejoignis, le 8, le quartier impérial à WoU kabruck. L'empereur y séjourna , pendant que l'armée défilait, poursuivant l'ennemi , savoir : le maréchal Masséna avec son corps d'armée et deux divisions de cavalerie sur la route de Ziiaim ; le maréchal Davoust sur la route de Nicoisburg, et tout le reste de l'armée , par une route intermédiaire , pour passer la Taya.
Le maréchal Masséna eut un vif engagement au pont (le Znaim , et dans les faubourgs de cette petite ville que l'ennemi occupait en force. L'archiduc Charles avait pris position en arrière de la ville, la droite appuyée à la Taya^ coupant la route de Bohême ; l'empereur manœuvrait Dour s'élever sur le flanc gauche de l'armée au- :richieiHie : en la débordant ainsi, il coupait ses romniunications avec la Hongrie par Brùnn, ft la rejetait en Bohême. Déjà le corps du géicral Mannont (qui, ainsi que les généraux
38o POSITION SUR LA TATA.
Oudinot et Macdonald , avait élé élevé en même temps qu'eux au grade de maréchal defempire) avait passé la Taya et marché en avant : il se trouvait en mesure d'attaquer cette aile gauche. Le maréchal Davoust, après avoir poursuivi jusqu'à Nicoisburg ies débris du corps du prince de Rosemberg qui se retiraient sur Brûnn, remontait la rive gauche de la Taya avec tout son corps d'armée.
La position de l'armée autrichienne était trèsmauvaise, très-resserrée y et l'archiduc Charles ne pouvait la tenir plus longtemps sans risquer de perdre une bataille encore plus décisive que celle de Wagram. L'empereur Napoléon porta son quartier général au château de Laa, sur la rive gauche de la Taya, et le lendemain, tous les corps de l'armée se trouvant en ligne, il fit établir son bivouac avec toute la garde sur le plateau en face de la ville de Znaim , dont uous n'étions séparés que par un ravin , sur les escarpements duquel les avant-postes des deux partis se fusillaient.
Le même jour, dans la soirée, après que rempereur eut reconnu lui-même la position, on lui annonça l'arrivée du prince Jean de Lichtenstein qui, s'étant présenté comme parlementaire aux avant-postes du maréchal Masséria, avait été contraint de suivre la roule de Vienne, |K)ur
ARMISTICE DE ZNAIM. 38l
venir trouver l'empereur par les derrières de notre armée : il venait, au nom de l'empereur François y proposer un armistice, dont les bases furent posées cette même nuit après une longue conférence.
Le lendemain, le prinq^ étant reparti, Teitlpereur me fit appeler, et en présence du prince (le Neuchâtel , il me remit les bases convenues , et me chargea d'aller au quartier général de l'archiduc Charles, pour régler, d'après les instructions que me donnerait le major général ^ les différentes clauses et les détails de l'armistice. Je partis peu d'instants après avec un trompette; je traversai la ville de Znaim, où commandait M. le prince de Reuss : je reilcontrai à peu de ^distance de la ville un poste de uhians, et je demandai à être conduit au quartier général. J'observai sur ma gauche, en suivant la route de Bohême , un grand mouvement de cavalerie, |ui se dirigeait de la droite de la position vers a gauche. Je fus arrêté peu d'instants après par m groupe d'officiers d'état-major, à la tête des* |uels était M. le prince de Schwartzemberg ; il ivait auprès de lui le prince Maurice de Lichenstein, frère du prince Jean. Lorsque j'eus ommuniqué au prince de Schwartzembei^ nés ordres et ma mission, il me dit que je ne ouvais aller au quartier général de l'archiduc.
38a ARMISTICE DE 2NAIM.
qu'il était à quatre lieues plus loin ; que vraisomblablement je ne l'y trouverais plus^ et qu'il avait ordre de diriger les parlementaires relatifs à Tarmistice sur le quartier général du général WimpfFeii, chef (Fétat-inajor de l'armée, qui avait reçu lesins* tructions et tous les {pouvoirs de l'archiduc relativement à cet objet. Le prince Maurice offrit de m'y accompagner. Je renonçai, à regret, i l'honneur de saluer M. l'archiduc Charles, et de traiter directement avec son Altesse Impériale. Le prince Maurice nous conduisit à un village éloigné à peu près d'une lieue sur la droite. Noiu n'y trouvâmes point le général Wimpffeo, qui n'arriva que deux heures après, parce que, sans doute, on l'avait fait avertir au quartier de M. l'archiduc. Je débattis avec ces messieurs les différentes clauses du traité d'armistice, telles qu'il m'avait été prescrit de les stipuler. Le général Wimpffen les signa , comme fondé des pouvoirs de M. l'archiduc Charles, et m'annonça que le général de cavalerie de Rothkirch sertit chargé, comme commissaire^ de l'exécHtion de la convention.
Pendant que je conférais avec le général Wimpt fen , le gros de l'armée autrichienne avait déji été mis en marche vers la frontière de Hongrie, en suivant la route d'Iglau à Brunn, ne laissant devant nous que quelques arrière-gardes de ca-
ARMISTICR DE ZNAlM. 383
(ralerie. Lorsque je repassai par Znaim j je trouvai la ville occupée par les troupes du maréchal IVIasséna, qui venait d'y établir son quartier général. J'allai le féliciter; il voulut bien me racon^ ter lui-même tous les détails de ce qui s'était passé à l'aile gauche de l'armée pendant la jour*' née du 6 juillet; il était encore fort incommodé des suites d'une chute qu'il avait faite quelques jours avant la bataille; il n'avait pu monter à cheval et s'était fait conduire dans une calèche au milieu du /eu et des plus grands dangers. Plusieurs boulets avaient atteint cette voiture, et un entre autres avait traversé^ entre ses jambes ^ le siège de la voiture : c'était la même situation que celle du maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Son fils aîné, lui servant d'aide de camp, ne l'avait pas quitté un seul instant : « Ce « drôle-là, me disait-il en me le présentant, m'a c causé plus de soucis que toute l'armée autri- « chienne. »
L'empereur était déjà retourné à Schœnbrunn : je m'y rendis et continuai, pendant tout le temps des négociations, à remplir les fonctions de chef d'état-major et de commissaire impérial pour l'exécution de l'armistice. J'eus fort à me louer de la scrupuleuse exactitude et de la loyauté du général Rothkirch.
Ce fut vers cette époque qu'un jeune étudiant,
!tS4 TENT\T1VE l)*ASSASSI!VAT SUR l'bHPERKDR.
membre de la fameuse société du Tiigenbund, fanatique assassin, voulut attenter à la vie de lempereur, et fut bien près d'exécuter son ho^ rible dessein^ au milieu de la parade, dans h cour du château de Schœnbnmu. Il avait remar que que les soldats blessés, sortant de Thôpitalt étaient fréquemment admis à présenter leurs demandes à l'empereur, ordinairement après que les troupes avaient défilé. Il hasarda de s'approcher de lui lorsqu'il parcourait les rangs de la garde, après avoir passé en revue le% bataillons de marche, qui étaient toujours formés en première ligne. Je venais de quitter l'empereur, et je retournais à mon poste, au pied du grand escalier, lorsque cet individu passa à oôté de moi : il rencontra par hasard , à dix pas seulement de l'empereur, le prince de Neuchâtel, qui vaiait de me parler. Celui-ci lui demanda ce qu'il voulait; et comme il montra un papier qu'il voulait, clis<iit-il, présenter à l'empereur, le prince le repoussa de la main et lui dit de se retirer au delà des sentinelles qui formaient la haie : mais cet homme s'étant obstiné à le suivre pour s'approcher davantage de l'empereur, le prince de Neiichâtel appela le général Rapp et lui dit de le faire retirer. Alors deux gendarmes d'élite s'approchèrent et le conduisirent hors du cercle de la parade; comme il se refusait à les suivre» ils le
TEIfTATIVE d'assassinat SUR l'kMPEREUR .385
saisirent par le bras qu'il portait en écharpe, feignant d'être blessé, et ils trouvèrent sa main droite armée d'un poignard, ou plutôt d'un couteau à deux tranchants. On l'amena au poste du château y et, après la parade, l'empereur ordonna qu'on le fit venir devant lui. Ce misérable, sans perdre contenance, répondit a l'empereur qu'il s'était dévoué pour délivrer l'Allemagne de sa tyrannie. L'empereur dit alors à son premier médecin Corvisard d'examiner ce fanatique assas* sin et de lui tâter le pouls. Corvisard obéit et déclara que son pouls était dans Tétat naturel et ne dénotait pas la moindre émotion. — « Et si je a vous faisais grâce? dit l'empereur. — Vous au- « riez tort, répondit le jeune homme, car j'es- « sayerais encore de vous tuer. » On ne put obtenir de lui aucun autre aveu que la déclaration qu'il avait pris seul cette résolution et qu'il n'avait aucun complice. L'empereur ordonna dans la soirée qu'on le mit entre les mains du prévôt de l'armée, comme espion; il fut fusillé le lendemain à la pointe du jour.
Quoique la ligne de démarcation eût été fort clairement tracée dans la convention , j'avais souvent, de concert avec mon collègue le commissaire autrichien, à redresser quelques petites infractions dans la position des avant-postes. I^ pins remarquable fut celle que se permit le prince III. 25
386 iNFRA^cTioN ^ l'armistick.
Joseph Poniatowsky sur la frontière de la Gallicie : informé qu'une colonne autrichienne de quelques bataillons de milice , ayant avec eiii quatre pièces de canon ^ se retirait en Hongrie, où toute Tarmée autrichienne s'était ralliée, il dépassa la ligne de démarcation avec un fort détachement, coupa cette colonne , prit une position avantageuse sur le territoire autrichien y et prétendit la conserver ainsi que les prisonniers et l'artillerie dont il s'était emparé. Je soumis au major général les plaintes très-fondées du commissaire autrichien, et lui demandai ses ordres avant d'en écrire au prince Poniatowsky. Le ma* jor général nie répondit que cette affaire ne le regardait pas, et que l'exécution du traité d'armistice m'était confiée sous ma responsabilité. Je ne balançai point à donner au prince Ponia* towsky l'ordre de se conformer au traité^ de rendre les prisonniers et l'artillerie^ et de faire rentrer ses troupes en deçà de la ligne de démarcation. L'empereur, directement informé par le prince de son incursion et des avantages qui pouvaient en résulter dans le cas de la reprise des hostilités, improuva ma décision. Il me fit appeler pour lui en rendre compte en présence du prince major général et du vice-roi d'Italie; il me reprocha vivement, ainsi qu'au major général, de vouloir ménager les intérêts de l'en*
HKPRIMANDH 1>E LFMPEIIFUR. 38^
iiemi et de faire notre cour à ses dépens. « De <r quoi vous avisez-vous 9 messieurs , de décider (c ainsi de votre propre autorité sur des objets c( d'une telle importance? C'est donc vous qui <c commandez l'armée, et je suis ici il re di cope? « Voyons, M. le général Dumas, Totre registre « de correspondance. » Je le lui soumis, en lui indiquant ma dernière lettre au prince Poniatowsky; il la parcourut, montra beaucoup d'buraeur, et jeta le registre sur le parquet. Comme ^ je répondais aux questions qu'il m'adressait sur différents points en litige relativement à l'exécution de l'armistice, et plus particulièrement sur la place de Zara, en Dalmatie, dont il exigeait la remise immédiate, le prince Eugène qui se promenait avec lui se retourna et me fil signe de ne pas répondre; mais cela m'était impossible. Berthier garda le silence le plus obstiné, a Vous vous croyez donc des hommes bien ce importants, messieurs les che£s d'état-major! <c j'ai fait de vous de trop grands seigneurs, et n vous caressez ceux de la cour d'Autriche. Si u^ ic officier général autrichien eût pris sur hii de « donner de semblables ordres, il serait envoyé tf dans un château fort. Les chefs d'état -major « ne doivent être que des instruments ; je n'ai « qu'à faire entrer ici le jeune Marbœuf, offiu cier d'ordonnance, qui est là dans le salon
388 TÉMOIGNAGES DE SATISFACTIOIC.
« de service, et j'en ferai mon major général. » Après nous avoir ainsi gourmandes, il nous congédia, et il ne fut plus question de cette affaire. J'achevai de remplir ma double mission, jusqu'à la conclusion du traité de paix. Je fus aussi chargé par l'empereur de rédiger un règlement de service en campagne, d'après les ordonnances en vigueur, et les divers ordres du jour qui avaient été précédemment publiés. I^es divers chapitres de ce règlement furent succès- ' sivement soumis à l'empereur, qui fit lui-même de notables corrections. Le chapitre des fonctions et des devoirs des gouverneurs et commandants de place fut entièrement dicté par lui. Il approuva tout le reste, en ordonna l'impression et la distribution à Tarniée. Ce travail a , depuis, servi de base à l'ordonnance plus développée qui est aujourd'hui en vigueur.
Quoique je dusse craindre d'avoir déplu en faisant mon devoir, je n'eu fus pas moins trèsbien traité : l'empereur me nomma grmd <^cier de la Légion d'honneur, et m'accorda une dotation de treize mille francs de rente sur des bicm de couvents supprimés dans le duché de Parme; je jouissais déjà d'une autre dotation plus considérable dans le pays de Hanovre.
On n'avait rien stipulé dans le traité de pais relativement à la remise des provinces restituées
CONVElfTlOM MILITAIRE. 'iSg
à rAutriche, et à leur évacuation parles troupes françaises : il avait été convenu seulement qu'il serait fait une convention militaire pour régler ces objets. Je fus chargé de cette négociation au nom de Fempereur Napoléon , et d'après les instructions qui me furant transmises par le major général. M. le comte de Wûrbna, grand chambellan de l'empereur d'Autriche , lut chargé de traiter avec moi. Le major général prince de Neuchâtel, auquel l'empereur venait de conférer le titre de prince de Wagram , reçut ordre de rester au château de Schœnbrunn, après le départ de l'empereur y jusqu'à la conclusion de cette convention militaire, qu'il devait ratifier, et signer de son nouveau titre, condition qui paraissait fort dure, et dont j'eus beaucoup de peine à obtenir l'exécution. Toutefois ce ne tut point là encore la plus grande difEurulté que j'eusse à surmonter. L'empereur Napoléon, usant (lu droit de conquête, même après la condusion du traité de paix, voulait faire démanteler la place de Vienne, et avait donné l'ordre de cAtinuer les travaux commencés au grand bastion, et qui étaient dirigés par le général Bertrand. Les Autrichiens firent tous leurs efforts pour pré» venir l'entière exécution de cet ordre rigoureux. M. de Wùrbna, qui voyait bien, que ce dernier sacrifice était impérieusement exigé, ramena les
390 DLSTRUCTION DES REMPARTS DE VlEIfNK.
esprits justement aigris, et j'eus personnelleoienl fort à me louer de la justice qu'il me rendit, et de ses égards pour ma position : en effet , je ne pouvais céder sur aucun des points fixés dans mes instructions 7 ni modifier, ni retarder l'exécution. Tous les fourneaux de mine étant prêts et chargés , on y fit mettre le feu , et les revêtements de ces vieux et formidables remparts furent renversés dans les fossés. Cette terrible explosion , pendant que nous tenions dans l'hôtel du comte de Wûrbna la dernière séance de la commission, produisit l'effet d'un tremblemeol de terre, et l'on crut, pendant quelcpies instants, que la cathédrale (l'église Saint-Étienne ) en aurait souffert de grands dommages. L'inclinaison singulière et bien connue de la flèche du clocher paraissait augmentée. La convention fut signée avec toutes les conditions que l'empereur avait dictées; elle fut ratifiée par le major général, prince de Wagram, sous ce nouveau titre, malgré les représentations des commissaires autrichi^is, sur ce qu'ils appelaient le dernier outrage. Je reçus Tordre de séjourner à Vienne jusqu'à l'entière exécution de la convention. Je fus asscx heureux pour remplir cette mission délicate sans choquer aucune convenance, et toutefois sans dévier en aucun point des instructions très-rigides qui m'avaient été données. J'accordai et je
SEJOUR A. VIEDTME. SqI
fis valoir les petites concessions qui ne touchaient pas au fond des stipulations consenties : je fus en cela aidé et soutenu par M. le maréchal Davoust, dont le corps d'armée occupait Vienne, et devait faire l'arrière-garde, en se retirant sno cessivement sur la position de Saint-Polten ^ ensuite sur la ligne de l'Eus.
J'avais gardé auprès de moi pour me seconder mon ancien aide de camp et mon ami le colonel Louis Romœuf , que le maréchal Davoust avait bien voulu détacher de son état-major. Ce fut pendant mon séjour à Vienne que je présentai le colonel Romœuf à madame de Traunvyrieser. Cette dame avait une très-belle maison de campagne aux environs de Vienne, sur la montagne appelée le Kahlemberg. Dans les premiers moments d'invasion , cette maison de campagne avait été fort maltraitée par les troupes vsrurtembergeoîsesj on avait surtout enlevé de très-beaux chevaux, transylvaniens 9 que j'avais fait rechercher et rendre à madame Traunwieser : elle mit beaucoup de prix à ce petit service , et me fe témoi* gna par toutes sortes d'égards et de procédés. Sa iille unique, mademoiselle Charlotte, était une des plus belles personnes de Vienne, pleine de grâces et de talents^ elle distingua le colonel Romœuf : sa mère approuva les soins qu'il lui rendait, et s'engagea à lui accorder sa main, aussi*»
39^1 RENTRÉE A VIENNE DE l'eMPëREOR FRANÇOIS.
tôt que les circonstances le permettraient. Tétais fort heureux du bonheur de mon ami, et d'avoir pu contribuer à une union qui, sous le rapport de la fortune, était aussi très-avantageuse. La paix récemment conclue confirmait les espérances d'un couple si bien assorti : j'étais loin de prévoir que de nouveaux orages éclateraient dans le nord de l'Europe , et que les espérances de mon ami s'évanouiraient avec la vie sur le champ de bataille où il fut mortellement frappé, et mourut dans mes bras.
La ville de Vienne et tout le cercle de la basse Autriche ayant été d'abord évacués, l'empereor François rentra dans sa capitale, et je fus témoin de l'accueil qu'il y reçut; il arriva de nuit dans la ville, qui fut spontanément illuminée : il était en voiture découverte, et avait auprès de lui son fidèle ami le comte de Wùrbna. Il parcourut ainsi les principales rues de la ville au milieu des plus vives acclamations et des bénédictions du peuple. Je fus admis, peu de jours après, à une audience de l'empereur François : j'y fus introduit par le comte de Wûrbna, et accueilli de la manière la plus honorable. L'empereur m'ex* prima plusieurs fois sa haute estime pour l'em* pereur Napoléon et son désir sincère d'affermir de plus en plus la paix et la bonne harmonie entre les deux nations.
RETOUR EN FRANCE. JgS
Vers la fin de décembre 1809, ma mission étant remplie, et les provinces autrichiennes qui devaient être restituées, étant entièrement évacuées par les troupes françaises, je reçus ordre de retourner à Paris. Je m'arrêtai à IJnz pour prendre congé de M. le maréchal Davoust, et ensuite à Munich, pour faire ma cour à S. M. le roi de Bavière, et le remercier de ce qu'il avait bien voulu me conférer le grand ordre militaire de Maximilien : il avait ajouté à cette faveur le soin d'obtenir pour moi, de l'empereur Napoléon, la permission de m'en décorer. Je reçus aussi un honorable témoignage de souvenir de S. M. l'empereur d'Autriche ; M. de Wûrbna m'envoya de la part de S. M. une boite contenant le portrait de l'empereur François, entouré de dia* mants. L'empereur Napoléon me permit de l'accepter.