‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 91 sur 112 · SECONDE SORTIE · texte numérisé non relu

SECONDE SORTIE

la place. Quelque précaution que l'on prit pour dérober à l'ennemi cette tentative, il n'était pas vraisemblable qu'il n'eût pas pourvu d'avance aux moyens de la faire échouer. Le combat s'engagea à une demi-lieue de la ville. Le comte de Lobau trouva sur les premières hauteurs des forces supérieures et si avantageusement postées, qu'après avoir fait les plus vigoureux efforts, il dut renoncer à poursuivre sa marche» replia ses troupes et rentra dans la place.

Nos embarras s'accrurent de jour en jour, d'heure en heure : la présence d'une partie de la famille royale n'était pas le moindre, et gênait beaucoup le maréchal. Il résista fermement aux plus vives sollicitations des principaux habitants et surtout des personnes attachées à la cour qui le suppliaient de ne pas prolonger une si inutile défense; enfin les communications, qu'il était difficile d'empêcher entièrement, amenèrent des pourparlers. Deux colonels, l'un neveu du comte de Lobau et son premier aide de camp, l'autre M. Marion, commandant l'arme du génie, furent chargés de conférer avec les o£BM:iers autrichiens envoyés par le baron de Klenau, et, selon leurs propositions, de poser les bases d'une capitulation pour les soumettre ail Biaréréchal. On ne put se mettre d'accord. Ck>mme j'avais dit au maréchal SainUCyr que le baron de

536 GOIfFl^RrifCES pour la CAPITULàTIOBT.

Rothkirch, chef d'état-major du général Rlenau, devait être le même que celui avec lequel j avais été chargé à Vienne, pendant la campagne de 1809, de l'exécution de l'armistice, M. le maréchal m'onlonna de lui proposer une conférence f et me fit l'honneur de me charger de ses pouvoirs. Je me rendis aux avant-postes de Fennemi, dans une petite maison isolée, sur la hauteur la plus voisine de la place, vers l'entrée de la vallée de Tarant. Je fus très-étonné d*abord de ne pas reconnaître Rothkirch : c'était son frère, qui m'accueillit avec beaucoup de politesse. Ck>mme je commençais à l'entretenir, je vis s'approcher de la maison un officier général avec son escorte. J'entendis prononcer mon nom, et je reconnus bientôt le lieutenant général marquis de Chasteler, que j'avais connu et rencontré dans le Tyrol à la fin de la campagne de 1801, et revu depuis à Paris où j*avaîs été assez heureux pour lui rendre quelques bons offices relatifs à ses intérêts en Belgique. Ce* tait l'un des généraux les plus distingués de l'ar* mée autrichienne; il était inspecteur général de l'arme du génie et gouverneur de la forteresse de Theresienstadt ; il était intimement lié avec le général Klenau , et avait sans doute été appelé près de lui pour l'aider de ses conseils. U feignit d*abord d'être étonné de me retrouver là. U en*

CONFÉRBNGES POUR Là ClPITOLATIOlf. 537

tra bientôt en conversation sur l'objet dont nous étions occupés, et me laissa connaître qu'il était autorisé par son collègue et son ami le général Klenau à traiter définitivement, si nous pouvions nous entendre. « Ce sera très-facile, lui dis-je, si, ce comme je n'en saurais douter, vous mettez « dans la manière d'apprécier votre situation et tf la nôtre autant de bonne foi que M. le maréchal «t Saint-Cyr. Vous ne pouvez pas songer à nous « attaquer de vive force. — Pourquoi? me dit-il. « — Parce que vous voyez d'ici parfaitement « nos moyens de défense, et M. le maréchal « vous offre de venir avec moi les reconnaître • vous-même. Vous souffrez déjà beaucoup de « cette saison pluvieuse. — Oui , me dit M. de aCasteler, mais notre équipage de siège va a nous arriver. — Il serait ici, lui dis-je, et « vous nous auriez déjà salués de quelques « bombes si vous aviez pu anaener une seule tf pièce. » — Il en convint, du moins par son silence. Je fis alors sur nos ressources en vivres tous les mensonges d'usage, car la vérité était que nous n'en avions plus que pour trois jours. J'ajoutai que M. Klenau, qui sans doute était (Chargé de faire le siège de Torgau aussitôt qu'il en aurait les moyens, devait être aussi pressé d'occuper Dresde que M. le maréchal Saint-Cyr pouvait l'être d'en sortir; que cette ville et le maté^

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riel que nous y laisserions si la capitulatioo avait lieu y lui seraient sans doute plus proStables que le succàs presque incertain d'une attaque de vive force qui lui coûterait peut-être le tiers de son année. M. de Chasteler répliqua par des dénégations , et finit par me dire : « Mais à quela les conditions prétendez-vous? — Aux mêmes a conditions, lui dis-je, que Napoléon accordj « au maréchal Wurmser à Alantoue, où ce maa réclial se trouvait précisément dans la même « position oii se trouve aujourd'hui le maréclul « Saint-Cyr. » Après une longue discussion, cette base fut adoptée; et il fut convenu en conséquence que le corps de troupes renfermé dans Dresde sortirait avec les honneur» de la guerre pour se rendre en France, avant en tête de chaque colonne de marche une pièce de canon et cent hommes armés, emportant ses aigles 9 ses bagages; que le reste déposerait le» armes , etc. , etc. La capitulation fut rédigée d'après ces préliminaires, signée et ratifiée le lendemain.

Aussitôt que les postes que nous étions convenus de leur livrer eurent été occupés par les Autrichiens, et que les articles de la capitulation eurent été fidèlement exécutés des deux parts, les troupes françaises furent mises en marche en trois divisions, à un jour de dis-

CAPiTL'LATios ui. im§\tm ii^

tauce, sur la route dont la directioD et les État* lions avaient été réglées. Les géoénux bartmdt Kienauy marquis de Chasteler, et comte de Toktoy vinrent faire visite à M. le marédial Saint* Cyr. Dans cette conversation où je me trouvai, on raisonna beaucoup sur les conséquences probables des derniers événements, et M. de Tolsloj discutant avec moi sur le passage du Afaio et Finvasion de la France, me dit : « Vous pouvez a tenir pour certain que la paix ne se fera qu'à ff Paris, après que nous vous aurons rendu dans « votre capitale 9 la visite que vous nous avez a faite à Moskou. — J'espère, lui dis-je, que vous <* rencontrerez de plus grandes difficultés que « celles que nous avons surmontées. » M. de Klenau nous dit qu'il avait envoyé la capitulation au quartier général des souverains alliés; mais il n'exprima pas le moindre doute que sa conduite ne fut approuvée ; et il n'avait été nullement question d'attendre cette approbation pour exécuter toutes les clauses de ladite capitulation. Il fut convenu que le général comte Durosnel, gouverneur de Dresde, et moi, nous nous rendrions directement en France pour rendre compte à l'empereur. En conséquence, on nous délivra des passe-ports et on nous fit accompagner par un officier autrichien pour nous servir de sauvegarde. Nous partîmes ^ poste , n'em-

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menant avec nous qu*un petit nombre de personnes. De mon coté , j'avais avec moi mon gendre le baron de Saint -Didier, et mon aide de camp le chef d'escadron Poncet. M. le maréctul Saint-Cyr partit en même temps avec son étatmajor et ses équipages , suivant la marche de la troisième colonne.

Notre voyage fut très-heureux et sans obstacle jusqu'aux bords du Rhin. Nous nous étions arrêtés quelques instants à Carlsruhe, et noiis avions dépassé Rastadt, lorsque nous fumes arrêtés à Ettlingen par un ofQcier de Fétat-major des alliés, le comte de Paer, aide de camp du prince de Schwartzcnberg que nous avions connu à Paris. Il nous annonça avec beaucoup de politesse que la capitulation de Dresde n avant point été ratifiée par les souverains, il avait reru l'ordre de s'opposer à notre rentrée en France, et de nous conduire au quartier général du général Giulay qui se trouvait à Baden. Nos protestations contre cette violation furent inutiles et le lendemain nous rétrogradâmes et nous arrivâmes de bonne heure chez le général Giulay. Celui-ci nous reçut fort bien , nous fit servir du café et nous annonça qu'il avait ordre de nous envoyer auquartiergénéral des souverains à Francfort, d'où vraisemblablement nous serions ramenés à Drosde ; que M. le maréchal Saint-C}r

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devait y rentrer avec sa garnison, et que les choses devaient être mises dans le même état où elles étaient avant la capitulation improuvée par les souverains. Le comte Giulay parut un peu embarrassé de nos observations sur cet acte inouï dans les annales militaires. Je lui rappelai particulièrement que nous en avions agi tout autrement, et surtout à son égard, lors de la capitulation dHQlm, de rexéciitionde laquelle j'avais été particulièrement chargé par l'empereur Napoléon, et qu'après cette capitulation, par laquelle vingt-deux officiers généraux autrichiens furent nos prisonniers, luimême M. de Giulay ayant désiré de se rendre immédiatement auprès de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, j'avais transmis sa proposition à l'empereur Napoléon et lui avais fait délivrer des passe-ports pour aller à Vienne. Il nous témoigna ses regrets, et ne nous cacha point qu'il blâmait la conduite tenue à notre égard.

Nous partîmes pour nous rendre à Francfort, suivant la route appelée le Land-Strasse, et traversant les cantonnements de l'armée alliée* Arrivés à Darmstadt, résidence du landgrave, nous y rencontrâmes un officier général autrichien^ M. de Herzogenbosch , attaché à l'étatmajor du prince de Schwartzenberg, et chargé de nous faire stationner à Darmstadt et d'y rester auprès de nous jusqu'à ce qu'il reçût de nou-

54^ VIOLATION DE LA CAPlTULilTfON.

veaux ordres sur notre destination ultérieurf Nous fûmeSy le général Durosnel et moi, trescontrariés par cette disposition : nous désirions beaucoup d'avoir une explication avec le prince de Schwartzenborg, général en chef des armm alliées, sur la violation de la capitulation de Dresde ; il nous importait de protester au nom du maréchal Saint-Cyr et de son corps d armée, en présence des souverains alliés et à leur granH quartier général, contre un acte aussi déloyal quV noui dans les fastes militaires. Nous nous flattions même que cette circonstance et les pourparlers qu'on disait avoir eu lieu entre le baron de Saint- Aignan et le prince généralissime pourraient n'être pas sans influence sur les prétendues ouvertures de paix dont on parlait depuis quelques jours : mais on nous fit l'honneur de craindre nos réclamations contre un manque de foi injustifiable.

Après cinq jours de séjour à Darmstadt, nous y apprîmes par M. de Herzogenbosch que M. le maréchal Sainl-(^yr avait rejeté la ridicule et insolente proposition qui lui avait été faîte, et qu'après avoir énergiquement protesté^ il s^était reconiin prisonnier de guerre, ou plutôt s^était rendu lui (*t son armée à l'abus de la force et au manque de foi. En conséquence il avait été décidé que nous serions conduits en Hongrie,

ENVOI En HOlfGR». 54^

OÙ les colonnes françaises et le maréchal luî*méme se rendaient sous escorte en traversant la ho^ héme.

Nous nous mimes en route dès le lendemain avec Tofficier autrichien qui jusque-^ là nous avait toujours accompagnés. Nous passâmes par Nuremberg; nous entrâmes en Bohême parEgra, et nous rejoignîmes le maréchal Saint-Cyr à Carlsbady où sa santé fort altérée Tavaitforcé de s'arrêter, et où il obtint de fixer son séjour pendant sa captivité.

Tout ce qui avait appartenu à la garnison de Dresde fut dispersé et dirigé sur la Hongrie. Notre route fut tracée de manière à éviter la ville de Prague, que je regrettai de ne pas voir. Mes équi^ pages me rejoignirent dans la petite ville de Brandessi, à quatre lieues de Prague, où mon cousin l'ordonnateur Combes les conduisit, après avoir déposé à Tœplitz, dans une maison sure, tous les papiers de mon administration.

Après avoir organisé notre triste caravane el fait vendre à vil prix, à Prague, le superflu de nos équipages, nous partîmes pour la Hongrie en suivant les stations qui nous étaient indiquées. Nous suivîmes d'abord la grande route de Vienne jusqu'à Iglau, et ensuite, par des routes transversales et d'horribles chemins, laissant Briin à no» tre gauche, nous arrivâmes à Hollilz, maison de

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