MARCHE DE NAPOLÉON SUR PARIS
tard la cour et les conseillers de Louis XVIII sur leurs dangers et sur les effets désastreux de leur conduite inconsidérée.
Quand il fut impossible de douter du retour de Napolâw,^ 1^ considérai comme le plus grand mameuk^ui pût arriver à la France. Je doutai peudant plusieurs jours que Fémpereur fut détemffiné à venii^à Paris; et quoique je connusse bien la disposition des esprits et la désaffection générale , je ne pouvais me persuader que Napoléon pût rallier, en aussi peu de temp qu'il le fallait y les moyens d'une telle agression, quand il avait tant d'obstacles à vaincre, et que le moindre qui lui eût été opposé dans ses premières marches, pouvait l'arrêter et le faire échouer.
Entre les conjectures diverses que j'entendais former sur cette téméraire entreprise, la conception de son plan ne me vint point dans Tes* prit. Non , je ne pouvais croire que son nom seul, et une poignée de braves, qui représentaient la vieille grande armée, suffiraient pour réveiller tous les souvenirs , frapper toute la nation comme par un coup électrique, et faire voler de clocher en clocher le drapeau tricolore jusqu'au palais des Tuileries. La défec^ tion dos premières troupes qu'il rencontra, l'occupation de Grenoble, le passage du Rhône
DISGRACE DU MARÉGtÎAL SOULT. 563
à Lyon , malgré les efforts du maréchal Macdonald et la présence du comte d'Artois , accrurent bientôt les alarmes et la confusion.
Dégagé de mon serment envers rempereur, et lié par celui que j'avais prêté au nouveau gouvernement et à l'ancienne dynastie, je souhaitais qu'on pàt s'opposer à cette étrange invasion , et j'étais disposé à concourir À une juste résistance , si l'on jugeait à propos de m'y employer. M. le maréchal Soult, sur la conduite duquel les courtisans effrayés et criant à la trahison avaient jeté d'odieux soupçons, remit au roi le portefeuille de la guerre , et fut remplacé, sur la proposition de l'abbé de Montesquiou, par le général Clarke ( duc de Feltre ), dernier ministre de la guerre sous l'empire. On ne pouvait Êiire une plus grande faute dans des circonstances si critiques, que celle de dégoûter et d'écarter un homme tel que le maréchal Soûl t. Je suis convaincu qu'il aurait servi la cause royale avec vigueur, qu'il aurait prévenu de grandes défections, donné au roi et aux princes des conseils énergiques , et vraisemblablement arrêté l'empereur dans sa marche , avant qu'il eut atteint la ca* pitale. Jje duc de Feltre ne pouvait avoir sur l'armée l'ascendant nécessaire dans une tdle crise. £n exprimant mon opinion à l'abbé de Montesquiou sur l'issue trop probable des ne-
5G4 nisrosiTioMS de la. vieille gardf.
sures incohérentes qu on 'prenait , je l'avertis qiip l'empereur comptait sans cloute sur le dévouement de sa vieiUe garde qu'on avait impolitiquement éloignée, n'osant pas la licencier, et qui, forte encore de cinq mille hommes, formait les garnisons de Metz et de Nancy. Mon opinion était que si l'empereur ne pouvait rallier sa garde, il ne hasarderait pas d'entrer à Paris; je ne supposais pas que le roi et les princes songeassent à sortir des Tuileries, quelque chose qui pût arriver. Je remplissais consciencieusement mon devoir, en disant au premier ministre, comme je le pensais, qu'il fallait mettre l'empereur au défi de £aire le si^e du château des Tuileries.
Dans cette supposition , interrogé sur ce qu'il était le plus à propos et le plus ui^ent de faire, je répondis que la mesure la plus importante, c'était de retenir à Metz la vieille garde , de la bien traiter , et puisque , d'après les derniers rapports le maréchal Oudinot, qui la commandait, paraissait content de ses dispositions, il fallait tâcher de s'en assurer en la destinant à former la garde rovale, mais que surtout on devait éviter de la compromettre en l'opposant à Napoléon. Pouvait-on croire que ces vieux soldats soutiendraient les regards (lu héros, qu'ils méconnaîtraient le coniniandomrnt de ci'lui qui les avait si longtemps menés à