‹ Souvenirs du lieutenant général comte Mathieu Dumas de 1770 à 1836Chapitre 97 sur 112 · AUDIENCK DU ROI LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

AUDIENCK DU ROI LOUIS XVIII

la victoire, qu'ils attaqueraient franchement ceux de leurs camarades , fidèles compagnons de l'exilé à nie d'Elbe, et qui venaient rendre à l'immortelle phalange ses aigles et le drapeau tricolore? « Eh «bien, me dit le ministre, la faute est coni- « mise : on a envoyé au maréchal Oudinot l'or- K dre de partir avec la garde, et de la diriger « sur Dijon pour se joindre aux troupes du « maréchal Ney. Mais nous n'avons point de « nouvelles par le télégraphe ; il est peut-être « temps de révoquer l'ordre; venez avec moi « chez le roi. » Nous nous y rendîmes. Il entra le premier, et après quelques instants je fus introduit dans le cabinet de Sa Majesté. C'était le i6 mars à dix heures du soir. « Monsieur Du- « mas , me dit le roi , vous pensez donc qu'il « est dangereux de faire agir la vieille garde , « quoiqu'on la croie animée d'un bon esprit ? — a Oui , Sire, répondis-je, je crois que ces bra- « ves qu'on a trop maltraités , dont on s'est trop « défié , auraient fidèlement gardé Votre Ma- « jesté, et pourraient encore la sauver; mais je « pense aussi que cette troupe peut la perdre ^ « si on la met à portée de joindre l'empereur « Napoléon. — Eh bien , voulez-vous porter vous- (( même le contre-ordre ? — Je suis prêt à remc( plir mon devoir. — Allez dire au duc de Feltre '( qu'il expédie Tordre pour le maréchal Oudinoi«

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a de ne point sortir de Metz , et partez sur-le- « champ. »

Je ne perdis pas un instant. J'appris à Châlons que le mouvement de la garde avait commencé depuis deux jours, et que le maréchal Oudinot était parti avec les chasseurs formant la première colonne. Je me dirigeai sur Yitry , et de là sur Chaumont, où les chasseurs étaient déjà arrivés, et où je trouvai le maréchal Oudinot dans un extrême embarras. Toute la garde avait été pratiquée par des émissaires de Napoléon, et la sortie de Metz les avait servis à souhait. Le maréchal Oudinot me montra Tordre qu*on venait de lui remettre et qui était signé par le général Bertrand , comme major général , pour que toute la garde allât, à marches forcées, se réunir à Sens, quartier général impérial, a Us veulent tous y c( aller, me dit-il; je n'y puis plus rien. Us me i< respectent, mais ils me gardent à vue et ne m'o- (c béiront pas. Si je ne trouve moyen de m'échap- « per d'ici, ils me conduiront à l'empereur. » Je quittai Chaumont avant la pointe du jour, et me hâtai de renvoyer au maréchal Oudinot les chevaux du dernier relais, afin qu'il put aussi sortir de Chaumont sans en être empêche par le rassemblement de la troupe. Je rencontrai l'adjudant du régiment des grenadiers qui allait foire le logement: je traversai ensuite la colonne à la

KKTOUR À PARIS. SÔj

tête de laquelle était le général Priant, qui, sans^ doute , eut lobligeance de ne pas me reconnaître et me laissa passer. Je fis diligence pour rentrer à Paris, et je trouvai sur toute la route l'effet de la nouvelle de la marche de la vieille garde. A toutes les postes ma voiture était entourée par des gens qui criaient : Vive l'empereur. 9€ rencontrai à Meaux le maréchal duc de Bellune, qui se hâtait de se rendre à Châlons, où il devait prendre le commandement des troupes qu'on y faisait rassembler. Je l'étonnai beaucoup en lui apprenant tout ce que j'avais vu et entendu sur la route , car il était encore plein de confiance dans les mesures qu'on avait prises et dans la résolution de s'opposer à l'entrée de Napoléon à Paris.

J'arrivai à Paris le même jour, 19 mars, vers dix heures du soir. J'allai d'abord chez le ministre de la guerre pour lui rendre compte : je le trouvai rassemblant des papiers, et tellement préoccupé, qu'il m'entendit à peine et me dit seulement d'aller aux Tuileries pour faire connaître au roi la marche de la vieille garde. En traversant la cour des Tuileries je vis les voitures préparées. Je me présentai chez Monsieur; on me dit qu'il était chez le roi. Je montai dans la salle du trône où je trouvai plusieurs officiers de la maison des princes. Quelques instants après,

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