LETTRE DE TONY A SON FRÈRE AINÉ
Wintlerthur, 6 vendémiaire an VIII.
30 septembre 1799 (9° division, armée du Danube).
« Ainsi que je te l’ai promis, mon cher ami, je vais {e parler en gros de nos succès; le détail s'en
mille hommes, cent cinquante canons et nombre de drapeaux. Grâce à Dieu, je me suis sauvé de tout péril; j'ai eu cependant un cheval si grièvement blessé sous moi que j'ai dû l’abandonner et le remplacer par un excellent cheval de hussard russe que jai pris moi-même dans notre charge à l'entrée de Zurich. Tu ne te fais pas idée de la déroute de l'ennemi; presque toute leur infanterie, pour se sauver plus vite, a jeté ses armes et ils ont ainsi passé le Rhin les uns à Schaffouse, les autres à Constance. Le pillage de leurs équipages a été considérable; plusieurs trésors, tous les bagages et la berline du général en chef sont tombés entre nos mains et on a pris aussi les papiers et la voiture de l'Anglais Vickam. Nos troupes sont exténuées, sans quoi nous aurions fait bien plus de prises, les bois fourmillent de Russes égarés ou blessés; on les recueille et on les fait passer sur les derrières de l'armée; j'ai été blessé à notre entrée dans Zurich par quatre ou cinq coups de crosse de fusil qu’un Russe m'a déchargés sur la cuisse.
» La contusion a été très forte et toute la peau de la cuisse est devenue du plus beau noir,