‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 27 sur 78 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Octobre à Décembre 1805.

Séjour en Bavière. — Dénûment absolu. — Arrivée à Neubourg. — Reiset est logé chez la comtesse de Reisach. — Portrait de la comtesse. — Une soirée chez la duchesse de Deux-Ponts. — La comtesse de Flacksland. — Un homonyme, Antoine de Reiset, lieutenant au régiment de Waldner- Suisse. — Le château d’Olwiller. — Table ouverte. — Un régiment brillant. — Antoine de Reiset mousquetaire du roi. — Mademoiselle Oghny d’Arundel. — Le Prince Max de Deux-Ponts. — Ses folies. — Le château et les castors du comte de Hornstein. — Une belle chasse. — La vie à Neu-

bourg. — Diners, théâtres et réceptions chaque soir. — Regrets de Tony d’ètre éloigné de l’armée. — Il part brusquement et va rejoindre à Vienne Îles escadrons de guerre. — Accueil de Murat. — Le champ de bataille, — Ün mois à Vienne. — Schænbrünn. — Description du château. — Le fauteuil de Marie-Thérèse. — Le parc et sa ménagerie, — Reiset rejoint son corps en Moravie.

Pendant que l'armée continuait sa marche victorieuse, le général d'Hilliers ‘ recevait ordre

1. Louis Baraguay d'Hilliers, né en 1764. Lieutenant au régiment d'Alsace avant la Révolution, il resta au service et devint général en 1793. Il se distingua particulièrement pendant les campagnes d’Allemagne et à l’armée du Rhin. Il succomba prématurément en 1813 à la suite des fatigues qu'il avait éprouvées pendant la retraite de Moscou.

et un officier nous devança pour chercher quelques provisions dans les environs; nous eùmes un peu de pain, de lait et de beurre, et ce fut tout.

» Le 24, nous arrivâmes à Dischingen. Après avoir éprouvé tant de privations, nous fümes heureux d'arriver dans une région qui a relativement peu souffert. Le comte de Dischingen est seigneur de toute la région; nous y déjeunâmes, et il nous recut fort bien. Il a réuni dans son village des ouvriers de tous les métiers, et leur a fait établir une sorte de petite ville où chacun a une maison fort propre et d’une grandeur appropriée à son métier.

» Le 26, enfin nous arrivâmes à Neubourg. A mon arrivée, je fus voir le général Baraguay d'Hilliers et je fus logé chez le comte de Reisach. »

« Après avoir enduré toutes les fatigues, écrivait-il le 30 octobre à sa fiancée, souffert de la famine et de toutes les intempéries, je me trouve tout à coup transporté dans une petite ville sur le Danube, où je dois passer l’hiver sans soucis et sans dangers, mais loin, hélas! de l'armée qui marche de succès en succès, et va prendre peut-

être ses quartiers à Vienne. On m'a logé dans un

de beaucoup servir activement à l'armée; il est chargé d'un travail fort difficile en restant sur les derrières, et s’il ne s'y prend pas bien, il perdra le peu de crédit qui lui reste. Adieu, mon amie; je pense à vous chaque jour.

» TONY

« Je fus obligé le lendemain de mon arrivée à Neubourg de garder la chambre, écrit-il dans ses notes; j'avais gardé mes bottes toujours mouillées huit jours sans les enlever et mes pieds s'étaient enflés au point de m'empècher de marcher.

» Il fallut les couper pour melesretirer. Je souffrais beaucoup et je dus rester plusieurs jours sans sortir. J'étais du reste fort bien traité, étendu sur un fort beau et bon sofa dans un boudoir bleu de ciel, entouré de valets empressés, aux livrées chamarrées et blasonnées, venant à toute heure me demander de la part de madame la comtesse si je me trouvais mieux.

Son mari vint me rendre visite : c’est un petit homme gros et court, raide et cérémonieux; il lui pend au cou force croix et rubans. Dès que

je fus assez bien, j'allai me présenter chez mes

bourg et y tient une petite cour. Je chaussai des bas de soie, pris une épée et des boucles d'or et montai dans le carosse de mes hôtes.

Son Altesse la duchesse de Deux-Ponts est une femme de quarante ans, fort gaie, fort aimable, parlant admirablement français; elle joue parfaitement bien du piano et apprécie fort la musique. Une grande partie de la noblesse de la ville était là et la salle se remplit de gens à broderies et à crachats. Tandis qu'on se mettait au jeu, après avoir causé avec le maître de cérémonies et quelques personnes, je m'approchai d’un cercle de jeunes filles. Celles-ci se réunirent autour d'une table pour y faire non pas une macédoine, mais de la charpie; c’est l'occupation journalière de ces dames; il y a ici un hôpital et on y porte chaque jour quelques livres de charpie pour nos blessés. Je passai la soirée fort agréablement et revins avec la comtesse en voiture.

» Le 2 novembre, j'allai au spectacle le soir, dans une grande salle du château nouvellement arrangée, 1l y avait une partie des gens que j'avais vus la veille chez la duchesse. On donna une pièce de Kotzebüe en cinq actes, absolument

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château d'Olwiller chez le commandeur de Waldner, où elles se rendaient fréquemment.

Mon cousin était alors lieutenant au régiment de Waldner-Suisse, et lui et les autres officiers venaient sans cesse dans ce magnifique domaine où leur colonel tenait table ouverte et menait un train de grand seigneur. Ces dames avaient gardé de lui le meilleur souvenir ainsi que des autres officiers de ce brillant réciment. M. de Chateauvieux était lieutenant-colonel, M. de Wæch major, le comte de Paravicini, le baron de Roll et le baron de Thurn étaient capitaines et mon cousin Antoine de Reiset était lieutenant. À cette époque il était déjà chevalier de Saint-Louis et c'est pendant qu'il servait dans la compagnie écossaise des mousquetaires de la garde du feu roi qu'il avait épousé mademoiselle Oghny d'Arundel, d'une famille originaire

peul. sous le bon plaisir de Sa Majesté. ètre pourvu, en qualité de gentilhomme. d'une charge de lieutenant de nos seigneurs les maréchaux de France. En foi de quoi nous avons délivré le pr'sent certificat. l'avons signé et l'avons fait contresigner par notre secretaire, qui Y a apposé le sceau de nos arme. À Paris le vendredi vingt-septième jour du mois de mars de l'an mil sept cent soixante dix-huit. Siné : D'HOZIER DE SERIGNY, pour minute.

(Archives du château du Breuil-Benoit).

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dinâmes. Le château est au bord du Danube, dans une situation charmante. La vue s'étend au loin de tous côtés et les jardins doivent ètre fort agréables dans la belle saison. Il y a une bibliothèque et un cabinet de tableaux dont beaucoup sont précieux. J'ai remarqué surtout un Cupidon que l'on attribue à un grand maitre, évalué plus de deux cent mille livres. Nous dinàmes fort bien, et après nous êlre promenés nous revinmes à six heures et demie. Il v a dans une ile du Danube, près du château, une trentaine de castors que le comte fait soigner avec grandes précaulions. Ils se sont construit de petites maisons qu'ils habitent. C’est fort curieux.

» Je fus en rentrant chez le colonel; on y fit une bouillotte ; je perdis tout le temps.

» Le 7, la duchesse m'avait fait prier à diner, mais je ne pus m'y rendre. J'allai seulement chez elle le soir. De là j'allai au spectacle; on donnait l'Oculiste.

» Le 8, je me mis en voilure avec le baron de Hornstein fils et M. de Flacksland pour aller à la chasse. Nous trouvâmes au rendez-vous un

grand nombre de chasseurs, parmi lesquels M. de

hôtes, ni les attraits de tout genre que pouvait Jui offrir Neubourg ne consolaient M. de Reiset de son éloignement de l’armée. dont il ne partageait plus ni les fatigues ni les dangers. La nouvelle de chaque victoire venait aviver à chaque inslant ses regrets; brusquement, il se décida à quitter son poste pour se rendre à Vienne et supplier qu'on le laissät rejoindre ses camarades et son régiment.

« Le 13, je projetai mon départ, impatient que j'étais de rejoindre l'armée, dont j'apprenais chaque jour les nouveaux succès. Je fis donc quelques préparatifs de départ, et après avoir pris congé de mes aimables hôtes, et remercié surtout ma séduisante hôtesse, je partis le 14, à six heures, du soir, en poste, pour Munich et l’armée. Je trouvai à Munich un officier d'étatmajor, M. Lebrun, avec lequel je me mis en route. Nous marchâmes jour et nuit et arrivèmes à Vienne le dimanche 19 à midi. Nous nous arrèêtâmes seulement deux heures pour manger au Canard d'Or, où nous fùmes fort chèrement, puis nous repartimes de suite pour Stakerau et Znaïm, où nous arrivâmes le lundi matin. Le

position admirable. L'Empereur, ne voulant pas séjourner à Vienne, s y était installé, et la garde campait devant le château. Pour y arriver on traverse un pont jeté sur la petite rivière la Vienne, puis on franchit une grande grille et l'on se trouve dans une cour assez vaste pour y faire manœuvrer sept ou huit mille hommes. Celte cour, de forme carrée, est ornée de grands bassins et entourée de statues el de galeries couvertes. Le château, de style Louis XV, a été construit par l'impératrice Marie-Thésèse : l’intérieur est fort riche et somplueusement décoré. Je vis la chambre à coucher de l'Empereur, dont les murs sont cnlièrement garnis de laque de Chine. C'est la seule pièce du château où il y ait une cheminée; des poëles immenses avec de grands tuyaux chauffent tout. J'examinai curicusement une chaise volante mécanique dont se servait Marie-Thérèse devenue infirme dans les dernières années de sa vie. Un système de cordages, de poulies el de contre-poids permettait de la transporter d’un étage à l’autre.

» Le parc est ravissant, on y voit dans un bosquet la source dont le palais a tiré son nom de

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