‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 44 sur 78 · NOVEMBRE ET DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE ET DÉCEMBRE

cieux et notre mariage fut décidé. Il y eut un grand diner où l’on me présenta à nombre de personnes, dont j'avais déjà vu une bonne partie lorsque j'élais en garnison à Soissons. Je me mis en roule à huit heures et demie du soir et j'arrivai à Versailles à neuf heures du matin.

» Le 12, je dinai chez madame de Laumond, et le soir il y cut bal à la préfecture. J'étais si content et s1 heureux que j'y dansai jusqu'à quatre heures du matin sans sentir la fatigue. Je me couchai quelques heures et je partis pour Paris. »

Mercredi, 14 décembre.

« Je revins à Versailles pour dîner chez mon

quartier-maitre avec tous les officiers du dépôt. »

16 décembre.

« J'ai reçu des chevaux en grand nombre à plusieurs reprises, ce qui m'a donné beaucoup de besogne. Je suis allé aussi deux fois à Paris, ct j'ai diné plusieurs fois à la préfecture; mon couvert y est loujours anis et je suis bien sensible à tous les bons procédés de M. de Laumond et de sa femme à mon égard. »

17 décembre.

« J'attends mon frère prochainement; nous irons ensemble à Soissons, où je dois le présenter à Amélie et à sa famille. »

23 décembre.

« Lorsque j'étais revenu à Paris j'avais été frappé déjà par l'élégance et le luxe qui règnent de tous côtés et qui contrastent si fort avec la simplicité et mème le laisser-aller qu’on avait affecté depuis la disparition de l'ancienne cour; j'ai entendu vanter les splendeurs de Versailles et les fètes fastueuses données par Louis XIV et même le feu roi, mais je suis bien certain que tout cela paraîtrait bien peu de chose à côté des magnificences de la cour impériale. Rien ne peut donner une idée de l'éclat des fêtes, de la richesse des costumes et de la profusion des bijoux. C’est un luxe réellement fabuleux, et lorsqu'on vient comme moi de passer trois années dans des pays perdus, on reste stupéfait devant tant de raffinements et de recherches de toutes sortes. C'est la volonté

expresse de Napoléon que les princesses et les

put recevoir, mais elle ne quitta pas cependant de toute la soirée la chaise longue sur laquelle elle était étendue. De longs voiles de tulle rattachés par des guirlandes de roses entouraient sa tète et ses épaules, et elle était vêtue d'une riche toilette blanche brodée d'or. Au milieu de ces fleurs et de ces étoffes vaporeuses, elle était réellement ravissante, et son air un peu languissant ne faisait qu'ajouter un charme de plus à sa beauté si fine et délicate. Chacun s’approchait respeclueusement de la princesse, qui invitait les privilégiés à s'asseoir près d'elle et adressait à tous un mot obligeant.

» On la compare souvent à la princesse Caroline, et je ne sais ma foi laquelle des deux sœurs à le plus de charme. Celte dernière est certainement moins régulièrement belle que sa sœur, mais ses blonds cheveux, la blancheur éclatante de son teint ct de ses épaules la rendent peut-être plus séduisante. Ses dents sont belles, et son maintien ne manque ni de grâce ni d'agrément. Elle a beaucoup d'animation et de gaieté et semble avoir beaucoup de décision dans le caractère. C’est la plus jeune des sœurs

leur âme. Elle est simple et naturelle, et malgré son origine modeste, elle n’a ni l’orgueil ni la morgue de beaucoup de parvenus qui croient en imposer davantage par une attitude insolente. L'Empereur a pour elle la plus grande estime et la plus grande affection; c'est aussi la préférée de Madame Mère, qui n'a jamais aimé beaucoup ses belles-filles, pas plus que l'Impératrice.

» L'Empereur avait marié la princesse Pauline en premières noces au général Leclerc malgré sa très obscure origine, car on dit qu'il était fils d’un meunier. Lors de la malheureuse expédition de Saint-Domingue elle tint à l'accompagner et à partager tous ses périls. Après avoir remporté de brillants succès sur Toussaint Louverture, il fut atteint de la fièvre jaune et périt, victime de cet affreux climat, le 2 novembre 1802. La princesse alors voulut ramener elle-même en France les restes de son mari *, elle fit enfermer son corps dans un cercueil précieux de bois de cèdre odoriférant et s’embarqua avec lui sur le Swift Sure, navire de

l'Amirauté anglaise que l’une de nos escadres

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