A MADEMOISELLE AMÉLIE DE FROMONT
24 janvier.
« Vous êtes arrivée, j'espère, heureusement ce matin, ma chère Amélie, mais bien fatiguée sans doute; je souffrais à l’idée de vous savoir encore une fois exposée la nuit dans une mauvaise voiture, sur les grands chemins, à une température glaciale; 1l a fait un vent épouvantable
et vous aurez eu froid; je suis bien pressé d’avoir de vos nouvelles.
» J'ai en ce moment beaucoup de besogne, outre mon déménagement; l'Empereur nous poursuit pour lui mettre en état de marcher le plus d'hommes possible; il en est de même dans tous les dépôts qui sont ici; au 1° mai nous avons trois détachements à fournir. Mon absence aura lieu à un mauvais moment, mais je vais tracer l'ouvrage de manière que tout aille bien et que je puisse être à Vic le 2 mars; je solliciterai à temps mon congé, et j'espère bien que rien ne viendra retarder l'instant de mon bonheur.
» Adieu ma bonne petite; ne m’en veuillez pas d’être laconique ce soir; je prendrai demain une revanche, puisque j'aurai la joie de vous revoir. » |
25 janvier.
« Je fus de très bonne heure à Paris; je vis chez Paul à deux heures Amélie et sa mère, qui étaient arrivées le matin bien fatiguées de leur voyage; elles dinèrent chez le ministre des finances, et nous les y joignimes le soir, pour revenir ensuite chez elles. »
26 janvier.
« Je déjeunai chez Paul avec ces dames; elles dinèrent encore chez le ministre, qui tient absolument à les recevoir chaque jour à sa table pendant toute la durée de leur séjour; le soir nous allâmes tous chez elles. Madame de Soubeyran, leur cousine, s'v trouva, et Colette, ma bellesœur, qui était venue exprès de Versailles, s’y rendit également avec son père et mon beaufrère de la Martellière. »
27 janvier.
« Je courus toute la matinée pour faire des empleltes avec ces dames. Nous dinâmes avec Colette et Jacques chez madame de Soubeyran, qui nous reçut on ne peut mieux et nous fit le meilleur accueil; nous allâmes ensuite aux Français ; on y jouait /'Espret follet et les Héri-
tiers. Cela ne nous a pas amusés. »
28 janvier.
« Nous dinàmes les deux familles réunies chez Véry aux Tuileries; mon frère donna le diner et
nous fùmes bien servis: nous allâmes ensuite au spectacle ou nous nous amusâmes beaucoup. »
29 janvier.
« Ces dames sont parties de grand matin pour rentrer à Soissons; après leur avoir fait mes adieux, je suisrentré de bonne heure à Versailles et je me suis installé dans mon nouveau loge-
ment. »
Mademoiselle de Fromont avait produit sur Jacques de Reiset l'impression la plus favorable ; la douceur de son abord, sa simplicité, la grâce exquise et charmante de toute sa personne l'avaient conquis dès le premier moment, et sa sympathie n'avait fait que s’accroître à mesure qu'il lui avait été donné de la mieux connaitre. Tony avait été ravi de voir son frère sanctionner son choix d'une façon si complète; Jacques de Reiset était en effet depuis la mort de son père devenu le chef de la famille; son autorité sur tous ses frères et sœurs était incontestable, puisqu'il était l'aîné, et incontestée parce qu'aucun
d'eux n'aurait osé en nulle circonstance sérieuse se passer de son assentiment. Son intelligence, sa situation déjà considérable, sa bonté et son dévouement pour les siens justifiaient du reste pleinement la déférence touchante que tous lui témoignaient, et madame de Reiset comme mère avait élé la première à donner cet exemple depuis qu’elle avait perdu son mari, en reconnaissant son fils ainé en toute occasion comme le dépositaire de l'autorité paternelle.
Jacques s'était empressé de faire part à sa mère de ses bonnes impressions et celle-ci se hätail de lui témoigner toute sa satisfaction en lui donnant pleins pouvoirs en même temps
qu'elle écrivait à Tony pour le féliciter.
LETTRE DE MADAME DE REISET NÉE CARRÉ DE BEAUDOIN A M. JACQUES DE REISET
Receveur général des finances du département du Mont-Tonnerre, à Mavence.
« Votre lettre, mon bon ami, que j'ai reçue hier, m'a fait plaisir au point de me mettre hors d'état de vous répondre par le même cour-
qu'il m'envoie une copie à peu près comme elle doit être, attendu que les formes de ce pays-ci ne sont pas les mêmes et que cela pourrait causer un retard qui serait désagréable. J'attends de ses nouvelles et j'espère qu'il me rendra compte de tout.
» La pauvre madame de Bressier est morte avant-hier; la religieuse est fort malade aussi : en vérité elles sont bien malheureuses, cela fait peine d'y penser; vous ferez sagement de leur écrire. Adieu, mon fils, je vous embrasse comme je vous aime et cela de bien bon cœur.
» Votre mère