CHAPITRE XXH
Janvier et Février 1809.
Tournée de revision avec lé comte de Laumont. — Trois jours
à Mantes. —- Soirée chez M. de la Rüûe. — Le château de Rosny. — Sully. — Séance à Meulan et Poissy. — Départ pour Saint-Germain. — M. Danès, M. de Réthune et
M. de Lauriston. — Conseil de revision à Corbeil. — M.-de Châteaubourg. — Arpajon. — Lettre à Amélie de Fromont. — Fonctions peu enviables. — Difliculté de concilier son devoir avec l'indulgence. — Visite au duc de Gaëte. — Il signe au contrat. — Compliments qu'il fait à Tony sur son père el son frère. — Seslitres et qualités. — Madame Hévin. — Son dévouement et son affection. -— Bonté de M. Gaudin. — Sa coiffure surannée. — Audience de l'Empereur. — Les paroles qu'il adresse à Reiset. — Son trouble. — Sa satisfaction des éloges publics qu'il recoit de l'Empereur.
« Je me suis mis en route avec le préfet M. de Laumont, le général Ruhon et le docteur Laneran pour faire une tournée de recrutement; nous voyageons dans la voiture du préfet; il fit
un temps superbe et nous primes la route de
Mantes après avoir copieusement déjeuné à la préfecture. Nous passâmes par Saint-Germain, Poissy, Meulan et arrivämes à Mantes à cinq heures. Nous descendimes chez M. de la Rüe, sous-préfet, où nous trouvâmes un M. de Ville avec sa femme et son fils; on dina et on joua le soir; je couchai à la sous-préfecture. »
{* février.
« Après déjeuner, au conseil de recrutement ; la séance fut faligante et pénible sous tous les rapports; elle dura jusqu’à quatre heures. Il vint plusieurs visites et il y eut un assez beau diner où étaient invitées toutes les autorilés du pays. Il vint encore le soir nombreuse société, et la foule augmentant successivement, il finit par y avoir plus de trente femmes; on dansa et on joua, mais javais un violent mal de tète et je me retirai
avant tout le monde. »
9 février.
« Nous déjeunâmes chez le sous-préfet et nous fimes ensuite notre opération; puis, comme il élait encore de bonne heure, nous allâmes à
Rosny. C’est un ancien château situé à une heure de Mantes, qui fut autrefois habité par Sully, auquel il appartenait et qui y naquit en 1560. Il porta même le nom de cette belle terre jusqu'à ce que Henri IV l'eût créé duc de Sully et s'appela longtemps le baron de Rosny. C'est une magnifique résidence avec des dépendances considérables, qui appartient maintenant à M. de Talleyrand; nous y avons vu les portraits d'Ilenri IV et de Sully et nombre de choses curieuses et intéressantes !.
» Nous rentrâmes à Mantes pour diner; on fit une bouillotte, eton causa le reste de la soirée. »
3 février.
« Nous partimes à neuf heures du matin pour Meulan, et le sous-préfet m'emmena dans son cabriolet. Aussitôt arrivés, nous fimes notre opération el nous rendimes à Poissy pour en faire autant. Nous déjeunèmes lestement et
revinmes diner à Versailles. »
1. Le château fut acheté sous la Restauration par la duchesse de Berry, qui y fit de grands embellissements et avait pour ce beau séjour une prédilection toute particuliére. C’est aujourd'hui la propriété de madame Lebaudy, qui lhabite avec sa fille madame de Rouvre.
« Nous partons à neuf heures pour Saint-Germain; nous y arrivons à neuf heures et demie, et commençons immédiatement notre opération, qui dure jusqu’à une heure et demie. Nous allons déjeuner chez un M. Danès !, oncle de l'impératrice, qui nous reçut on ne peut mieux et nous fit faire grande chère. C’est un ancien militaire qui avait déjà un grade.
» Je me trouvai chez lui avec M. de Béthuncet M. de Lauriston, qui se montrèrent fort affables,
Danès de Montardat, colonel de cavalerie en retraite, maire de Saint-Germain-en-Laye. Il avait épousé la célèbre madame Renaudin, veuve en premières noces d’Alexis Renaudin, mort le 15 décembre 1795 à la Martinique, et en secondes noces du marquis de Beauharnais. C'est à Fontainebleau, le 21 juin 1596, qu'elle avait épousé le beau-père de Joséphine. avec lequel elle était liée depuis de longues années. À ce mariage assistèrent Hortense et Eugène de Beauharnaïis, qui signèrent au contrat. Née Marie-Désirée-Euphémie Tascher de la Pagerie, elle était originaire de la Martinique; intrigante et habile, elle avait sur l'impératrice, dont elle était la tante, une très grande influence, et ce fut elle qui la décida à épouser Napoléon Bonaparte. Lorsqu'elle se remaria pour la troisième fois, elle était âgée de soixante-quatre ans: elle était née en 1739, et elle mourut à Saint-Germain, où elle fut enterrée au mois de décembre 1803. Chose curieuse, ce fut M. Danès, oncle de Joséphine, qui reçut à Saint-Germain en 1813, Marie-Louise, qui avait remplacé sa nièce sur le trône impérial. — Je dois ces intéressants détails à l’obligeance de M. Maurice Pascal.
el nous rentrâmes à Versailles à cinq heures. Je
ne sortis pas de la soirée. »
6 février.
« Je restai à Versailles; il y eut cercle et bal chez M. de Laumont. »
1 février.
« Nous partimes le soir pour continuer notre tournée de recrutement et aller coucher à Corbeil. Je fus logé chez le sous-préfet, M. de Châteaubourg, un jeune homme fort aimable qui nous reçut on ne peut mieux, il habite une pelite maison de campagne près de la ville, où nous déjeunâmes avant d'aller faire notre opéralion. »
» Î[l ÿ eut ensuite un grand diner où toutes les autorités figurèrent; on fit une bouillotte
le soir. »
6 février.
« Nous arrivons à Arpajon, où nous fûmes très mal; nous allèmes de là chez le sous-préfet, qui
nous accueillit le mieux du monde. »
10 février,
« Après notre opération il y eut grand diner où une partie de la famille du sous-préfet fut invitée. J'étais placé à table à côté d’une madame de Saint-Prix, jolie et aimable personne. Il y eut bal le soir. J’y fis la connaissance d’une madame Adine, divorcée d'avec M. du Coudray, et nièce de M. de la Neuville: c'est une fort jolie femme : elle me demande beaucoup d'aller la voir.